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"Mimosa", les feuilles mortes et les bourgeons du printemps

"Mimosa", les feuilles mortes et les bourgeons du printemps

Le 09/10/2018 à 12:25Mis à jour Le 09/10/2018 à 18:35

Sylvain Chavanel et le cyclisme pro, c’est (presque) fini. Le Français n’est jamais devenu celui que la France voyait en sauveur au début des années 2000. Qu’à cela ne tienne, un tout autre registre en a fait un champion accompli.

Avec son vélo, Sylvain Chavanel a déjà connu plusieurs vies. Et si toutes ne furent pas des réussites (on reviendra notamment sur l’incompréhension "Mimosa"), elles participent de la carrière éminemment respectable qui mène l’un des plus grands champions français du XXIe siècle à sa petite mort, wnre une dernière sortie en peloton dimanche dernier à Paris - Tours et le Chrono des Nations pour conclure à la fin de la semaine. Le vétéran poitevin se retire donc sous les feuilles mortes. "C’est là que je me suis fait connaître en 2000", a-t-il rappelé.

Vidéo d’archive à l’appui, il a rafraîchi nos mémoires avec des images vieilles de bientôt 20 ans, une échappée au long cours en direction de l’avenue de Grammont. Ce bond dans le passé lui permet d’affirmer qu’à 39 ans la boucle est bouclée, et qu’il était normal que le dernier bout de route se fasse sur de grands axes balayés par le vent, loin des sommets du Tour de France où on l’a un temps imaginé briller et que l’autre grande figure de sa génération, Thomas Voeckler, a choisi pour faire ses adieux à la Petite Reine l’an dernier.

Bien sûr, Chava est lui aussi un homme de juillet. Il a honoré le rendez-vous de la Grande Boucle à dix-huit reprises, sans interruption - un record, on l’a beaucoup répété cet été à l’occasion du Grand Départ de Vendée qui a déjà offert de premiers adieux entre l’une des icônes du peloton français et son public. "Mimosa" a marqué l’histoire de la Grande Boucle, particulièrement après avoir rejeté ce surnom qui a fini par lui coller désagréablement à la peau. Il était un personnage incontournable de juillet mais l’on peut nourrir le regret qu’il lui ait fallu si longtemps avant de se dire que les teintes de mi-saison, automne mais surtout printemps, lui convenait bien mieux que la lumière absolue du paletot jaune.

L’incompréhension : Mimosa et la quête du maillot jaune

Seul sous la pluie en 2000, au terme de sa première saison pro, Chavanel affichait de belles mèches blondes. Un signe comme un autre pour un coureur dont tout le monde voulait croire qu’il pouvait illuminer de jaune un cyclisme français bien morose suite à l’affaire Festina. Le surnom, "Mimosa", lui vient du film de Gérard Jugnot Une époque formidable. Les jolis pompons de cet arbre fleurissent plutôt en hiver mais leur couleur jaune offre un parfait gimmick d’espoir (vain) à une époque où juillet est également synonyme du triste joug de Lance Armstrong. Très offensif dès ses premiers tours de roue sur le Tour, Chavanel faisait rêver la France cycliste et particulièrement Jean-René Bernaudeau, qui lui fixait à seulement 23 ans l’objectif de finir dans les 10 premiers du Tour de France.

Il ne fera jamais mieux que 18e, en 2009 (longtemps après avoir rompu avec Bernaudeau), et a plutôt habitué les suiveurs à le chercher entre la 30e et la 50e place du classement général. Un symbole : en 2006, il est de cette invraisemblable échappée qui verra Jens Voigt s’imposer à Montélimar et Oscar Pereiro poser les bases de sa victoire au général. Ce jour-là, Chavanel est troisième, et il finira le Tour 45e. “Mimosa” a pourtant bien trouvé la réussite sur le Tour, mais elle passera par une mue du coureur frustré vers le champion enfin sûr de ses forces.

2013 Tour de France Etape 11 Sylvain Chavanel

2013 Tour de France Etape 11 Sylvain ChavanelAFP

La révélation : les courses de guerriers plutôt que la lumière du Tour

Parti chercher de l’air chez Cofidis en 2005, Chavanel est parfaitement conscient qu’il ne répondra pas aux espoirs fous placés en lui. Sa fuite en avant, ce sont les échappées au long cours, des numéros souvent vains jusque 2008 et Montluçon. "J’étais souvent critiqué car je courais sans calculer", se souvenait-il l’été dernier dans La Nouvelle République. "Là, j’étais enfin parvenu à concrétiser."

Celui qu’on n’appelle plus "Mimosa" concrétise aussi une saison aboutie, marquée par un troisième titre consécutif de champion de France du chrono et un printemps où rien ne se refuse à lui, pas même À travers les Flandres et la Flèche brabançonne, deux succès marquants coup sur coup. La maturité est là, Chavanel peut connaître son âge doré et même enfin savourer le maillot jaune, en 2010, lors de son Tour le plus abouti : deux victoires d’étapes, avec à chaque fois la tunique tant pourchassée en récompense, et le prix de supercombatif au bout des trois semaines.

Notons d’ailleurs que ces maillots jaunes, le Français est allé les chercher en Belgique, dans une étape vers Spa marquée par la neutralisation du peloton imposée par un Fabian Cancellara tout puissant, puis dans des conditions dantesques sous des trombes d’eau en direction de la Station des Rousses. Le soleil de juillet, Chavanel n’en a pas besoin, il est devenu un des meilleurs coureurs dans son registre en rejoignant la Quick-Step un an et demi plus tôt.

Sylvain Chavanel, maillot jaune sur le Tour 2010

Sylvain Chavanel, maillot jaune sur le Tour 2010Getty Images

Le regret : le Ronde de 2011

Barouder, Chavanel savait le faire comme peu, mais ce n’est pas là l’apanage des champions, statut après lequel il a longtemps couru et qu’il a fini par tutoyer sur le tard. Chez Quick-Step, il devient l’un des plus beaux chasseurs de classiques de son temps. Dès 2009, il signe une entrée remarquée dans le top 10 de Paris - Roubaix (7e). Suivront de nombreuses autres performances de choix, à Sanremo par exemple (de belles offensives qui le mèneront à la 4e place en 2013). C’est ensuite en capitaine de route avec IAM qu’il s’imposera à Plouay (2014), avant le retour à ses premiers amours dans la structure de Bernaudeau devenue Direct Énergie.

Lorsque Chavanel a fini par trouver sa voie, les Français n’étaient toujours pas prêts à remonter sur le podium du Tour mais lui a montré un autre chemin vers le haut du pavé. Las, deux Monuments belges lui ont tout de même résisté : le Tour des Flandres et Tom Boonen. En 2011, Chava était “le plus fort sur le Ronde”, c’est Tommeke qui l’a dit et on partageait cette impression au moment de ruminer la deuxième place du Français. Pourtant, il ne deviendra pas le quatrième Français à remporter la classique mythique.

Après une course époustouflante, il se retrouve opposé à Cancellara et Nick Nuyens. Mais Boonen, qui a lancé les hostilités derrière Chavanel et ainsi favorisé le retour de deux rivaux redoutables, n’est pas loin et le Français se comporte alors en subordonné, jetant un vain coup d’oeil vers l’arrière tandis que Nuyens saisit sa chance. Chavanel était le plus fort, mais Boonen était prophète en son pays. "Mimosa" a eu plus de mal à y parvenir.

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