Cette saison 2020 est décidément bien particulière, entre coupure liée à la Covid-19 et remaniements du calendrier pour y insérer toutes les plus grandes courses du monde. Les Championnats du monde n’ont pas échappé à la règle. Confronté à l’interdiction des instances suisses de tout rassemblement de plus de 1000 personnes jusqu’au 1er octobre, l’UCI a dû changer de ville organisatrice à la dernière minute. Et c’est finalement Imola, en Italie, qui a hérité du (beau) bébé, avec un parcours pourtant bien différent de celui prévu en Suisse. Et, alors que le président de l’UCI David Lappartient avait assuré que le nouveau site serait aussi favorable aux grimpeurs, difficile de voir dans le choix du tracé en Emilie-Romagne une "copie" de ce qui était prévu à Aigle-Martigny.

Avec le col de la petite Forclaz (4km à 10%) à chaque tour, ce dernier était clairement favorable aux purs grimpeurs. Une difficulté dont est loin de pouvoir se targuer le circuit d’Imola, plus ouvert et indécis quant au profil de son futur vainqueur. Tracé entièrement sur un circuit, une première pour des Mondiaux depuis ceux de Ponferrada en 2014, une première différence majeure par rapport à Martigny, le parcours des Mondiaux 2020 s’élancera et se terminera sur le circuit automobile 'Enzo e Dino Ferrari', qui avait déjà accueilli des épreuves cyclisme, avec des arrivées du Giro en 2015 (Ilnur Zakarin vainqueur en solitaire) et 2018 (Sam Bennett au sprint). Mais c’est bien en dehors de celui-ci que devrait se jouer en grande partie le titre de champion du monde.

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Imola et ses deux difficultés

Dès la sortie du circuit Enzo e Dino Ferrari, les coureurs trouveront des routes étroites, dans les vignes, mais surtout une première partie montante (2,2km à 3,2%) vers Bergullo, pas considérée comme une ascension du circuit mais une difficulté qu’il faudra prendre en compte après plus de 200 kilomètres d’effort. Ensuite, les coureurs s‘attaqueront, non pas à une, mais aux deux montées principales du circuit, Mazzolano et la Cima Gallisterna. Les deux montées présentent des caractéristiques assez similaires avec respectivement 2,8km à 5,9% et 2,7km à 6,4%. Des chiffres bien loin donc du col de la Petite Forclaz. Ces deux montées proposeront des efforts bien plus courts et moins difficiles que leur compère suisse.

Mais il ne fait pas croire pour autant que ça sera plus facile pour les coureurs, car les deux ascensions cachent des pentes bien plus sévères que leur moyenne. La montée de Mazzolano débute en effet par 1km à 9,6%, avec un passage à 13% alors que la Cima Gallisterna abrite à mi-pente 1,3km à 10,9%, avec un passage à 14%. Des côtes bien plus difficiles donc qu’on ne pourrait le penser. Mais c’est bien l’enchaînement de ces deux ascensions, en seulement 9km, qui sera la difficulté majeure de ces Mondiaux. "Ce sera un parcours difficile, prévient Davide Cassani, le sélectionneur de l’Italie. Il faudra être capable de répéter les efforts, il y aura peu de récupération entre les deux difficultés." D’autant qu’il faudra enchainer les tours de circuit, au nombre de neuf, pour atteindre les 258 kilomètres de l’épreuve et les 5000 mètres de dénivelé positif au programme. Des caractéristiques qui ne sont donc pas sans rappeler Liège-Bastogne-Liège. De quoi sacrer le même type de coureur ?

Avec le sommet de la dernière ascension à 12km de l’arrivée, le terrain sera certes propice à des attaques, mais aussi à des regroupements. "Attention car la seconde difficulté sera suivie de trois kilomètres de descente sur une route sinueuse, prévient Cassani. La tactique d’équipe sera importante pour emmener les leaders jusqu’au bout. L’arrivée se fera en solitaire ou en petit groupe." Ce qui semble certain en revanche, c’est que l’on ne devrait pas voir un pur grimpeur être sacré à Imola. Les profils comme Nairo Quintana, Tom Dumoulin ou Enric Mas auront tout de même du mal à rivaliser avec l’explosivité dans les forts pourcentages des grimpeurs-puncheurs que sont Julian Alaphilippe, Marc Hirschi, Alejandro Valverde ou Wout Van Aert. Un peu comme à Liège, ils pourraient être placés, mais perdants. Alors que l’on s’attendait à assister à un Mondial qui sorte de l’ordinaire par son cadre, son profil et son potentiel vainqueur, un grimpeur, on devrait avoir droit à un Mondial plus "classique", avec un coureur hybride qui s'emparera du maillot arc-en-ciel. Comme souvent finalement. Enfin, sauf si 2020 se décide à nous réserver une nouvelle surprise.

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