"Je ne vois pas qui pourrait battre Van Aert". La déclaration de Rik Verbrugghe ne date que de quelques jours mais elle a déjà bien vieilli. L’ancien sélectionneur de la Belgique voyait, comme beaucoup, Wout Van Aert comme l’immense favori de ces championnats du monde. Sur le papier, ce dernier avait tout pour se parer du maillot arc-en-ciel, à domicile, à Louvain. C’est pour cela que toute l’équipe belge avait été constituée autour du coureur de la Jumbo-Visma et que l’on avait ainsi demandé à Remco Evenepoel, pourtant en grande forme et outsider sur le papier, de se muer en équipier de luxe. Et tout avait d’ailleurs bien commencé.

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Attentifs, les Belges ont toujours veillé à glisser des coureurs dans les différents coups qui ont pu sortir, que ce soit avec Evenepoel et Declercq à 178km de l’arrivée ou avec, encore, Evenepoel, à 93km de l’arrivée. A chaque fois, le jeune prodige belge a semblé hésiter sur la marche à suivre : rouler ou ne pas rouler ? Rouler permettait aux siens de garder des forces en fatiguant les autres formations mais reléguait aussi Van Aert plus loin de coureurs potentiellement dangereux. C’est ainsi que l’on a vu la Belgique se courir dessus par moment, pour ramener Van Aert au plus près des hommes de tête.
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Cela semblait déjà évident à la mi-course qu’il n’était pas dans un grand jour
La tactique pouvait être intéressante car elle a ainsi permis au leader belge de pouvoir compter sur Stuyven et Evenepoel à l’entame des deux tours et demi du circuit de Louvain. Mais elle a éjecté tous les autres équipiers potentiels, que ce soit Lampaert, Teuns ou encore Benoot, qui avait le potentiel pour être encore là à 30km de l’arrivée. Cela aura été la première erreur des Belges. La deuxième aura été de sacrifier définitivement Remco Evenepoel dans la transition entre le circuit flandrien et le circuit de Louvain. A cet instant de la course, on avait déjà compris que Julian Alaphilippe était très fort, peut-être plus que Wout Van Aert. "Il y avait beaucoup de pression sur Van Aert, analysait Wilfried Peeters pour Het Laatste Nieuws. Cela semblait déjà évident à la mi-course qu’il n’était pas dans un grand jour".

Remco Evenepoel (Belgique) a fait le travail lors des Mondiaux de cyclisme 2021

Crédit: Getty Images

Mais la Belgique a, étonnamment, durci. "Personnellement, j'ai fait ce qu'on m'a demandé, expliquait Evenepoel. Je me suis donné à fond. Wout (van Aert) m'a demandé de rouler à bloc à 40 km de la ligne entre Overijse et Louvain pour creuser l'écart sur le peloton. C'était à moi de faire cet effort, c'est ce qu'on m'a demandé". Un peloton où l’on ne retrouvait que des battus et peu d'adversaires vraiment dangereux pour Van Aert. Rouler pour les éliminer n’avait aucun sens et le coureur de la Jumbo-Visma s’est privé d’un précieux soutien dans le final car, arrivé dans les bosses, Remco Evenepoel s’est logiquement garé. "Je me suis vidé, je ne pouvais pas faire plus", avouait-il. Laissant ainsi Jasper Stuyven seul avec Wout Van Aert. Voir seulement deux Belges en tête à ce stade de la course posait déjà question. Et cela a fini par poser problème.
Toute l’équipe était là, pas moi
"La Belgique a couru à la perfection, pour Alaphilippe, bien sûr, ironisait Patrick Lefevere pour Het Laatste Nieuws. La Belgique a eu la course qu’ils voulaient mais ils auraient dû avoir plus de cartes à jouer dans le final. Cela n’a pas été le cas. Van Aert a dû lui-même prendre en chasse Alaphilippe à deux reprises. C’est trop". Si la première fois, le Belge a pu suivre, le Français s’est envolé sur la deuxième. "Alaphilippe a attaqué plusieurs fois et, à un moment, c'était impossible de le suivre, expliquait Van Aert. Je n'avais pas les jambes pour faire le final. Je n'étais pas mal mais je n'avais pas les jambes qu'il aurait fallu avoir. C'était une course très exigeante et je suis un humain".

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Un humain qui s’en voulait visiblement à l’arrivée de ne pas avoir su concrétiser le travail effectué toute la journée par ses équipiers. "Je suis fier de l'équipe mais je suis déçu, avouait-il. Toute l'équipe était là, pas moi". Mais Wout Van Aert n’est clairement pas le seul à blâmer pour la contre-performance de l’équipe de Belgique, à domicile. En jouant tout pour lui, et seulement pour lui, les Belges se sont tirés une balle de pied. La stratégie de départ n’était sans doute pas la bonne, la tactique en course (faire rouler Evenepoel) non plus et les jambes n’ont, en plus, pas répondu présentes. Dans ces conditions, il n’y avait pas grand-chose à faire. Sinon de féliciter Julian Alaphilippe.
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