Championnats du monde de cyclisme - Seul contre tous : Remco Evenepoel ou l’improbable quête de doublé

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Sacré l’an dernier à Wollongong, Remco Evenepoel remet son titre en jeu ce dimanche lors des Championnats du monde 2023 à Glasgow. Le Belge rêve de devenir le 7e coureur de l’histoire à réussir le doublé alors que le tracé, ses adversaires et même la concurrence interne en équipe de Belgique semblent défavorables au prodige de la Soudal-Quick Step. Mais lui veut y croire.

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Les records sont faits pour être battus, les attentes dépassées et les défis relevés. Remco Evenepoel, lui, est fait pour gagner. Encore et encore. Un an après son extraordinaire saison 2022 marquée par ses succès sur Liège-Bastogne-Liège, la Clasica San Sebastian, la Vuelta et les Mondiaux, le jeune Belge est de nouveau parti sur les mêmes bases. La moitié du travail est même déjà effectuée, après ses victoires en avril sur la Doyenne et fin juillet sur la classique espagnole. Mais les Championnats du monde, c’est autre chose.
Y réussir le doublé est un exploit que seuls 7 coureurs ont déjà réussi dans l’histoire : ses compatriotes Georges Ronsse (1928-1929), Rik Van Steenbergen (1956-1957) et Rik Van Looy (1960-1961), les Italiens Gianni Bugno (1991-1992) et Paolo Bettini (2006-2007), le Slovaque Peter Sagan (2015-2016-2017) et son équipier à la Soudal-Quick Step, Julian Alaphilippe (2020-2021). Une course à part dont Evenepoel sera l’un des favoris.
"J'ai disputé trois courses d'un jour cette année et j'ai gagné les trois", rappelait justement Evenepoel, lui qui vient de nouveau de gagner la Clásica San Sebastián après avoir triomphé en juin du championnat de Belgique et de la Doyenne en avril. "Mon pourcentage de victoire ? Difficile à dire, avouait le Belge pour la RTBF. Disons que sur papier, le parcours est moins difficile que l’an dernier". Moins difficile, mais surtout impossible à décrypter. "L’an dernier, en Australie, on pouvait prévoir que tout allait se jouer dans l’ascension ou dans les deux derniers kilomètres, jusqu’à la ligne d’arrivée, racontait le Belge dans le Podcast Watts Occuring de Luke Rowe et Geraint Thomas (INEOS Grenadiers). En tout cas, c’est comme ça que je voyais les choses. Mais cette année, je ne sais pas du tout".
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"Il y a énormément de virages, de montées, de descentes. Et ça donne souvent un scénario que personne n’avait prévu. Par exemple, je ne pense pas que la course se jouera dans Monrose Street, à 2km de l’arrivée. Parce que tout le monde s’attend à ce que ça bouge ici, justement, poursuit-il. Ça peut sortir dans chaque virage, dans chaque rue. Ça va être 'full-gas' toute la journée ! Le scénario est impossible à prédire, tout peut arriver". Mais Remco Evenepoel aura le mérite d’arriver sur ces Mondiaux en confiance. "J'ai toujours eu de bons étés après des stages en altitude en juillet, expliquait-il à la RTBF. C'est pour cela qu'on a opté pour cette approche-là. Pour moi, c'est d'ailleurs mieux d'entamer une course d'un jour en étant plus frais". Et la fraîcheur, il en sera encore question dimanche, au sein de la Belgique.
Comme souvent dans son histoire, et encore plus ces dernières années, la Belgique se présente aux Championnats du monde avec plusieurs leaders potentiels. A Glasgow, les cartes maîtresses devraient se nommer Wout van Aert et Remco Evenepoel, Jasper Philipsen restant en réserve en cas de sprint. Et, comme encore plus souvent avec les Belges, la lutte interne pourrait être encore plus difficile que celle avec les adversaires. Les rapports entre les trois hommes sont - au mieux - tendus, si ce n’est très froids. Et ce, même si l’an dernier, la cohabitation entre les deux hommes avait tenu. En tout cas officiellement.
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Wout van Aert and Remco Evenepoel

Crédit: AFP

"On s’était mis d’accord avec Wout sur la stratégie à adopter et je pense que ça sera la même chose cette année, raconte Evenepoel. C’est l’une des spécificités des Mondiaux, tu es équipier d’un jour avec tes adversaires du reste de l’année. C’est bizarre. Mais l’idéal serait qu’on soit ensemble Wout et moi dans un groupe d’une quinzaine. Ce serait alors plus facile pour nous de jouer mentalement et tactiquement avec nos adversaires". A condition que Van Aert joue le jeu, lui aussi. La star de la Jumbo-Visma rêve de ce sacre international qui lui a toujours filé entre les doigts (3e du Championnat d’Europe 2018, 2e des Mondiaux 2020, 4e en 2022, 11e et piégé en 2021) et a peur d’une Belgique qui jouerait contre lui.

Concurrence folle, en interne mais pas seulement

Sans doute se rappelle-t-il l’édition 2021, à Louvain. Le jour du deuxième sacre de Julian Alaphilippe, sa rivalité avec Evenepoel – mais encore plus celle avec Mathieu van der Poel – avait poussé la Belgique vers un échec criant à domicile, les Belges se roulant dessus avant de demander à Evenepoel de se sacrifier pour un Van Aert en manque d’équipier dans le final. "J’espère que Nathan (Van Hooydonck) et Tiesj (Benoot) seront dans l’équipe, comme ça j’aurais au moins deux coéquipiers", déclarait-il pendant le Tour de France. Le vainqueur de Milan-SanRemo 2020 faisait référence aux propos de Jasper Philipsen disant qu’il "ne roulerait sur Van der Poel", son équipier chez Alpecin-Deceuninck. Une déclaration que comprend Evenepoel, même si d’ambiguïté, il n’y a pas pour le jeune Belge.
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"Je pense que c’est compréhensible d’en vouloir à quelqu’un qui est ton coéquipier toute l’année de rouler derrière toi aux Mondiaux, explique Evenepoel. C’est quelque chose qui peut détruire une amitié, mais les Championnats du monde sont aussi quelque chose d’unique. Aux Mondiaux, je cours pour mon pays, pas pour mon équipe". Reste que le tenant du titre devra sortir de cette guerre interne avant d’espérer vaincre ses adversaires, par ailleurs très nombreux. De Mathieu van der Poel (Pays-Bas) à Mads Pedersen (Danemark) en passant par Tadej Pogacar (Slovénie), Neilson Powless (Etats-Unis), Marc Hirschi (Suisse) ou encore Christophe Laporte (France) et Michal Kwiatkowski (Pologne), la concurrence sera d’une densité folle. Et la météo ne sera pas en reste.

Epique et imprévisible : du Remco dans le texte

"Le circuit n’est peut-être pas le plus dur mais ça reste un circuit, une course très longue, on est au Royaune-Uni, c’est Glasgow, il ne risque pas de faire 25°avec du soleil toute la journée, analysait le Belge. Je ne dis pas que ça sera comme le Mondial dans le Yorkshire, mais ça sera assez similaire je pense". A deux jours de la course en ligne, la pluie ne devrait pas venir perturber l’épreuve, comme cela avait été le cas en 2019 à Harrogate. Une bonne nouvelle considérant la dangerosité du tracé s’il venait à être humide, avec sa cinquantaine de virages par tour et ses routes pavées. Pas franchement l’idéal pour un Remco Evenepoel qui aurait préféré un parcours plus rectiligne et favorisant moins les vireurs. Même s’il aurait pu être pire selon le Belge.
"Le tracé ne paraît pas si technique que ça finalement, estimait-t-il dans Watts Occuring, rappelant qu’il devra toutefois sans doute arriver seul pour garder sa tunique arc-en-ciel. C’est une chose d’être le plus rapide des ‘classicmen grimpeurs’, c'en est une autre face à des 'classicmen sprinters'. Je pourrais peut-être battre Luke (Rowe) toutefois (rires)". Ce serait un duel plus qu’inattendu, mais, après tout, Glasgow semble destiné à une course épique et imprévisible. Deux adjectifs qui collent parfaitement au tempérament de Remco Evenepoel. Alors, sait-on jamais….
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