Laporte : "Ce n’était pas planifié… c’est un beau cadeau qu’ils me font"
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Débuts spectaculaires. Christophe Laporte n’a porté que deux fois le maillot de la Jumbo-Visma, mais il a déjà fait bien plus que le montrer. Repris dans les derniers hectomètres de Kuurne-Bruxelles-Kuurne dimanche dernier (8e), il a achevé la 1re étape de Paris-Nice en vainqueur, une semaine plus tard à Mantes-la-Ville. Le transfuge de Cofidis était en prime encadré par les deux cadors de la formation néerlandaise, au moment de franchir la ligne : Wout van Aert à sa droite, Primoz Roglic à sa gauche.
Pour s’offrir cette belle photo, le trio a drastiquement écrémé le peloton, dans la côte de Breuil-Bois-Robert, à six bornes du but. Une bosse de "seulement" 1,2 km à 6%, mais avalée à un train si impressionnant que Laporte, Van Aert et Roglic n’avaient plus personne dans leur sillage à l’issue de l’essorage. "J’étais surpris de voir qu’on n’était plus que trois au sommet… surtout trois de la même équipe ! C’est assez unique, je pense", a jubilé le champion de Belgique, comme rapporté par Cycling Pro.
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"C’est vraiment un beau cadeau"
"C’était fou. Ce n’était pas planifié. On s’était dit que si Primoz [Roglic] et Wout [Van Aert] étaient placés, j’allais attaquer, a raconté le lauréat du jour. Nathan [Van Hooydonck] a imprimé un gros tempo (…) Quand il s’est écarté, j’ai accéléré. Il y avait Wout dans ma roue, mais je ne savais pas qu’il y avait Primoz. J’ai vu qu’on était quatre, avec Stybar (Quick-Step Alpha Vinyl, NDLR). Je me suis mis dans sa roue. Il a lâché un peu… et j’y suis allé. J’étais vraiment à la limite, c’est incroyable."
L’écart creusé (19 secondes à l’arrivée), il ne restait plus qu’à désigner un vainqueur en interne. Les arguments de chacun : Van Aert ? Il était sans doute la carte maîtresse du jour. Roglic ? Il est le favori de l’épreuve, et il y a des bonifications en jeu (10", 6" et 4"). Laporte ? Il est le "petit nouveau" à récompenser "face" à deux stars, qui plus est dans l’Hexagone. "Wout m’a dit à un kilomètre que c’était pour moi aujourd’hui, détaille le Français de 29 ans. C’est vraiment un beau cadeau qu’ils me font."
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Van Aert : "Il mérite cette victoire"
"Il mérite cette victoire, a estimé Van Aert. C’est un coureur super fort. Je ne le connais que depuis cet hiver, mais il est super sympa, il fait partie de l’équipe, et gagner une étape de Paris-Nice, en France, c’est quelque chose de grand, particulièrement pour lui." Confirmation avec le principal intéressé : "Je vais être maillot jaune. Si on m’avait dit ça au départ ce matin, je n’y aurais pas forcément cru (…) Voilà, je vais être maillot jaune de Paris-Nice !"
Christophe Laporte n’est plus le maudit du World Tour, celui qui a (seulement) goûté plusieurs fois à la deuxième place sur le Tour de France, ou encore sur Paris-Nice, justement, où il avait été compagnon d’infortunes de Roglic, lors de la dernière étape l’an passé. Pendant que son futur "boss" perdait le classement général sur chute, Laporte se faisait battre au sprint par Magnus Cort Nielsen, donnant l’impression de lancer trop tard. Comme s’il se refusait au succès autant que le succès se refusait à lui.
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Jumbo-Visma, un nouveau monde pour Laporte
En arrivant chez Jumbo-Visma, il espérait sans doute faire sauter ce verrou. C’est fait et ce n’est pas dû au hasard selon lui. "C’est une équipe qui est au millimètre, partout, comme on dit. Elle fait attention à chaque détail et je pense que ça paie, considère-t-il, au sujet de sa nouvelle écurie. Cela récompense beaucoup de travail. J’ai passé trois semaines loin de ma famille au mois de février, je suis content que ce travail paie aujourd’hui (…) Un stage de trois semaines, je n’avais jamais fait cela auparavant."
Intégrer une grosse cylindrée comporte un désavantage : celui de n’être que rarement promis au rôle de leader. Laporte, 6e de Paris-Roubaix et 11e du Tour des Flandres en 2021, n’a probablement pas été recruté pour faire mieux, à titre individuel, mais plutôt pour seconder Van Aert sur les classiques et épauler Roglic sur les courses par étapes. Le scénario du jour a consolidé hiérarchie et relation, entre ces trois hommes, à en croire Laporte : "C’est vraiment beau de leur part, je leur revaudrai, c’est certain."
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"On va prendre les priorités dans l’ordre"
Le premier du classement général n’a pas d’ambition débordante, pour la suite de l’épreuve : "Demain (lundi), je vais savourer ce moment. Ce n’est pas tous les jours dans une carrière que l’on vit un moment comme cela." Le profil de la 2e étape, plat, entre Auffargis et Orléans, suggère que Laporte a des chances de rester en jaune. Mais il martèle : "L’objectif principal, c’est de garder Primoz placé pour le général, pas forcément de garder le maillot jaune sur mes épaules. On va prendre les priorités dans l’ordre."
Ce 6 mars 2022 n'aura rien d'anodin pour Christophe Laporte. Il restera le jour de sa première victoire en World Tour. Reste à savoir dans quelles proportions, voire dans quel sens, ce triplé dont il a été la figure de proue aura un impact sur sa carrière. Il pourrait faire office de déclic, marquer le début d’une moisson de succès. Il pourrait, aussi, résonner longtemps comme un encombrant symbole de servitude. Il pourrait, enfin, conduire à un équilibre entre ces deux extrêmes. La Jumbo-Visma doit aisément s'accommoder de ces trois hypothèses.
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