Curiosité du peloton, bourré d'ambitions avant Paris-Nice, Red Bull et l'Ajax, à la Scandinave : voici Uno-X

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PARIS-NICE - Avant de découvrir le Tour de France en juillet, l'équipe Uno-X vient affirmer ses ambitions et son identité sur la Course au Soleil. Elle se présente sans le vainqueur du Tour de l'Avenir Tobias Halland Johannessen, forfait, mais avec le vétéran Alexander Kristoff, débarqué lors de l'intersaison en provenance de Intermarché-Wanty-Gobert.

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Jens Haugland a commencé l’année en poussant un hurlement au téléphone. “Ensuite, il m’a dit qu’il raccrochait parce qu’il allait pleurer”, se souvient Christian Prudhomme, directeur du Tour de France et premier témoin de la joie expansive du patron d’Uno-X. “J’ai pensé à l’appeler le 24 décembre, finalement c’était le 1er janvier”, sourit encore Prudhomme, qui a rangé le costume de père Noël pour mieux distribuer sa luxueuse étrenne : une invitation sur le Tour de France. Charge désormais à l’équipe norvégienne et à son dirigeant ambitieux de montrer que leur présence à la table des grands (sur le Tour, mais aussi Paris-Nice, Roubaix, les ardennaises, la Volta, le Dauphiné, les grands rendez-vous de Flanders Classics…) n’a rien d’un cadeau.
Je ne viendrai pas sur le Tour de France pour faire des échappés publicitaires”, prévient Haugland, rencontré mi-janvier à Altea, sur la côte valencienne où son équipe se réunissait pour préparer la saison. Dans leur hôtel, les hommes et femmes aux couleurs orange et rouge étaient voisins de chambres avec des coureurs d’Arkéa-Samsic, Bahrain Victorious ou encore Jayco AlUla, qu’ils retrouveront au mois de juillet sur les routes basques, auvergnates, savoyardes, alsaciennes… jusqu’à Paris, où ils espèrent arriver avec au moins une victoire d’étape dans les bagages, un an après avoir observé de très près le Grand Départ de Copenhague.
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Uno-X Pro Cycling Team. Foto: Wordup Projects

Crédit: Other Agency

Hushovd, Kristoff : histoires de Vikings

Fantasmée en 2022, l’invitation d’Uno-X au banquet de juillet s’est imposée pour 2023, d’autant plus après l’effondrement du projet porté par Jérôme Pineau. “Quand j’ai appris la nouvelle pour B&B, j’étais vraiment confiant, je ne voyais pas vraiment quelles équipes pouvaient rivaliser”, observe Alexander Kristoff, recrue phare de l’intersaison scandinave. Uno-X a les armes sportives pour briller, assure le Norvégien aux deux Monuments (Sanremo en 2014, les Flandres en 2015) et quatre étapes du Tour (avec un jour en jaune en 2020). “Certains coureurs sont encore jeunes, inexpérimentés, mais quand on réunit nos meilleurs gars, on peut mettre en place un vrai bon groupe pour une épreuve comme le Tour.”
Surtout, Uno-X a une identité. “C’est ce que j’ai expliqué à Jens Haugland quand il est venu nous voir à Paris en décembre”, raconte Prudhomme. “J’aime les équipes qui ont des racines. Chez Jean-René Bernaudeau, c’est Total Energies, mais ce sont toujours les Vendéens.” Pour son entretien de présentation dans les locaux d’Amaury Sport Organisation, Jens Haugland était accompagné d’un ambassadeur de choix : Thor Hushovd, le “Viking” au palmarès et au caractère admirés. “Thor était là parce qu’il y a, comme il le dit, un vrai sentiment de fierté nationale”, poursuit Prudhomme, qui déborde vers le Danemark voisin. "La reine, qui n'avait jamais parlé de sport depuis 1992 et le titre européen en football, vient de parler du Tour deux années de suite dans ses voeux. Le ministre des Affaires étrangères, qui a été deux fois premier ministre et a joué un grand rôle dans le Grand Départ, m'a envoyé un message à 23h quand Vingegaard a été nommé sportif de l'année."

"Parfois l'Ajax est complètement nul... Mais ils ont créé un éco-système"

Chez Uno-X, ce sont des Scandinaves, et ça n’a pas de raison de changer. “Il y a dix ans, mon président [Vegar Kulset, à la tête d’Uno-X Mobility] et moi avons décidé de mettre le cyclisme au coeur de notre communication pour montrer nos activités et notre vocation”, rembobine Haugland, qui préside la branche norvégienne d’Uno-X en même temps qu’il dirige l’équipe Uno-X. “Nous venons de l’ancien monde, avec la distribution d’essence pour les voitures en Norvège et au Danemark, et nous devons préparer l’avenir, donc nous avons décidé de nous investir dans le cyclisme et la mobilité. Le cyclisme est unique en ce qu’il te permet d’afficher ton nom comme étant celui de l’équipe. Et nous ne sommes pas seulement sponsors, nous sommes propriétaires.”
Aujourd’hui, Kulset a deux fils dans l’équipe Uno-X (Sindre et Magnus) et Haugland s’épanouit en tant que “Sykkelsjefen”, son nom d’utilisateur sur Twitter. “Ça veut tout simplement dire ‘chef du cyclisme’ en norvégien”, sourit-il. Le “chef” et son entreprise ont d’abord parrainé des épreuves et des clubs locaux. Puis ils ont développé leur propre structure. “En 2017, on a invité toute la presse norvégienne à Stavanger pour annoncer la création de notre équipe Conti… Une personne est venue.”
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La déconvenue n’a pas découragé les dirigeants d’Uno-X, qui ont atteint le statut Pro Conti en 2020 et rêvent désormais de World Tour. “Notre ambition pour les trois prochaines années est indiscutable, on veut avoir suffisamment de points et être en première division”, assure Haugland. Et il le fera à sa manière. “Je ne veux pas créer une équipe comme les autres, je veux qu’on soit connu pour notre manière de faire. Et personne ne peut me dire que c’est impossible : on vient d’être invité sur le Tour.”
Le dirigeant revendique deux influences : “Red Bull, pour la manière dont ils ont pris en main leur marque et leurs contenus, et l’Ajax Amsterdam, sur un plan sportif. Ils ont une vraie identité dans leur façon de jouer et de développer des talents. Parfois, ils jouent la demi-finale de la Ligue des champions. Parfois, ils sont complètement nuls. Mais ils ont créé un éco-système qui leur permet de toujours savoir qui ils sont.”

Dideriksen, Halland... Foss ? La Scandinavie a de la réserve

Depuis l’an dernier, l’identité Uno-X vit également à travers l’équipe féminine qui, elle, a déjà participé au Tour de France et a directement intégré le Women’s World Tour. Chez les filles, les promotions et relégations dans l’élite se jouent cette année, et il sera difficile pour la toute jeune structure norvégienne de conserver sa place. “Il nous a fallu plusieurs années pour développer le cadre que nous avons chez les hommes et il faudra plusieurs années pour atteindre le niveau que nous souhaitons chez les femmes”, concède Haugland.
L’équipe Uno-X féminine a déjà attiré une championne du monde, Amalie Dideriksen, la première Danoise à conquérir l’arc-en-ciel sur la route, en 2016 (3 ans avant Pedersen chez les hommes). “J’ai le sentiment qu’ils veulent offrir les mêmes opportunités aux hommes et aux femmes”, juge-t-elle après avoir couru pour les deux meilleures structures du peloton féminin, Boels Dolmans (devenue SD Worx) et Trek-Segafredo. “On a une nutritionniste, une coach mental et tout un encadrement qui cherche à nous considérer comme des humains à part entière, pour nous aider à construire cette équipe et inspirer les jeunes générations.” Elle-même cherchera à s’épanouir sur la route et sur la piste, où elle est vice-championne olympique de l’américaine avec Julie Leth, qui l’a précédée d’un an dans les rangs d’Uno-X.
La formation norvégienne a aussi connu l’arc-en-ciel en accompagnant Johan Price-Pejtersen (désormais membre de Bahrain Victorious) vers le titre de champion du monde espoirs du contre-la-montre en 2021. Et elle a décroché le maillot jaune via Tobias Halland Johannessen, vainqueur du Tour de l’Avenir la même année. Depuis, le jeune grimpeur a confirmé ses belles dispositions sur la Volta a Catalunya (7e) et sur le Dauphiné (10e, meilleur jeune) avant d’être freiné par des douleurs au genou.
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Tobias Halland Johannessen du Team Uno-X Cycling lors du coup d'envoi de la saison 2023

Crédit: Getty Images

À l’approche du printemps, Halland devait mener l’équipe Uno-X sur Paris-Nice mais il est finalement forfait. “Surcharge sur le genou + Covid”, justifie Haugland. “On le veut à 100% et on veut qu’il s’entraîne bien. Paris-Nice vient juste un peu trop tôt.” Rendez-vous est donc pris sur la Volta a Catalunya, à laquelle doit participer un autre Norvégien vainqueur du Tour de l’Avenir : Tobias Foss. À 25 ans, il est désormais champion du monde du contre-la-montre et son contrat avec Jumbo-Visma expire fin 2023…
De quoi inspirer Haugland, qui profite de l’invitation sur le Tour pour chercher un nouveau partenaire, à hauteur de 5 millions d’euros par an, afin de recruter les meilleurs coureurs scandinaves. “Des discussions très excitantes sont en cours, espérons que la campagne du printemps nous permette d’avancer !”, explique-t-il. On imagine ses futurs hurlements de bonheur.
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