Paris-Roubaix 2025 - Pogacar, au bonheur de l'incertitude
Par Glenn Ceillier
Mis à jour 13/04/2025 à 10:04 GMT+2
Indiscutablement parmi les favoris des courses où il s'aligne depuis de longs mois, Tadej Pogacar s'attaque pour la première fois de sa carrière à Paris-Roubaix ce dimanche. Et si le Slovène aura son mot à dire, étant donné son talent, il ne se présente pas avec les mêmes certitudes dans l’Enfer du Nord. De quoi rendre cette course encore plus électrique. Et passionnante, pour lui comme pour nous.
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Il y a une douce excitation avant cette édition de Paris-Roubaix. Certes, c'est vrai chaque année, la Reine des classiques n'étant pas une course comme une autre. Rien n'est comparable à son atmosphère unique. Avec ses routes hostiles et ses 55 kilomètres de pavés qui ne pardonnent pas le moindre moment d'inattention, le Monument du Nord de la France est toujours un rendez-vous à ne pas manquer tant il a écrit la légende du cyclisme au fil des années par ses chutes glaçantes, ses crevaisons frustrantes et ses larmes diverses.
Cette 122e édition est cependant passée dans une autre dimension par rapport aux dernières années. La raison ? La présence évidemment de Tadej Pogacar, premier vainqueur du Tour de France à prendre le départ de Paris-Roubaix depuis 1991. Voilà le triple lauréat du Tour de France, vainqueur de huit Monuments, à l'attaque d'un nouveau défi à la hauteur de son immense talent, lui qui rêve de tout gagner. Mais si tout s'emballe avant ce Paris-Roubaix, ce n'est pas lié à sa seule présence. C'est aussi en raison de l'incertitude qui y règne malgré cette grande première du champion du monde. De quoi attiser encore un peu plus ses envies de briller.
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Cette fois, il n'est pas l'indiscutable favori
Depuis des mois maintenant voire des années, le monde de la Petite Reine s'était habitué à une règle devenue d'or au fil de ses exploits : quand Pogacar est au départ d'une course, il est indiscutablement sur la liste des favoris, sinon le grand favori. Sur les Monuments au parcours difficile, il a même toujours plié l'affaire depuis le Tour des Flandres 2022. La question est alors de savoir quand il fera la différence. A quel moment il va se débrouiller pour faire éclater la course. Mais dimanche, l'histoire est autre sur le papier. Dans l'Enfer du Nord, le diablotin slovène ne semble pas intouchable.
Les raisons à cela sont multiples. Vainqueur de son deuxième Tour des Flandres dimanche dernier, Tadej Pogacar va déjà découvrir Paris-Roubaix chez les pros. Et les doutes liés son physique modeste (66 kg) ont animé la semaine. Pour certains, il était trop léger pour supporter la dureté du parcours et les chocs sur les pavés, où le poids est un allié. Pour d'autres qui s'appuient notamment sur sa démonstration lors de l'étape des pavés sur le Tour de France 2022, c'est un faux débat. "Il n'est pas trop léger. Sur les pavés, il faut surtout être adroit et ça Pogacar l'est", a résumé Bernard Hinault, dernier champion à Roubaix, en 1981, en tant que vainqueur de la Grande Boucle.
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Du beau monde plus armé que lui ?
Autre point clef : la concurrence est au rendez-vous. Et les prétendants ne manquent pas. Avec des profils plus aptes à dompter l'exigence du parcours. En premier lieu, il y a évidemment Mathieu van der Poel, double vainqueur sortant. Avec sa science et sa puissance, le Néerlandais est comme chez lui à Roubaix et il possède plus d'arguments sur ce terrain de jeu face au leader des UAE. Mais il faut aussi compter sur le surpuissant Mads Pedersen qui ne rêve que de ça ou encore Filippo Ganna et Wout van Aert – qui est revenu en forme au bon moment en se montrant sur le Ronde -. Tous semblent posséder les armes pour lutter cette fois-ci face à "Pogi". Car le parcours "plat" de Paris-Roubaix n'est pas pour là l'aider.
L'Enfer du Nord n'est pas le Tour de Lombardie, où il peut faire parler ses aptitudes de grimpeur. Ni le Tour des Flandres où les monts lui permettent de faire mal. "Ce sera difficile pour lui, c'est quand même très plat, il aura du mal à lâcher Van der Poel", estime Alexander Kristoff, ancien coéquipier du Slovène, aujourd'hui chez Uno-X. "Le vrai adversaire pour Pogacar, c'est le parcours", abonde Thierry Gouvenou, 7e en 2002 de Paris-Roubaix dont il est aujourd'hui le directeur. "Les 55 km de pavés sont redoutables. On peut penser qu'ils vont quand même l'éreinter."
Un défi à la hauteur de son immense talent
Alors, impossible ? Sûrement pas. Et c'est bien ça, qui rend cette édition si excitante. Avec Tadej Pogacar, il ne faut jamais dire jamais. Et toute cette incertitude ne fait qu'augmenter son intérêt pour cette course mythique à ses yeux. "J’ai vraiment hâte d’y participer", a-t-il avoué avant le Tour des Flandres. En champion d'exception avide de marquer l'histoire du cyclisme, il sait qu'il possède une occasion unique d'y parvenir ce dimanche. Et l’incertitude qui règne avant le départ n'est pas pour lui déplaire assurément, lui qui aime tant se faire plaisir sur un vélo et démontrer qu'il n'est pas comme les autres.
"Laissez-moi découvrir cette course formidable. Mais si je suis optimiste et persuadé que je peux faire un résultat, je ne fais pas ça pour me créer un palmarès, avait avoué le Slovène avant le Tour des Flandres. Ce que je veux, c'est m'amuser sur le vélo et ne pas avoir de regrets. (…) Je ne fais pas du cyclisme pour m'ennuyer". Alors que la pluie est annoncée dans la nuit de samedi à dimanche et qu'un vent latéral est prévu, ce nouveau terrain de jeu avec ces défis multiples où la chance sera comme toujours un élément clef a bien tout pour attiser le plaisir et l'appétit de l'insatiable slovène. Et c'est bien ça qui rend cette édition 2025 si électrique. Vivement dimanche.
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