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Tadej Pogacar sur Paris-Roubaix - "C'est lui le boss" : Comment le coeur de Pogi a vaincu la raison émiratie
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Mis à jour 26/03/2025 à 20:58 GMT+1
Tout à sa quête de nouveaux défis pour mieux s’éclater et marquer l’histoire de son sport, Tadej Pogačar a dû forcer la main de ses dirigeants et arracher sa première participation à Paris-Roubaix. Le champion du monde a placé son équipe devant le fait accompli. Pogacar avait envie alors Pogacar sera au départ de l'Enfer du Nord et tant pis si les risques d'hypothéquer sa saison sont réels.
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Par Benoît Vittek
La participation de Tadej Pogačar à Paris-Roubaix, dans deux semaines et demie, fait de nombreux heureux, à en juger par la vague d’enthousiasme soulevée par son annonce. Il y a bien quelques esprits chagrinés, parmi les coureurs et les suiveurs, pour craindre que l’archi-domination du cannibale slovène n’étouffe la reine des classiques… Mais les plus rétifs à la perspective de voir Pogi foncer tête baissée dans la trouée d’Arenberg se trouvent dans les rangs de sa formation, UAE Team Emirates-XRG, dont les dirigeants ont bien tenté de contenir les ardeurs roubaisiennes du champion du monde… En vain.
À 26 ans, Pogačar va découvrir l’Enfer du Nord. L’annonce est majeure ; son équipe l’a camouflée dans un communiqué de presse dévoilant ses sélections d’équipes pour l’E3 Saxo Classic et Gand-Wevelgem, sans Pogačar, qui avait pourtant mis ces deux classiques à son programme depuis plusieurs mois. "Après discussions avec l’équipe, il a été décidé qu’il ajusterait son calendrier pour se concentrer sur le Tour des Flandres et Paris-Roubaix plutôt, avec l’objectif d’atteindre son pic de forme sur ces courses emblématiques", précise la communication émiratie. "C’est son idée", nous confirme-t-on dans son entourage.
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Pogačar avait parfaitement préparé le terrain avec un calendrier déblayé, qui ouvrait la voie à cet ajustement : une seule course par étapes dans la première partie de saison, dès l’UAE Tour, pour satisfaire ses mécènes et mieux se concentrer sur les classiques qu’il adore mais qu’il avait sélectionnées avec parcimonie, se laissant le loisir de gommer un ou deux explétifs (compte-t-il toujours faire le triptyque Amstel - Flèche - Liège ?) et de partir affronter le dernier Monument sur lequel il n’a encore jamais accroché un dossard.
C’est lui le boss
"Je lui répète qu’il doit attendre, ne pas prendre de risques, parce qu’il pourrait vraiment se blesser", concédait Mauro Gianetti, le patron d’UAE Team Emirates-XRG, il y a deux semaines auprès de Cyclingnews, la Rai et La Gazzetta dello Sport. Et le Suisse d’enfoncer le clou : "Une mauvaise chute pourrait compromettre le Tour de France et peut-être même toute la saison. J'espère qu'il ne le fera pas cette année et je lui répète qu'il a encore le temps de courir Paris-Roubaix."
Gianetti, qui a lui-même connu une lourde hospitalisation après une grave chute sur le Tour de Romandie 1998, était échaudé par la cabriole (sans gravité) de Pogačar sur les Strade Bianche et surtout par la chute de Liège-Bastogne-Liège 2023, qui avait tronqué la préparation du Tour de France. En avril, le Slovène s’était fracturé le poignet. En juillet, il prenait la leçon par Jonas Vingegaard.
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Gianetti tempérait ses propos ce week-end, au micro de RMC : "S'il veut la faire, s'il se sent de la faire, ce n'est pas nous qui allons l'en empêcher. […] Mais je ne veux pas non plus le pousser, ce n'est pas une priorité pour nous." La messe était déjà entendue… Et il fallait se rendre à l’évidence formulée par son directeur sportif Fabio Baldato, au micro d’ici Nord : "C’est lui le boss, c’est lui qui gagne toutes les courses. Et à la fin, il dira oui ou non."
Sans grande surprise, Pogi a dit oui, surexcité par les défis de l’Enfer du Nord. Roubaix n’est pas une priorité pour ses dirigeants, et surtout ses sponsors, bien plus attirés par la lumière du Tour de France, qui restera chaque année le rendez-vous majeur du porte-étendard émirati. Mais le Cannibale slovène a des aspirations bien plus étendues.
Je préfère ne pas poursuivre les records, mais de nouveaux défis
Au-delà de la gloutonnerie, il aspire à l’exhaustivité. "Je laisse les records aux historiens", nous expliquait-il l’an dernier, après sa domination étourdissante sur le Giro, prélude à ses conquêtes anthologiques sur le Tour et aux Mondiaux. Qui se souvient des Cassandre estimant que la Corsa Rosa le priverait de ses chances de briller en juillet ? "Je préfère ne pas poursuivre les records, mais de nouveaux défis, et je suis surtout très attiré par les courses que je n’ai pas encore faites", insistait-il.
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Voilà bientôt trois ans qu’il flirte avec Paris-Roubaix, depuis son coup d’éclat sur l’étape pavée du Tour de France 2022, qui arrivait à Arenberg. Il s’était pour l’instant contenté du Tour des Flandres, tout en rappelant régulièrement qu’il souhaitait, un jour, s’aventurer sur l’Enfer du Nord. Et avec son caractère, ambitieux, curieux mais aussi mutin, les appels à la prudence n’ont fait que renforcer son envie de se mesurer à ce défi, le plus vite possible.
Prodige éclatant de précocité, il n’est pas le plus patient, et qui sait jusqu’où il prolongera une carrière qui l’a vu s’imposer au premier plan à seulement 20 ans ? Tout est éphémère et les exemples de Bernard Hinault et Eddy Merckx lui rappellent que même les plus grands ont eu besoin de plusieurs essais pour dompter Paris-Roubaix. On ne pariera pas contre Pogačar, dimanche 12 avril… Mais il n’est jamais trop tôt pour se frotter à l’Enfer du Nord.
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