Tadej Pogacar va découvrir Paris-Roubaix et attraction infernale : "J'en fais des rêves et des cauchemars"

Eurosport sur Google

À l’avant comme à l’arrière, les pavés de Paris-Roubaix meurtrissent les coureurs, qui en redemandent. Avec ses défis hors normes, l’Enfer du Nord les pousse naturellement à se dépasser, pour briller ou simplement pour rallier l’arrivée. A travers les années, ils sont nombreux à avoir souffert face au mythe… pour finalement revenir le défier. Une attraction entêtante.

Gouvenou "ne voit pas Pogacar vainqueur" : "Il va atteindre ses limites, sentir la douleur"

Video credit: Eurosport

Par Benoît VITTEK
Si la présence de Tadej Pogacar peut sembler incongrue, ce week-end à Paris-Roubaix, elle s’inscrit dans la grande histoire d’un Monument qui a toujours poussé les coureurs, champions et anonymes de fond de peloton, à se surpasser. Parmi les exemples les plus célèbres, Bernard Hinault y voyait "une connerie" qu’il a pourtant affrontée à cinq reprises, s’imposant en 1981 avant de revenir en 1982 (9e), contrairement à la légende selon laquelle, une fois sacré dans l’Enfer du Nord, le Blaireau n’y avait plus posé les roues.
Malgré tous ses talents et l’ampleur de ses exploits iconoclastes, on imagine que Pogacar devra également s’y prendre à plusieurs fois pour, peut-être, réussir son pari dingue et s’offrir la reine des classiques. "Il va atteindre ses limites, sentir la douleur", anticipe le directeur de l’épreuve Thierry Gouvenou… Ça tombe bien, le Cannibale slovène est venu pour ça. Et pour faire voler en éclats les limites que les discours les plus pessimistes veulent lui imposer.
À vrai dire, plus que la présence de Pogacar, c’est l’absence de John Degenkolb (Picnic-PostNL) qui semblait inconcevable il y a quelques semaines. L’Allemand, vainqueur dans le vélodrome André-Pétrieux en 2015, est un amoureux transi de Paris-Roubaix. Lui était né pour remporter cette épreuve unique, selon la prédiction de son entraîneur chez les Espoirs. Il a participé à douze éditions, a toujours rallié l’arrivée, triomphal ou abattu, comme lorsqu’en 2023, le rêve d’un nouveau podium s’est envolé après que Mathieu van der Poel et Jasper Philipsen lui ont fait mordre le pavé.
Degenkolb, ambassadeur des Amis de Paris-Roubaix et mécène qui a sauvé l’épreuve Juniors, avait déjà laissé derrière lui ses plus belles années. Mais les défis hors-normes de l’Enfer du Nord avaient réveillé le champion, prêt à tous les sacrifices pour la course qu’il ne raterait pour rien au monde. "En 2021, j’avais connu une très lourde chute une semaine avant Roubaix", racontait-il le mois dernier, avant d’être rattrapé par la malchance sur le Tour des Flandres (fractures d’une clavicule, un coude et un poignet). "J’avais beaucoup de peau arrachée, j’aurais pu dire : ‘Je n’y vais pas.’ Mais je voulais absolument être là pour vivre un Roubaix pluvieux !" Un exemple parmi tant d’autres de l’attraction unique qu’exerce la reine des classiques.
picture

Durand : "Van Aert m'a épaté, il fait partie des favoris pour Roubaix"

Video credit: Eurosport

"Rêves et cauchemars"

La veille, le peloton féminin découvrait l’Enfer du Nord. Lizzie Deignan signait le plus grand exploit de sa carrière (pourtant riche en succès emblématiques), franchissant seule en tête tous les secteurs pavés pour s’imposer dans le vélodrome après plus de 80 kilomètres d’échappée. Loin derrière elle, la grimpeuse Annemiek van Vleuten se fracassait le bassin sur le pavé mouillé. Elle aussi tenait à se mesurer à un Monument sans équivalent, qui broie la majorité du peloton avant de consacrer un roi et une reine, rarement indemnes.
"Cette course est folle, comme moi", résume dans un éclat de rire l’Italienne Chiara Consonni (Canyon//Sram zondacrypto), parmi les rares coureuses à avoir disputé et fini les quatre éditions féminines de l’épreuve. "Paris-Roubaix, j'en fais des rêves et des cauchemars. Mentalement et émotionnellement, je suis très investie dans cette course. Avant le départ, je ressens cette motivation supplémentaire, ce désir de me pousser au-delà de mes limites, à 110%."
"Comme toutes les grandes classiques, Roubaix est un combat mental", pose Jasper Stuyven (Lidl-Trek), homme de grands rendez-vous, qui avait remporté l’épreuve Junior en 2010. Mais le vainqueur de Milano-Sanremo (en 2021) apporte une nuance, de taille : "C’est celle où il faut vraiment être concentré du début à la fin." Avec ses pavés meurtriers et sa météo incertaine, Paris-Roubaix fait peur. Ce qui oblige à donner le meilleur de soi-même, voire un peu plus. "Il faut vraiment que tous les curseurs soient au maximum, explique Degenkolb. Si tu as quelques problèmes, tu peux encore t'en sortir. Mais si ça s'accumule, ça finit par lâcher."
picture

Adieu chicane : voici la nouvelle approche de la Trouée d'Arenberg

Video credit: Eurosport

Le jour du dépassement

Même lorsqu’on met toutes les chances de son côté, les malheurs roubaisiens ont une fâcheuse tendance à s’abattre sur les pénitents qui s’engagent chaque année dans l’Enfer du Nord. "C'est de la connerie cette course, s’emportait le Néerlandais Theo de Rooij après son abandon en 1985. Vous travaillez comme un animal, vous vous pissez dessus. Vous vous retrouvez dans la boue, c'est de la merde." Le reverrait-on sur l’épreuve après pareille diatribe ? Un sourire illuminait à nouveau son visage : "Bien sûr, c’est la plus belle course du monde !"
Trois décennies plus tard, en 2018, Evaldas Siskevicius connaissait lui aussi une journée de galère, passée à la postérité. Diminué, il était rapidement distancé, d’abord par le peloton, puis par la voiture-balai, qui devait accélérer pour libérer le trafic sur les routes temporairement coupées pour les biens de la course. Hors-délai, le Lituanien ralliait Roubaix néanmoins et trouvait porte close… Un membre de l’organisation lui rouvrit l’accès du vélodrome, par respect pour son abnégation. Un an plus tard, il revenait sur "la plus belle course du monde" et y signait un top-10, certainement le résultat le plus significatif de sa carrière.
Finir hors délais à Roubaix n’a rien d’infamant ni même d’exceptionnel : on puise volontiers dans ses derniers retranchements pour rallier le vélodrome. "Lors de ma première année, on m’a dit d’essayer de finir, ça t’apporte quelque chose pour plus tard", se souvient Stuyven, 55e pour sa première participation Élite à Roubaix, avant de trouver la voie vers le top 5.
À force de se surpasser dans la douleur, le jour de grâce attend parfois au tournant. "Je n’étais pas assez fort pour être un leader, ni physiquement, ni mentalement", assume Dirk Demol, qui s’est offert sa seule victoire professionnelle dans l’Enfer du Nord, en 1988. "Mais ce jour-là… C’est le genre de journée qu’un coureur comme moi vit peut-être une fois dans sa carrière." Et c’est tout sauf un hasard s’il l’a vécue en direction de Roubaix.

Rejoignez Plus de 2M d'utilisateurs sur l'app
Restez connecté aux dernières infos, résultats et suivez le sport en direct
Télécharger
Partager cet article
Publicité
Publicité