Paris-Roubaix | Un inconnu au bras cassé : Il y a 10 ans, Matthew Hayman et la plus incroyable des victoires à Roubaix
Eurosport sur GoogleEn 2016, au matin de Paris-Roubaix, Matthew Hayman n'était personne, ou presque. Quelques heures plus tard, il était celui qui avait empêché la légende Tom Boonen de s'emparer du record de victoires sur l'Enfer du Nord. Le monde avait alors découvert son histoire, cette blessure six semaines avant et sa préparation inhabituelle. Dix ans après, Hayman sort la boîte à souvenirs.
Du bras cassé à la victoire sur Paris-Roubaix : La folle histoire de Matthew Hayman
Crédit: Quentin Guichard
Matthew Hayman, où devons-nous commencer l'histoire qui vous a mené jusqu'à l'une des plus incroyables victoires dans l'histoire de Paris-Roubaix, il y a 10 ans ?
Matthew Hayman : Il y a probablement deux débuts à cette histoire. D'abord, j'adorais cette course. Elle était ma préférée dans le calendrier. J'étais dans de grandes équipes comme Rabobank ou Sky et c'était la course où j'ai eu le plus d'opportunités pour obtenir des résultats. Sur les autres, je travaillais pour l'équipe. Au fil des ans, je me suis mis beaucoup de pression à Roubaix. Il n'y a qu'une chance par an. Si vous êtes un sprinteur, vous avez beaucoup d'occasions de gagner, si vous êtes un rouleur quelques-unes également. Si votre spécialité est Roubaix, vous n'en avez qu'une.
Quel est le deuxième début ?
M.H. : La première histoire, c'est l'amour pour Roubaix, la deuxième, c'est un bras cassé. Cette histoire commence donc avec un accident sur le Nieuwsblad (le 27 février) et cette fracture. De toutes les années où j'ai couru Paris-Roubaix, c'était celle où j'avais le moins de chances de faire quelque chose de bien, à cause de cette blessure et de ma longue convalescence. Les médecins me disaient que j'en avais pour six semaines avant de revenir. Paris-Roubaix était exactement six semaines… et un jour plus tard. J'étais vraiment déçu, j'ai même demandé à l'équipe d'aller au Giro ou qu'elle me prépare un autre programme, parce que pour moi, c'était terminé.
Vous avez finalement guéri beaucoup plus vite que prévu…
M.H. : Oui, en réalité j'ai fait quatre semaines de home-trainer et j'ai repris le vélo sur la route dix jours avant Paris-Roubaix. Le week-end avant la course, je suis allé en Espagne, juste pour voir si je pouvais courir en peloton et comment je pouvais gérer les douleurs. L'équipe n'était pas sûre, elle m'a dit d'aller faire la reconnaissance des pavés. Trois ou quatre jours avant, je ne savais pas si j'allais prendre le départ. Après la reconnaissance, je voulais vraiment courir.
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Matthew Hayman, vainqueur de Paris-Roubaix 2016
Crédit: Getty Images
Si votre histoire est aussi folle, c'est aussi à cause d'une photo, celle où vous êtes dans votre garage, sur votre home-trainer avec votre bras plâtré qui repose sur un escabeau…
M.H. : C'était quelques jours après le crash. Normalement, je n'aurais jamais dû montrer cette photo à qui que ce soit, peut-être à mon entraîneur. Maintenant, je reçois des messages sur Instagram ou Twitter, on me demande des conseils. Je suis en quelque sorte devenu un exemple, oui. Le "heat training", l'entraînement à la chaleur, est devenu une vraie technique. Moi, j'étais dans mon garage, sur mon home-trainer, je n'avais pas de ventilateur et je transpirais énormément. Je l'ai fait sans le savoir. Ça m'a aussi aidé à revenir avec une très bonne forme. Je pense être le seul vainqueur de Paris-Roubaix à m'être préparé de cette manière.
Paris-Roubaix vous faisait rêver mais cette année-là, rien ne semblait possible, c'est ça ?
M.H. : C'est ça. Les autres années, je passais les semaines précédentes à penser à la pression des pneus, à chaque secteur, à la tactique. Je me mettais énormément de pression, je me disais qu'il fallait que j'ai un bon jour. En partant de Sky pour arriver chez Orica GreenEDGE, je me disais que j'allais enfin avoir l'opportunité d'être leader. C'était beaucoup de pression, et en 2016, j'y suis allé pour m'amuser. Nous avions un leader, Jens Keukeleire (6e l'année précédente) mais moi de mon côté, j'étais libre.
Votre préparation pour ce Paris-Roubaix est folle mais la course l'est aussi….
M.H. : Oui ! J'étais dans l'échappée matinale. Derrière, ils ont lancé la course très tôt donc nous n'avons jamais eu une énorme avance, peut-être une minute et trente secondes. Mais le groupe fonctionnait bien. Un groupe avec Tom Boonen est revenu sur nous à une soixante de kilomètres de l'arrivée. J'ai essayé d'attaquer avant Orchies mais ça n'a pas marché. Avant le Carrefour de l'Arbre, nous n'étions plus que 5 ou 6 et là j'ai été un peu lâché. Toute la course, je me disais que c'était génial mais que dans l'heure suivante, mes jambes allaient arrêter de fonctionner parce que ce n'était pas normal. Au bout de deux heures, je me disais "ok, ça va bientôt lâcher"...
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Video credit: Eurosport
Que vous êtes-vous dit à ce moment-là, quand le groupe s'en va sans vous ?
M.H. : Je commençais à penser au Top 5 (son meilleur résultat à Roubaix était une 8e place en 2012, ndlr). Et là, je me disais que si un groupe me rattrapait, je n'allais même pas faire de résultats. J'avais des pensées très négatives. En un instant, je me suis dit qu'il fallait que je continue à essayer. Je ne m'attendais pas à revenir mais j'ai vu la moto et à la fin du secteur, je suis revenu dans le groupe. Et en fait, j'allais plutôt bien. Je me disais, "top 5… ou mieux".
Et sur le Vélodrome, vous battez le légendaire Tom Boonen qui pouvait devenir le seul recordman de victoires sur Paris-Roubaix…
M.H. : Ce n'était pas prévu… En arrivant sur le Vélodrome, je visais le podium. Pour moi, ça aurait, quoiqu'il arrive, été le summum de ma carrière. Je me répétais, "ne tombe pas, ne tombe pas". Ça aurait été trop difficile de vivre avec ça. Les autres coureurs avaient besoin de gagner, ils avaient déjà fait de bons résultats ici. Ils ne me regardaient plus vraiment dans les cinq derniers kilomètres. J'ai attaqué avec Boonen dans les deux derniers kilomètres et il m'a demandé de prendre un relais. Si je l'avais fait, j'étais assuré du podium. On serait resté ensemble et il aurait gagné. Je ne sais pas pourquoi, j'ai dit non. Je ne peux pas expliquer cette décision.
Racontez-nous le sprint…
M.H. : J'ai probablement lancé trop tôt. J'ai fait beaucoup de courses sur des vélodromes quand j'étais enfant en Australie. Dans ma tête, je me disais que si tu es devant dans le dernier virage, c'est difficile de te doubler. C'était ça l'idée. J'ai battu Boonen mais j'aurais été heureux de battre n'importe qui d'autre si ça signifiait remporter Paris-Roubaix. Sur le podium, il m'a dit que je le méritais. C'était énorme. Il me connaît mais je n'étais personne finalement. Pour ses sponsors, son équipe, c'était vraiment décevant. Lui m'a souri et m'a félicité.
A cette époque, vous avez dit quelque chose de fou : "j'aurais aimé finir deuxième derrière Tom Boonen". Comment l'expliquez-vous ?
M.H. : J'ai beaucoup de respect pour lui. Je pense que j'ai plutôt dit que j'aurais été heureux de finir 2e derrière lui. Personne n'aurait dit que j'avais fait une mauvaise course si j'avais seulement été battu par Tom Boonen. C'était peut-être un problème de traduction.
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Le podium de Paris-Roubaix 2016 : Matthew Hayman (au centre) et Ian Stannard (à droite) Tom Boonen (à gauche) et
Crédit: Getty Images
Où est le pavé du vainqueur ?
M.H. : Tout le monde me le demande ! Il est en Australie où je vis même si je suis beaucoup en Europe pour les courses (Matthew Hayman est directeur sportif chez Jayco-AlUla). Il est dans mon salon, c'est le seul trophée que j'ai à la maison. C'est sympa de pouvoir le regarder régulièrement. Un ami est venu récemment à la maison et la première chose qu'il voulait, c'était voir et toucher ce pavé. Je dois dire néanmoins que mes enfants ne comprennent pas vraiment pourquoi tout le monde est tellement excité par ce caillou.
Et le vélo, l'avez-vous lavé depuis ?
M.H. : Non ! Il est aussi en Australie. Il faut que je trouve un endroit pour l'accrocher au mur. Il était en Belgique quand je vivais là-bas. Je l'avais mis au mur mais là, il me faut un endroit spécial.
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