Philippe Gilbert : "Le sport, ce sont des rêves un peu fous qui nous animent"

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Ce lundi, Eurosport diffuse le documentaire "Classique Gilbert". Notre futur consultant y raconte sa quête de succès dans les Cinq Monuments. Philippe Gilbert nous emmène avec lui dans les coulisses, chez Quick-Step ou Lotto-Soudal, dévoile ses reconnaissances, les échanges avec le staff. Une plongée au cœur des dernières saisons de l'un des meilleurs coureurs du XXIe siècle.

Philippe Gilbert, le nouveau consultant Eurosport

Crédit: Getty Images

Voilà quelques mois désormais que Philippe Gilbert n'est plus un coureur professionnel. Le consultant Eurosport, dès ce samedi pour le Het Nieuwsblad, a entamé un nouveau chapitre de sa vie mais avant de refermer le glorieux précédent, il a voulu laisser une trace, raconter ses dernières saisons, toutes animées par une quête impossible, celle de remporter les Cinq Monuments. S'il a décroché la victoire au Tour de Lombardie, à Liège-Bastogne-Liège, sur le Tour des Flandres ou sur Paris-Roubaix, il n'a pu triompher de Milan-Sanremo. Cet échec fait aussi partie de lui et c'est ce qu'il raconte, entre autres, dans "Classique Gilbert".
Quelques mois après votre dernière course, la compétition vous manque-t-elle ?
Philippe Gilbert : Non, la compétition ne me manque pas trop. J'ai eu un bon hiver, j'ai profité de la famille. J'ai fait plein de choses. Ce qui ne m'a pas manqué, c'est de partir en stage vers l'Espagne. C'est passé tout seul, jusqu'à présent il n'y a aucun moment de nostalgie, ou de manque. Je suis à 100% en paix avec ma décision.
Ce lundi, Eurosport diffuse "Classique Gilbert", un documentaire qui retrace votre quête de victoire dans les cinq Monuments. Pourquoi avoir voulu laisser cette trace-là ?
P.G. : C'est quelque chose que j'avais en tête depuis longtemps, je voulais faire un documentaire, un livre ou les deux. La personne qui m'a aidé à créer le projet m'a contacté un jour et on s'y est pris tôt, on a commencé à enregistrer nos propres images dès 2018. Nous voulions montrer les coulisses, ce que je vivais, ce que je pensais, les reconnaissances, faire vivre la carrière d'un athlète. D'autres ont fait des documentaires à quelques mois de la fin de leur carrière, je pense que le rendu n'est pas le même.
A quel moment dans votre carrière cette idée de remporter tous les Monuments est-elle apparue ?
P.G. : Quand j'étais jeune, j'étais animé par le maillot de leader de la Coupe du monde. A l'époque, je voyais Bartoli, Museeuw, Tchmil, Betteni ou Rebellin avoir ce maillot. Il me faisait rêver. Gagner la Coupe du monde était un rêve pour moi en tant que jeune sportif. Mais la Coupe du monde a disparu, remplacée par le Pro Tour (en 2006). Je suis resté un coureur de course d'un jour. C'est le seul truc qui aurait pu m'identifier au mieux. Je ne pouvais plus l'avoir. Je rêvais de ça, des classiques.
J'ai commencé à gagner des Monuments, je me suis dit qu'avec les capacités que j'avais, je pouvais tous les gagner. Je me suis mis ça en tête, c'était un pari difficile, j'ai travaillé dur pour essayer d'y arriver. Sanremo m'a échappé mais le sport ce n'est pas que de la réussite, ce sont aussi des échecs, des rêves un peu fous comme ça qui nous animent.
Quel Milan-Sanremo vous laisse le plus de regrets ?
P.G. : En 2011 je pense que j'avais les éléments en ma faveur, il avait fait très mauvais, on avait eu la pluie, une course dure. La Manie avait été ajoutée au parcours, ça nous avait permis de faire une sélection supplémentaire. On est arrivé à La Cipressa avec une cinquantaine de coureurs. J'avais tout en ma faveur mais je n'ai pas pu en profiter. Aucun sprinteur ne pouvait résister avec ce parcours. Si Van Aert ou Alaphilippe l'avaient aujourd'hui, ils feraient péter les sprinteurs à chaque fois.
Est-ce le plus difficile à gagner parmi les cinq ?
P.G. : C'est là qu'il y a le plus de monde dans le final. Si on fait un arrêt sur images à dix kilomètres de l'arrivée à Liège, au Tour des Flandres, à Paris-Roubaix ou au Tour de Lombardie, on va retrouver en moyenne cinq ou six coureurs. A Sanremo, il y en a 80. C'est pour ça que c'est compliqué. Les autres, quand on est fort on a plus de chances de gagner. C'est entre leaders, il n'y a pas d'équipiers.
Rares sont les coureurs qui assument un tel objectif…
P.G : Ce n'était plus arrivé dans l'histoire récente ! Le dernier remontait à 40 ans (Roger De Vlaeminck en 1977). Plus récemment, Sean Kelly était le plus proche mais il lui a manqué le Tour des Flandres. Je fais deux fois troisième à Sanremo, j'ai été assez proche. Je ne sais pas si un jour on aura un coureur qui va le faire mais je l'espère. Ce serait beau.
Dans la génération actuelle, des coureurs semblent capables de faire cet exploit… Tadej Pogacar, Wout van Aert ?
P.G. : Pour Pogacar, je me poserais la question sur Paris-Roubaix. Le Tour des Flandres, je sais qu'il peut le gagner. Il peut mais il faut le faire. Il en a la capacité. Pour Van Aert, je me pose la question du Tour de Lombardie donc il y a quand même une interrogation. Les années passent, Van Aert n'en a qu'un, Pogacar en a deux. Ce n'est pas simple.
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Vingegaard et Alaphilippe hors du coup, Pogacar encore roi : le résumé du Tour de Lombardie

Video credit: Eurosport

Au début de votre carrière, vous étiez un pur puncheur. Plus tard, vous avez évolué vers un style plus flandrien, tant et si bien que votre carrière a été très complète…
P.G : J'ai gagné trois ou quatre kilos de muscle donc oui j'ai évolué physiquement. On change c'est normal, j'étais plus fin quand j'ai gagné Liège (2011), le Mondial (2012), la Lombardie (2009, 2010). J'étais plus musclé ensuite parce que j'ai fait plus d'entraînement en fitness, en salle. J'ai développé ma puissance, c'était volontaire. C'était très clair que je faisais un changement dans l'entraînement pour développer la force et la masse. Ce changement a débuté dès 2011 après ma victoire à Liège puis plus clairement un peu plus tard.
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