Pensez à Julian Alaphilippe et réfléchissez aux premiers mots qui vous viennent à l'esprit. L'instinct ne sera peut-être pas le premier mais il devrait assez logiquement arriver très rapidement. Dans un cyclisme que l'on qualifiait parfois de rébarbatif ces dernières saisons et que l'on dit surtout, à raison, millimétré, le double champion du monde détonne. Dans un peloton biberonné aux capteurs de puissance, Alaphilippe a longtemps fait figure d'exception. Fut un temps il ne les utilisait pas en course. Désormais, il les a intégrés à son entraînement. Un vrai changement qui aura des conséquences que détaille son entraîneur, Franck Alaphilippe.
Effectuons en retour en arrière pour bien comprendre la relation entre Alaphilippe, les watts et plus globalement les données de puissance. "A ses débuts professionnels, il ne les utilisait pas du tout, il n'aimait pas ça, rappelle son cousin et entraîneur. C'est quelque chose qui ne l'intéressait pas forcément. Il ne voyait pas l'intérêt, moi j'aurais aimé qu'il les utilise à ses débuts professionnels." En 2013, date à laquelle le Français de 29 ans a fait son entrée chez les grands, les capteurs de puissance étaient largement usités aussi bien en course qu'à l'entraînement, y compris chez les amateurs. Lui a tardé à s'y mettre et l'avait même fait savoir dans la presse, ce qui avait fortement déplu à l'un des sponsors de sa formation qui commercialisait justement… des capteurs de puissance.
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Coureur d'instinct, Alaphilippe n'évoque jamais les watts

"Il ne voulait pas en entendre parler, il ne comprenait pas les coureurs qui, après des stages ou les courses, étudiaient leurs données… Pour lui, il fallait passer à autre chose, ne pas s'attarder. C'est plutôt drôle. Maintenant il ne dirait plus ça." Maintenant, c'est donc un nouvel Alaphilippe. Jamais vous ne l'avez entendu parler en watts ces dernières années ou dire que ses données étaient bonnes à l'entraînement. L'instinct, les sensations ont toujours été plus importants même s'il utilisait déjà les capteurs. Mais la différence, c'est son entraîneur qui la qualifie : "il y porte de l'intérêt, il en discute avec moi. Il a compris l'utilité".

Julian Alaphilippe avec son maillot de champion du monde

Crédit: Getty Images

Concrètement, quels sont les changements dans son entraînement et sa préparation ? "C'est un moyen d'être encore plus précis, plutôt que se fier à la sensation ou la fréquence cardiaque", appuie Franck. Dans le détail, là où ses exercices pouvaient paraître très anciens il y a encore quelques années, il sait désormais dans quelle zone de puissance il doit se trouver. Et si la tentation de faire plus existe encore pour le double champion du monde, il a désormais conscience que les séances d'entraînement préparées le sont au millimètre, adaptée à sa forme du moment et à ses objectifs à venir.

Alaphilippe va-t-il progresser ?

Une question brûle tout de même les lèvres : en apportant plus de précision à son entraînement, Alaphilippe va-t-il automatiquement progresser ? Son cousin répond par la négative : "C'est un moyen d'être sûr de bien calculer ses charges d'entraînement par semaine, par mois. C'est une aide très précieuse pour la gestion de la fatigue, c'est indéniable", préfère-t-il mettre en avant. Ainsi, Alaphilippe ne devrait pas pouvoir augmenter son plafond de performance mais en limitant sa fatigue, il pourrait être plus souvent en capacité de livrer son meilleur niveau en course.

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Reste la question de l'essence de ce qui fait ce coureur : l'instinct. Va-t-il devenir un Chris Froome les yeux toujours rivés sur le compteur ? Évidemment pas. C'est tout l'avantage d'avoir grandi sans cet outil. "C'est peut-être un mal pour un bien, analyse Franck Alaphilippe. Ça lui a permis de vraiment connaître et s'approprier son corps, notamment sur les différentes zones d'intensité. Comme il n'utilisait pas de capteur, il fallait qu'il le fasse à la sensation. Même en course, il est beaucoup à l'instinct, il n'a pas besoin de regarder continuellement son capteur de puissance pour savoir s'il atteint ses limites."

La peur de perdre son instinct ?

Le dernier championnat du monde en est sans doute le parfait exemple. Libéré parce que prêt à perdre son maillot, il avait attaqué à outrance. Peut-être n'aurait-il pas fait la même chose s'il avait l'habitude de se fier uniquement aux chiffres. Julian Alaphilippe a-t-il d'une certaine manière tardé à rejoindre la mode de peur de perdre son instinct ? "Non, il ne l'a jamais évoqué. En course, il n'a pas les yeux rivés sur son compteur. Il sait que sa motivation et ses sensations seront plus fortes".
En somme, Alaphilippe a plutôt décidé d'ajouter une corde à son arc. Mettre plus de précision dans son entraînement lui permettra sans doute de durer plus longtemps. Rien de négligeable pour un coureur qui franchira le cap de la trentaine en juin. Et comme il vient de passer l'un des "meilleurs hivers" de sa carrière selon son entraîneur, Julian Alaphilippe devrait encore lever les bras sur les plus grandes courses dans les semaines, mois et années à venir.
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