Rémi Cavagna (Groupama-FDJ), sur son mal-être chez Movistar : "Mes amis et ma famille ne me reconnaissaient plus"

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Recruté par Groupama-FDJ, après une saison ratée dans les grandes largeurs chez Movistar, Rémi Cavagna se sent dans la peau d'un "néo-pro" et déborde d'envie. Interrogé mercredi, en marge de la présentation de sa nouvelle équipe, le "TGV de Clermont-Ferrand" raconte pour Eurosport le cercle vicieux dans lequel il était plongé en 2024, témoignant d'un mal-être qui avait gagné son quotidien.

Cavagna soulagé de rejoindre la Groupama-FDJ : "Mes amis et ma famille ne me reconnaissaient plus"

Video credit: Eurosport

Vous sortez d'une saison ô combien compliquée, y compris humainement, chez Movistar. A quel point cela vous fait-il du bien de retrouver un cadre positif ?
Rémi Cavagna : 2024 a été le plus gros échec de ma carrière. C'est oublié. Retrouver une équipe, qui plus est française, cela me rassure. Cela m'enlève une charge mentale. Psychologiquement, ça va beaucoup mieux, et physiquement, ça suit.
Avez-vous été piqué dans votre orgueil par le fait d'être si peu performant (aucun "top 10", hors chrono des championnats de France, ndlr) en 2024 ?
R. C. : Un peu. Cela a été un enchaînement de circonstances néfastes. Un cercle vicieux. Je me suis perdu. Je me suis oublié. Quand je regardais mes résultats en contre-la-montre… je n'avais jamais fait ça dans ma carrière. Même lors de mes premières saisons professionnelles, j'étais supérieur. Il y a eu une sorte de blocage, mentalement. Pas une dépression… mais presque. 
Le vélo est tellement difficile, tellement exigeant, que si la tête ne suit pas, on ne peut pas être performant. Ça a eu un impact sur ma vie de famille, ma copine, à la maison... (il cherche ses mots). Quand tu rentres d'une course, que tu as échoué, que tu as été nul, ça ne va pas. L'humeur n'est pas glorieuse. Ce n'était pas moi. Mes amis et ma famille ne me reconnaissaient plus.
Je me disais : "Punaise, qu'est-ce que tu fais là, à péter parmi les premiers, à être à la rue ?!"
Tandis que, de l'extérieur, on voit seulement l’échec sportif…
R. C. : Le grand public et vous, journalistes, vous ne voyez que le résultat. Vous vous dites : "Rémi est dans les choux, il est 'nul'". Il y a des petits reliquats qui arrivent à la maison. Je n'étais pas heureux, pas bien sur ma machine. Je me demandais parfois ce que je faisais sur un vélo. Je me disais : "Punaise, qu'est-ce que tu fais là, à péter parmi les premiers, à être à la rue ?!" Il y a eu une grosse remise en question. C'est derrière moi. J'ai retrouvé une famille, ici (au sein de la Groupama-FDJ, ndlr).
Dans un tel contexte, avez-vous vite cherché une porte de sortie, l'an passé ?
R. C. : Dès mars/avril, cela ne fonctionnait pas dans l'équipe. Très tôt, il y a eu des complications. L'équipe n'était pas satisfaite de moi, je ne l'étais pas non plus d'elle. On a réussi à trouver un compromis. Je remercie Movistar de m'avoir laissé partir (alors qu'il avait signé pour trois ans, ndlr).
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Specialized (avec Quick-Step), Canyon (Movistar) puis Wilier Triestina (Groupama-FDJ), cela fait beaucoup de marques de vélo en peu de temps pour vous. Comment vivez-vous cela, en tant qu'adepte du chrono qui doit bichonner sa machine ?
R. C. : Specialized, c'était grandiose. Canyon, c'était très bien. Wilier, je découvre et je suis super satisfait. Le contre-la-montre est une discipline que j'adore. J'ai travaillé dur dans ce domaine. Avant, je roulais deux ou trois fois par semaine, avec de grandes intensités, de grands intervalles. Tandis qu'en 2024, je roulais une fois tous les deux mois avec mon vélo de chrono. J'ai complètement abandonné la discipline l'an dernier.
Pour renouer avec elle, vous avez un sacré compère, en la personne de Stefan Küng…
R. C. : Il est l'image du contre-la-montre dans une équipe française. C'est un grand champion, ça va me pousser vers le haut. Les résultats de Stefan ont contribué à mon choix de rejoindre l'équipe. Il y a un travail étroit avec l'équipementier dans le développement du vélo. En stage, après chaque sortie d'entraînement, un gars de Wilier était près de moi, pour avoir mon ressenti.  Je n'avais jamais eu quelqu'un qui me demandait mon avis comme ça. J'ai essayé le vélo de chrono avec les nouvelles roues : roues à bâtons, roues pleines… c'est une tuerie.
Quand j'étais chez Quick-Step, j'étais à 80 ou 85%
Vous avez effectué un travail postural durant l'intersaison. Les défauts que vous avez corrigés, vous les traîniez depuis longtemps ? Ou étaient-ils la conséquence de cette mauvaise année 2024 ?
R. C. : Ce sont des choses auxquelles on ne pense pas trop, quand ça fonctionne. Quand ça ne fonctionne plus, on voit ce qui ne va pas. Je suis arrivé dans l'équipe Groupama-FDJ, j'ai expliqué ce qui n'allait pas. On m'a étudié pendant une demi-journée. J'en suis ressorti neuf. Comme si j'étais, à nouveau, un néo-pro.
Vous vous sentez donc plus fort qu'à l'époque de Quick-Step…
R. C. : Oui, quand j'étais chez Quick-Step, je n'étais pas à 100%. J'étais à 80 ou 85%. Il y avait cette marge de progression. Je suis descendu de deux ou trois étages en 2024. J'ai envie, au minimum, de retrouver le niveau que j'avais avant. Voire plus. Et j'y crois vraiment. L'équipe effectue un travail formidable sur la performance. En 2024, cela ne se jouait plus sur des détails, pour moi. J'ai envie que ce soit de nouveau le cas… et qu'ils soient de mon côté.
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Pourtant, Quick-Step est une grosse cylindrée. Comment expliquez-vous ce potentiel non-exploité ? 
R. C. : C'est une des plus grandes équipes au monde, oui. C'était aussi dû à mon caractère. J'étais parfois un peu à l'ancienne, à dire : "Ça, je n'en ai pas besoin". Mais je ne veux pas avoir de regret dans quatre, cinq ou dix ans. Je ne veux pas me dire : "Rémi, tu aurais pu faire mieux." Donc cette année, je vais mettre toutes les chances de mon côté, et je pense que ça va être une grande année.
Ce nouveau Rémi Cavagna rêve plutôt de devenir champion du monde de chrono, ou d'aller décrocher de grandes victoires lors de courses dites "en ligne" ?
R. C. : Je ne prétends pas être le meilleur. J'ai envie de me retrouver. De retrouver cette compétitivité, cette fougue, cette envie. J'ai envie de refaire des choses que je pensais impossibles, des échappées à 100 bornes de l'arrivée. Des choses que j'aime sortir de mon chapeau. Je vais reprendre lors du GP La Marseillaise (2 février), puis faire l'Etoile de Bessèges (5-9 février) et le Tour de l'Algarve (19-23 février), avec à chaque fois un chrono individuel. Puis je devrais participer à Paris-Nice (9-16 mars). Le Tour de France passe à la maison, le 14 juillet… plein de motivations m'animent, ça se bouscule dans ma tête. J'ai hâte.
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