RETRAITES DE THIBAUT PINOT, PETER SAGAN... Le temps des adieux... et des souvenirs
Publié 09/10/2023 à 23:52 GMT+2
Peter Sagan, Thibaut Pinot, Tony Gallopin, Nacer Bouhanni, Annemiek van Vleuten et quelques autres quittent les pelotons, après cette saison 2023. Avec l’automne, l’heure de la retraite a sonné pour certains cadres de la Petite Reine, qui nous ont enchantés pendant tant d'années. Mais l’amour du cyclisme est parfois encore plus beau dans les souvenirs.
Plongée dans la "Curva Pinot" au passage du Français sur le Tour de Lombardie
Video credit: Eurosport
L’automne sied aux adieux, en cyclisme comme en toute chose. Comme les feuilles mortes et les courses du même nom, en Lombardie ou en Touraine. On y trouve de la beauté et de la tristesse. Place aux souvenirs, c’est l’heure de la retraite. Ils étaient beaux, les adieux des retraités cyclistes de l’année.
Beau, le franchissement de la ligne d’arrivée à Tours par Tony Gallopin, à qui le jaune allait fort bien sur les routes du 14 juillet 2014, et qui a jeté ses lunettes dans la foule de l’avenue de Grammont. Émouvant, Thibaut Pinot dans sa dernière escapade bergamasque, ce mot qui rime avec "masques" dans la poésie de Verlaine. Masque de douleur, de bonheur, d’émotion et de soulagement mêlés. Souvenirs de l’Alpe et du Tourmalet. Avec quelques larmes derrière les lunettes. Dans la dernière montée, "Tibopino" a été acclamé comme dans "son" virage du ballon d’Alsace, avec chansons et fumigènes. Un boucan comme on en n’avait plus entendu depuis Poulidor. Tiens, d’ailleurs, lui non plus n’a jamais porté le maillot jaune.
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Les adieux de Pinot : "Je ne suis pas champion du monde, mais j'ai le meilleur public du monde"
Video credit: Eurosport
La sortie un peu tristounette de Sagan
Plus discrète et un peu tristounette avait été la sortie de Peter Sagan au Tour de Vendée. On aurait rêvé pour lui un départ sur une course plus prestigieuse, un Monument pour lui qui en a gagné les Flandres et Paris-Roubaix, parmi ses collections de maillots verts et arc-en-ciel. Mais sa présence à la Roche-sur-Yon, où il avait conquis le maillot jaune en 2018, valait hommage et fidélité à sa dernière équipe. Un beau geste, qui en dit long sur la générosité du personnage, sur le vélo comme à la ville.
Ils vont nous manquer, ceux-là et beaucoup d’autres. On pourrait parler de Greg Van Avermaet, vainqueur à Tours, Roubaix, Montréal, aux Jeux Olympiques et fort de onze jours en jaune ; de Nacer Bouhanni et de ses soixante-dix victoires, dont le championnat de France, trois étapes sur la Vuelta et trois sur le Giro. Il ne lui aura manqué qu’une victoire sur le Tour de France pour que le grand public salue cet enviable palmarès.
On pourrait citer Drys Devenins, l’ange gardien de Julian Alaphilippe, qui lui a écrit sur les réseaux sociaux : "Bonne retraite sportive, capitaine. Merci pour tout" ; de Luis Leon Sanchez, qui aimait Paris-Nice et la clasica San Sebastian ; de Daryl Impey, le premier Africain en jaune (2013) ; de Mikaël Cherel et Maxime Bouet, Pierre-Luc Périchon et Matthieu Ladagnous, Sep Vanmarcke et Rohan Dennis, lui aussi vainqueurs d’étapes sur les trois tours.
Sans oublier, dans le peloton féminin, la grande Annemieck van Vleuten, qui part avec ses huit grands tours, dix-huit étapes, sept classiques et une douzaine de médailles d’or. Elle est déjà entrée dans les grands noms de l’épopée cycliste au féminin, de l’épopée cycliste tout court.
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Voeckler sur Bouhanni : "Un sacré bonhomme qui peut être fier de ce qu'il a accompli"
Video credit: Eurosport
Reconversions
Et maintenant ? Ce n’est pas toujours aisé de démarrer une nouvelle vie quand on a entre 30 et 40 ans. Tony Gallopin sera directeur sportif. On ne s’inquiète pas trop pour Thibaut Pinot, qu’on imagine bien rentrant chez lui à Mélisey, heureux de retrouver ses animaux, sa famille et le calme, loin de la médiatisation et du tumulte qu’il abhorre mais prêt à venir soutenir le PSG à Paris. Quel paradoxe d’imaginer ce garçon ô combien réservé allant se défouler au Parc des Princes avec les ultras du virage d’Auteuil !
On est plus inquiet pour Peter Sagan depuis que Jean-René Bernaudeau, dans L’Équipe, a fait part de ses doutes pour sa reconversion : "J’ai peur qu’il ait du mal à entrer dans la vraie vie, (…) à redescendre de sa planète. Si j’avais un reproche à lui faire, ce serait de ne pas avoir complètement pris sa vie en mains." Mais il ajoute : "Je dis ça parce que je l’aime"… On devrait retrouver Peter Sagan aux Jeux Olympiques de 2024 en VTT. On l’aime aussi, le fantasque Slovaque, mais on n’y croit pas vraiment. On sait seulement qu’on ne le verra plus faire le clown dans le peloton, célébrer des victoires devenues trop rares et traîner son Covid long et une sorte de tristesse que l’ouverture de son hôtel en Slovaquie, à Zilina (une chambre Paris-Roubaix, une chambre maillot vert, etc.) ne suffira peut-être pas à effacer.
On ne guettera plus les hauts et les bas de Pinot, les sprints parfois borderline de Bouhanni, les exploits de Sagan, les attaques de Gallopin. Aux supporters des uns et des autres de se trouver de nouveaux champions à soutenir. Rassurons-les : comme la nature, l’amoureux du cyclisme a horreur du vide et le peloton 2024 ne va pas manquer de champions à soutenir. Le niveau actuel est tel qu’on aura même l’embarras du choix. Il suffit pour cela d’attendre le printemps.
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