Tirreno-Adriatico – Vainqueur du général, Juan Ayuso sort de l’ombre de Pogacar et retrouve la lumière avant le Giro
Mis à jour 16/03/2025 à 18:49 GMT+1
Juan Ayuso vit un passage singulier chez UAE Emirates – XRG. L’Espagnol a signé un bail longue durée avec l’équipe émiratie mais souffre de voir ses ambitions personnelles balayées par le joug de Tadej Pogacar. Vainqueur de Tirreno-Adriatico devant son équipier et rival Adam Yates, qu’il recroisera au Giro, Ayuso retrouve la lumière et les moyens de sa quête majuscule de tout gagner.
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Video credit: Eurosport
Rien n’est facile pour Juan Ayuso. Grand favori de la 6e étape, le grimpeur de UAE Emirates – XRG a ferraillé pour se débarrasser d’un épatant Filippo Ganna, et lui ravir le maillot azzurro de leader. Un épisode clé de ce Tirreno-Adriatico 2025, cuvée tombée entre les mains d’un prodige cimenté dans le travail et la professionnalisation à l’outrance. Véritable ascète filé d’un caractère à la hauteur de ses ambitions, l’homme aux épaules hautes et cintrées se sait intrus au sein de sa propre formation. Ce succès lui permet au moins de réclamer le statut de leader au départ du prochain Giro, en l’absence du roi Tadej.
L'autre prodige
Juan Ayuso est un sacré personnage. Un autre alien, dans son genre. À l’ère d’un certain Tadej Pogacar, ce n’est pas rien. L’Espagnol tire sa singularité d’un parcours hors des ornières, qui l’a baladé des écoles d’Atlanta (Etats-Unis) aux plages roboratives de la Costa Blanca. Fils d’économiste, Ayuso calcule et soupèse le moindre paramètre, dans une quête affirmée de tout remporter. Armé de cette conviction, l’Espagnol s’est frotté à l’inimaginable, l’inquantifiable, aux côtés de Tadej Pogacar.
Ayuso est mal tombé, il est vrai. Mais le natif de Barcelone portait lui aussi la pancarte de prodige dans le dos. Vainqueur du Baby Giro en 2021, l’Espagnol est devenu le plus jeune coureur depuis 1904 à monter sur le podium d’un grand Tour, troisième de la Vuelta 2022 à seulement 19 ans. Attaquant, excellent rouleur et maître de son effort dans les cols, Ayuso cultive une versatilité qui rappelle son idole d’enfance, Alberto Contador.
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Quatre attaques et Ayuso a fini par écoeurer Pidcock pour voler vers la victoire
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Un air de Contador - Armstrong
Sans forcer la symétrie avec la carrière de son glorieux aîné, "El Pistolero" pourrait se reconnaître dans la situation que vit Ayuso au sein de la formation émiratie. En 2009, le Madrilène s’était retrouvé seul contre tous chez Astana, englué dans une lutte intestine avec le revenant Lance Armstrong. Vainqueur du Tour de France, Contador n’a jamais cessé de rappeler à quel point la cohabitation fut houleuse. Quinze ans après, Ayuso s’est également retrouvé dans une posture délicate, dont il est aussi responsable.
Obnubilés par le Tour de France, qu’ils rêvent de remporter à nouveau après deux claques subies par les frelons de la Visma et Jonas Vingegaard, Mauro Gianetti et ses pairs ont mis sur orbite une équipe cinq étoiles autour de "Pogi" en 2024. Adam Yates, Juan Ayuso, Pavel Sivakov, Joao Almeida : le potentiel a de quoi faire frémir toutes les armadas. Le résultat n’a pas déçu, même si l’attitude revêche de l’Espagnol a soulevé quelques remous.
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Juan Ayuso junto a Tadej Pogacar en la presentación en Florencia del Tour de Francia 2024
Crédit: Getty Images
Peu enclin à rouler en montagne, auteur d’une attitude dilettante devant la presse (interviews sans masque), Ayuso quitte le Tour lors de la 13e étape après une infection au Covid. La fracture semble alors ouverte, et un départ ne fait plus de doute à l’issue de la saison. Seulement, les émoluments et le contrat du Barcelonais (lié jusqu’en 2028 à UAE) sont autant de freins à un exil que l’on imaginera libérateur pour l'intéressé. Tant pis pour la sortie, Ayuso s’est réfugié dans le travail au cœur d’un hiver réussi, et dont les fruits ont poussé dès sa rentrée en France (vainqueur en solitaire de la Faun Drôme Classic).
Del Toro le dernier allié, Yates le premier rival
Plus tranchant dans ses offensives, Ayuso noircit chaque case en vue du Giro. La forme est là, mais l’isolement aussi. "Je suis content d’avoir eu Isaac Del Toro, parce que même avec un vent de face, il a fait un boulot incroyable, saluait le nouveau maillot azzurro après la 6e étape samedi. J’ai souffert, vraiment souffert dans sa roue, mais tout le monde aussi." L’Espagnol peut remercier le talent mexicain, alors qu’il s’attendait sans doute à un peu plus d’aide de la part d’Adam Yates, méconnaissable sur les pentes du Frontignano. Le Britannique ne compte pas s’abaisser devant Ayuso, à qui il espère bien disputer le statut de leader d’UAE sur le Giro.
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Ayuso n'a pas réussi à larguer Scaroni… mais ça ne l'a pas empêché de gagner
Video credit: Eurosport
Cette fois, Ayuso n’a pas cherché à jeter des phrases assassines, ou à plastronner à l’excès. L’Espagnol savoure son quart-heure warholien, qu’il compte bien prolonger sur le Tour de Catalogne et au Giro : "Tout s’est vraiment bien passé. L’équipe a fait un travail incroyable", reconnaissait-il après sa victoire samedi. Yates déclassé, Almeida irrégulier sur Paris-Nice, Ayuso s’assure une place au soleil dans la hiérarchie, tant que le chat Pogacar ne traîne pas dans les parages. Cela tombe bien, Ayuso n’est pour l’heure pas envisagé sur la prochaine Grande Boucle.
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