Heras, c'est géant !

Quel incroyable dénouement. Roberto Heras a pris la tête du Tour d'Espagne samedi en remportant la 20e étape. Sur les 11 kilomètres du contre-la-montre en côte de l'Alto de Abantos, le coureur de l'équipe US Postal a repris 2'23" au malheureux Isidro Noza

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Crédit: Eurosport

"Le vélo est un instrument de plaisir ou de torture, laissant aux coureurs des souvenirs exaltants ou pénibles", disait Robert Chapatte. Rarement cette superbe phrase aura pris autant de sens qu'en cette 20e étape du Tour d'Espagne 2003. L'attitude de Roberto Heras, aérien, voltigeant vers la gloire et le bonheur, a cruellement tranché pendant 11 kilomètres avec l'allure d'Isidro Nozal, planté sur sa machine comme si celle-ci était lestée de plomb et de tout le poids de sa douleur, puis de sa peine.
La Vuelta a définitivement basculé samedi. Sauf improbable retournement de situation dimanche lors d'une 21e étape presque insignifiante, Roberto Heras remportera à Madrid la deuxième Vuelta de sa carrière. Isidro Nozal, depuis la deuxième marche du podium, regardera sans doute avec un mélange de tristesse et d'envie son rival, perché sur la plus haute marche, avec, vissé sur ses épaules, ce maillot de oro qu'il a porté pendant plus de deux semaines.
1'30" en cinq kilomètres !
Les 115 secondes que possédait Nozal avant d'escalader les 11 kilomètres menant d'El Escorial au sommet de l'Alto de Abantos semblaient pourtant constituer un matelas suffisant pour lui éviter toute mauvaise surprise. Mais au fil des kilomètres, l'inquiétude n'a cessé de croître dans le camp de la ONCE, orpheline de son manager Manolo Saiz, exclu vendredi soir de l'épreuve. Trente secondes après trois kilomètres, 51 après six, la menace se rapprochait.
Pour réussir l'exploit, Roberto Heras devait à tout prix sortir la course de sa saison, sinon de sa carrière. L'habituel lieutenant de Lance Armstrong sur le Tour remplit à merveille sa partie du contrat. Sur la ligne d'arrivée, il signe le meilleur temps, avec 14 secondes d'avance sur le duo Valverde-Cardenas. Mais il ne détenait pas seul les clés. Pour que l'improbable devienne possible, il fallait encore que Nozal s'effondre.
Valverde sur le podium
Et Nozal allait bien craquer, concédant plus d'une minute trente sur les cinq derniers kilomètres! 2'23" de retard au sommet, cela en fait 28 de trop. Pour moins d'une demi-minute, Nozal vient de perdre la Vuelta. Son rêve s'est brisé. Bien sûr, le dénouement est cruel, mais pas si illogique. Ces deux derniers jours, la révélation de l'épreuve a payé son manque d'expérience sur une course de trois semaines. Physiquement, il est au bout du rouleau, quand Heras, lui, a passé la surmultipliée.
La ONCE a en tout cas tout perdu aujourd'hui. La victoire, mais aussi la troisième place du podium, puisque Igor Gonzalez de Galdeano s'est vu doubler par Alejandro Valverde, de la Kelme. Pauvre Manolo Saiz, touché dans son orgueil, viré comme un malpropre. Au moins n'aura-t-il pas assisté à cette déconfiture aux premières loges. Pour la dernière grande course de son fidèle sponsor désormais sur le départ, il rêvait d'une sortie par la grande porte. Mais la porte vient de lui claquer en pleine figure. Et ça fait mal.
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