Eurosport
L'étoile Contador
Par
Publié 23/09/2008 à 06:20 GMT+2
Alberto Contador (Astana) n'a pas manqué son rendez-vous avec l'histoire. Vainqueur de la Vuelta dimanche après avoir enlevé le Tour et le Giro, le voilà à seulement 25 ans installé sur le toit de la planète cyclisme. Son ascension vertigineuse impression
Eurosport
Crédit: Eurosport
C'était il y a moins de 15 mois. Lorsqu'il se présente au départ du Tour de France 2007, à Londres, Alberto Contador est un des favoris dans la course au maillot... blanc de meilleur jeune. Pour le jaune, son nom circule parmi tant d'autres dans une liste élargie d'outsiders. Mais qui, dans la capitale londonienne, pouvait alors imaginer que un an et deux mois plus tard, l'Espagnol deviendrait le 5e champion de l'histoire du cyclisme à avoir gagné le Tour de France, le Giro et la Vuelta. Personne, probablement.
Il n'aura donc fallu que quelques mois au Madrilène pour entrer dans l'histoire de son sport. A 25 ans, il vient passer du statut de grand espoir à celui de patron. Celui que l'Espagne considère aujourd'hui comme un "héros" ainsi que titrait Marca dimanche, peine encore à mesurer l'impact de son exploit, comme si la rapidité de son ascension lui donnait le vertige. "C'est quelque chose de totalement inimaginable", souffle-t-il. Il lui a fallu beaucoup assumer, et beaucoup grandir en peu de temps. A ce titre, de sa Triple Couronne, c'est sans doute la dernière levée en date qui a le plus de valeur. "Il faut bien mesurer la pression énorme qui pesait sur Alberto", rappelle Levi Leipheimer, dauphin, coéquipier et principal rival de Contador sur cette Vuelta.
"Ces trois semaines ont été très difficiles"
Chez lui, le Madrilène n'avait effectivement pas droit à l'erreur. Parce que sa place bien au chaud dans l'histoire l'attendait. Parce qu'il était le grandissime favori. Sur le Tour, en 2007, personne ne l'attendait vraiment. Le Giro, au printemps dernier? Il n'avait appris sa participation qu'une semaine avant le départ et n'avait pas eu le temps de se poser de questions. Compte tenu des circonstances, un éventuel échec aurait été compréhensif. Là, Contador est arrivé à Grenade avec une pancarte sur le dos, fort d'une préparation spécifique. Cette Vuelta, il ne devait pas la rater. "Ces trois semaines ont été très difficiles pour moi ", peut maintenant avouer le leader d'Astana.
D'autant que, outre la pression inhérente à la course, il y a eu cette histoire du comeback annoncé de Lance Armstrong, probablement dans son équipe, la saison prochaine. Sil le discours est resté lisse en surface, Contador n'a pas caché son agacement à ses proches en privé. Ce facteur supplémentaire et inattendu à gérer ne fut pas le plus simple à gérer. Mais l'épreuve l'aura renforcé. L'incursion d'Armstrong au beau milieu de sa quête de gloire est presque savoureuse, tant certains s'échinent à trouver des similitudes entre l'Américain et l'Espagnol. Et elles existent. De par leur histoire et leurs caractéristiques, les hommes et les coureurs ont des points communs.
Ironie de l'histoire
Comme Armstrong, Contador revient ainsi de très loin. En mai 2004, à la suite d'une grave chute dans le Tour des Asturies, les médecins décèlent un anévrisme cérébral. Plongé dans le coma durant trois semaines, il est opéré d'un oedème au cerveau et ne remonte sur un vélo que huit mois plus tard. Sur sa machine aussi, Contador fait penser à Armstrong, surtout quand la pente s'élève, par sa cadence de pédalage. "En montée, je l'ai vu faire des choses que seul Lance était capable de faire", témoigne Johan Bruyneel, qui fut aux côtés du Texan lors de ses sept victoires dans le Tour et qui dirige désormais Contador chez Astana. Les deux champions partagent aussi un incroyable sang froid en course, qui provient peut-être des épreuves traversées dans leur vie.
Les sceptiques, eux, diront que l'Espagnol et l'Américain ne sont pas seulement des miraculés de la vie, mais aussi de la lutte antidopage. Cité dans l'affaire Puerto avant d'être innocenté par les autorités espagnoles et par l'UCI, le beau brun est passé entre les gouttes. Ça n'empêche pas la suspicion. Par une curieuse ironie de l'histoire, c'est pourtant la sulfureuse question du dopage qui a permis à Contador de remporter les trois Grands Tours en si peu de temps. En refusant d'inviter Astana, en se privant délibérément de leur tenant du titre, les organisateurs du Tour de France l'ont jeté dans les bras du Giro et de la Vuelta, dont il n'aurait pas fait un objectif s'il avait participé à la Grande Boucle cette année. D'abord meurtri d'avoir manqué le grand rendez-vous de juillet, Contador doit aujourd'hui en rire.
Sur le même sujet
Publicité
Publicité