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Nibali: "Je n'y crois pas"

Nibali: "Je n'y crois pas"
Par Eurosport

Le 19/09/2010 à 09:32Mis à jour Le 19/09/2010 à 12:24

C'est le grand jour pour Vincenzo Nibali. A 25 ans, l'Italien va signer dimanche la première très grande victoire de sa carrière en remportant la Vuelta. Il a du mal à réaliser ce qu'il est en train d'accomplir. Aux yeux de tous, son sacre apparait pourtant on ne peut plus naturel.

85 kilomètres. Voilà ce qui sépare encore Vincenzo Nibali de sa première victoire dans une course de trois semaines. On parle là uniquement pour la forme car, pour le reste, la promenade madrilène ne changera rien à l'affaire. Nibali est bien le vainqueur de ce Tour d'Espagne 2010. Depuis samedi sir, c'est une certitude. Pour avoir su repousser les assauts d'Ezequiel Mosquera samedi dans les trois derniers kilomètres de l'ultime étape de montagne, l'Italien a gagné le droit de figurer dans la cour des grands. Là où sa place était réservée depuis quelque temps déjà.

Cette consécration, celle d'un beau coureur et d'un vrai talent, ne surprend personne. Pourtant, l'intéressé, lui, n'en revient toujours pas. "Je n'y crois pas. Je n'arrive pas à croire que je vais remporter la Vuelta", a-t-il confié entre deux larmes à Bola del Mundo. Tout le monde pleurait de joie d'ailleurs sur les hauteurs de la Navacerrada. Nibali, mais aussi son dauphin, Mosquera, tout heureux d'avoir gagné, enfin, sa première étape sur son tour national. Et fier, aussi, d'être battu par un champion naissant. "Nibali a été très fort et c'est un beau vainqueur, un grand vainqueur", a-t-il glissé en guise d'hommage sincère. Mosquera a raison. Nibali est un beau champion. Il l'a montré samedi, plus que jamais, en résistant et en ne cédant jamais à la panique.

"Je change de catégorie"

Assis sur son matelas de 50 secondes, le leader de Liquigas savait bien que cette marge pouvait ne pas peser lourd sur les pourcentages infernaux de Bola del Mundo. Quand Mosquera a attaqué, il n'a pas pu suivre. Mais il avait tout prévu. "J'ai essayé de maintenir un rythme élevé, mais sans jamais dépasser la limite pour ne pas me mettre dans le rouge", explique-t-il. En fait, le défi était autant mental que physique. Devant l'intensité de l'effort, Nibali devait surtout rester calme et ne pas se préoccuper de Mosquera. Facile à dire, évidemment. Mais indispensable pour ne pas craquer. "Je savais que ces trois kilomètres seraient très longs, reprend le maillot rouge. Nous avions décidé de le laisser prendre de l'avance s'il le fallait. L'important, c'était de garder le contrôle de la situation et des forces pour la fin." Une stratégie appliquée à la perfection, au point que le Sicilien, plus puissant que son rival dans le dernier kilomètre, est revenu sur celui-ci pour franchir la ligne d'arrivée dans sa roue.

Même sans avoir remporté la moindre étape, il a affiché suffisamment de régularité, de classe et de maîtrise durant trois semaines pour avoir amplement mérité cette victoire. Drôle de saisons pour l'ami Vincenzo. Il rêvait du Tour de France. Il ne pensait qu'à ça en début d'année. Finalement, il aura disputé le Giro et la Vuelta. La mise à l'écart de son coéquipier Franco Pellizotti, juste avant le Giro, l'a obligé à jouer les pompiers de service. Admirable, il a pris la troisième place au classement final, tout en ayant joué les lieutenants pour Ivan Basso, son leader. Du coup, il a fait l'impasse sur le Tour et s'est retrouvé sur la Vuelta. "J'ignorais tout de cette course en arrivant à Séville il y a trois semaines", avoue le protégé de Roberto Amadio. Petit, il rêvait du Giro, comme tous les cyclistes en herbe de son pays. Il bavait devant le Tour, l'ultime défi. Mais c'est bien la Vuelta qui vient l'introniser parmi les grands champions de sa génération.

On ne choisit pas toujours ses rêves. Encore moins ses moments de gloire. Peu importe. Aujourd'hui, Vincenzo Nibali ne regrette rien. "Je me sentais un peu seul face à tous ces Espagnols, qui m'ont mené la vie dure, concède-t-il. Je me sentais comme un footballeur qui joue à l'extérieur, mais curieusement, ça m'a donné encore plus de force." Anton, Rodriguez, Mosquera, il les a tous matés. "Il a gagné ses galons de grand champion", juge Roberto Amadio, le manager de Liquigas. Trop modeste pour utiliser les mêmes mots, Nibali ne dit pourtant pas autre chose. "C'est une victoire importante, car je change de catégorie, je rejoins la caste des vainqueurs de grands tours. Cela me rend très fier." Il est tombé amoureux de cette Vuelta qui, à bien des égards, l'a révélé à lui-même. Il l'aime tellement qu'en 2011, il n'exclut pas de revenir, pour défendre son titre. Quitte à sacrifier le Giro ou le Tour, les deux courses de ses rêves. Mais entre deux rêves d'enfant et la douce réalité espagnole, Nibali n'a pas perdu au change.

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