Alors que l'on s'inquiétait ces derniers temps de la relève derrière la fameuse génération dorée Valverde-Contador-Rodriguez-Sanchez, l'Espagne n'a finalement aucune raison de s'en faire. 2018 aura marqué l’avènement au plus haut niveau de Marc Soler, vainqueur de Paris-Nice, et surtout d'Enric Mas. Dire qu'il sortait de nulle part serait une aberration. Mais personne n'aurait parié un centime sur une place de dauphin du grimpeur de la Quick-Step Floors dès cette année face aux Yates, Kruijswijk, Quintana, Lopez, Uran ou encore Pinot.

Enric Mas (Quick-Step Floors), lors de la Vuelta 2018

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Mais le Majorquin a largement mérité sa place sur un podium qu'il devrait, sauf incident, savourer dimanche. "Je suis encore nerveux, avouait-il une fois la ligne franchie. J’ai peur de chuter ou faire une bêtise à Madrid. Je suis un jeune coureur de 23 ans qui profite. J’ai rêvé de ça pendant des années. Aujourd’hui il s’agit de profiter". Il aurait tort de se priver de cette joie, lui qui devient le plus jeune coureur à monter sur la boîte d'un Grand Tour depuis Nairo Quintana (23 ans, 2e du Tour de France 2013) et sur celui de la Vuelta depuis un certain Alejandro Valverde (23 ans, 3e en 2003).
On aurait pourtant dû s'en douter vu les éloges d'Alberto Contador à son encontre : "Il est le coureur parfait pour une course de trois semaines, avec un corps léger, mais assez fort pour se défendre dans le chrono, expliquait le triple vainqueur de la Vuelta (2008, 2012 et 2014). Techniquement, il est très bon et on voit qu'il a une capacité de récupération impressionnante." Des propos que Mas n'a cessé de confirmer au cours de ce Tour d'Espagne. Brillant en montagne (6e à Covadonga, 6e à la Rabassa, vainqueur à la Gallina), le Majorquin a également sorti mardi dernier un très grand chrono (6e), devançant des rouleurs comme Nelson Oliveira (Movistar) ou Victor Campenaerts (Lotto-Soudal). Mais, son podium, le grimpeur de la Quick-Step Floors est surtout allé le chercher en troisième semaine. Là où l'on pouvait avoir le plus de doutes à son sujet.

Enric Mas (Quick-Step Floors) accompagne Alberto Contador (Trek-Segafredo), lors de la 20e étape de la Vuelta 2017, dans l'ascension de l'Ang

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"Pas Contador, juste Mas"

Car les qualités d'Enric Mas sur une semaine, étaient déjà bien connues. Détectées chez les espoirs sous les coureurs de la Specialized-Fundación Alberto Contador, elles étaient apparues évidentes au printemps, lorsqu'il a pris la 6e place du Tour du Pays Basque (avec le gain de l'étape-reine) avant de remettre ça au Tour de Suisse (4e). Pas de quoi aborder son deuxième Grand Tour (71e de la Vuelta 2017) avec des ambitions démesurées. "Je veux être dans le top 10 du général à la fin", disait-il après une semaine de course. Mais Mas n'a cessé de voir sa condition s'améliorer, au point d'être sans doute le meilleur ces derniers jours.
A tel point que l'Espagnol pourrait - presque - en regretter sa première semaine, où il avait déjà perdu 1'15'' de ses 1'46'' finales sur Simon Yates, en raison notamment d'une défaillance dans la montée de la Covatilla. Mais le natif d'Arta préférait logiquement retenir le positif, à la sortie d'une brillante victoire samedi : "Je suis aussi très content de ma deuxième place au classement général et ma victoire, la deuxième de ma carrière, expliquait-il pour lavuelta.es. J’avais regardé la vidéo de la victoire d’Alejandro Valverde ici en 2012 et je savais que je devais passer en tête dans le dernier virage". Successeur espagnol de Valverde à la Gallina, de Rodriguez sur le podium de la Vuelta (2015), Mas a souvent été considéré comme celui de Contador. Une comparaison qu'il se refuse à endosser : "Je ne suis pas le nouveau Contador, assure t-il. Je suis juste Enric Mas". Et c'est visiblement déjà pas mal.

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