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La Vuelta 2021 - Fabio Jakobsen (Deceuninck-Quick Step), retour gagnant d’un miraculé lors de la 4e étape
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Publié 17/08/2021 à 21:18 GMT+2
VUELTA 2021 - C’est un miraculé de la vie. Un an après avoir frôlé la mort sur le Tour de Pologne, Fabio Jakobsen (Deceuninck-Quick Step) a confirmé son retour au plus haut niveau ce mardi en remportant la 4e étape du Tour d’Espagne, son premier succès en grand tour depuis son accident.
Fabio Jakobsen savoure son succès lors de la 4e étape de la Vuelta 2021
Crédit: Getty Images
Pas de larmes. Ni d'effusion de joie. C’est avec une déconcertante sobriété que Fabio Jakobsen a savouré sa victoire sur la 4e étape de la Vuelta. Et pourtant. Si l’émotion ne se lisait pas sur son visage, on la savait immense, forcément, dans sa tête où les souvenirs des douze derniers se bousculaient comme un peloton en furie fondant sur la ligne d’arrivée. Sur les hauteurs de Molina de Aragon, les autres se chargeaient d’être heureux pour lui. Tout le monde l’était. Même Arnaud Démare, premier battu du jour, est venu à son encontre, sourire aux lèvres, comme s’il venait féliciter le succès d’un coéquipier.
Arrivé au micro de l’organisateur, la joie restait contenue, mais ses mots trahissaient enfin le bonheur qui habitait ce miraculé de la vie, un an et douze jours après avoir vu la mort de si près : “C’est un rêve qui devient réalité, savourait-il. Après la chute, ça a été un long chemin pour revenir. Mais je suis heureux d’être là. Il a fallu beaucoup de temps et beaucoup d’énergie de la part de beaucoup de personnes. C’est aussi leur victoire. Je parle des médecins, des chirurgiens, de l’équipe médicale en Pologne et de ma deuxième famille ici, l’équipe, et tous les autres. C’est aussi la victoire de ma famille, parce que je suis là pour eux.”
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Jakobsen : "C'est la victoire des médecins, des chirurgiens, de l'équipe et de ma famille"
Video credit: Eurosport
130 points de suture au visage
La chute. Tout le monde s’en souvient. Sauf lui. De son effroyable accident à l’arrivée de la 1re étape du Tour de Pologne, où Dylan Groenewegen l’avait envoyé dans les barrières à 70km/h, Fabio Jakobsen ne se “rappelle de rien”. “J’ai perdu deux jours de ma vie”, confiera-t-il.
Au réveil de son coma artificiel, quelques jours après ce macabre 5 août 2020, les douleurs de la chair s'étaient chargées de lui rappeler la violence inouie de l’accident. Il en dressera l’inventaire, la veille de Noël, pour le média néerlandais AD : "Contusion cérébrale, crâne fracturé, nez cassé, machoîre cassée et déchirée, dix dents en moins. Des parties de mes mâchoires supérieures et inférieures ont disparu. Des coupures sur le visage. Une grosse coupure dans mon oreille. Pouce cassé. Contusion à l'épaule et contusion pulmonaire. Le nerf de ma corde vocale a pris un coup. Fesses très meurtries."
Il aura fallu de multiples opérations, dont le prélèvement d’un os du bassin pour le greffer à la mâchoire, pour reconstituer son visage. Duquel 130 points de suture ont fini par être retirés.
Sénéchal : "Chapeau à lui"
En Pologne, Florian Sénéchal avait été le premier à le secourir. Instinctivement, il avait redressé doucement ce visage qu’il ne reconnaissait plus, pour éviter qu’il ne se noie dans son propre sang. Ce geste lui a probablement sauvé la vie. Le Nordiste, qui a depuis noué des liens très forts avec le sprinter, était là aussi en Espagne, douze mois plus tard, pour la première victoire du miraculé sur un grand tour, dans sa vie d’après, deux ans après deux premiers succès sur ce même Tour d’Espagne qui l’avait lancé dans la cour des grands, à tout juste 23 ans. “On savait qu’il était revenu à 100% de sa condition, il le prouve aujourd’hui aux yeux de tout le monde, jubilait Sénéchal. Donc chapeau à lui après cette dure épreuve qu’il a passé pendant un an.”
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Sénéchal : "J'étais là quand Jakobsen a chuté, quand il est revenu..."
Video credit: Eurosport
Jakobsen était redevenu cycliste en avril, sur le Tour de Turquie, dans la peau d’un simple équipier pour le train de Mark Cavendish, participant de fait à une autre renaissance, celle du Cav'. On parlait de premier miracle. Lui était déjà "fier" du chemin parcouru. Mais il n'était pas encore arrivé. Deux mois plus tard, lors du Dauphiné, les ambitions étaient déjà à la hausse. Il disait son espoir d’être compétitif pour la Vuelta. Pari encore gagné. Et il était même en avance sur ses temps de passage. La victoire de la résurrection, il l’avait déjà remportée en juillet sur le Tour de Wallonie, et même plutôt deux fois qu’une car il avait empoché deux victoires au total (2e et 5e étapes). Fabio a remporté tous ses combats. Sur la vie. Sur son destin de coureur cycliste. Revenu de l’enfer, il tutoie à nouveau le paradis.
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Jakobsen a eu la peau de Démare au dernier moment : l'arrivée de la 4e étape
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