L’histoire retiendra donc qu’il aura fallu attendre le Tour d’Espagne 2021 pour que la formation INEOS Grenadiers ressorte d’un Grand Tour plus grandie de sa manière de courir que par les résultats. Habituée depuis 2012 et le début de sa domination sur les courses par étapes à gagner méthodiquement, parfois même froidement, grâce à la force collective de son équipe, la formation britannique aura vécu un Tour d’Espagne aux antipodes de tout cela. A commencer par le résultat brut.

Le pire Grand Tour de l’histoire d’INEOS ?

Venus avec trois voire quatre leaders capables sur le papier de briller au général (Yates, Carapaz, Bernal et Sivakov), considérés comme l’armada susceptible de renverser Primoz Roglic, les INEOS Grenadiers n’ont jamais réussi à inquiéter le désormais triple tenant du titre. Ils ont même raté le podium, Adam Yates finissant au pied de celui-ci (4e) et Egan Bernal prenant la 6e place. Ce qui n’était pas déjà si fréquent pour la formation britannique, montée sur le podium de 12 des 21 derniers Grands Tours. Mais elle n’aura même pas réussi à sauver sa Vuelta avec un succès, ne faisant jamais mieux que troisième d’étape !
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Adam Yates (INEOS Grenadiers)

Crédit: Getty Images

Finir un Grand Tour sans succès, ni podium était déjà arrivé à trois reprises (Vuelta 2018 et 2019, Giro 2019) depuis la Vuelta 2014 aux INEOS Grenadiers mais la formation britannique s’était à chaque fois présentée avec une équipe bis, sans véritable leader et aucun de ses cadors. Ce qui n’était pas du tout le cas ici. Sur le papier, l’équipe de Dave Brailsford pouvait difficilement aligner une meilleure équipe et c’est ce qui rend cette Vuelta presque « catastrophique ». C’est sans doute le plus gros raté en Grand Tour pour INEOS Grenadiers depuis sa création ! Pourtant, elle va en ressortir grandie.

Un dédain pour les places d’honneur assez rare

Car, comme toujours, il y a le résultat et il y a la manière. Si le résultat est, comme on l’a dit, pour le moins très décevant, la manière a elle enjoué tous les spectateurs de ce Tour d’Espagne 2021. Surtout dans cette troisième semaine où la formation britannique se sera livrée comme rarement elle ne l’aura fait, encore moins sur toute une semaine de Grand Tour. Bien sûr, il est toujours plus facile de courir avec panache quand on sait que c’est votre seule chance de renverser la situation mais ça n’empêche pas bien des équipes de se contenter de subir la course. INEOS Grenadiers, elle, aura dicté le tempo. C’est même elle qui a forgé le classement général, malheureusement à son détriment, même si le sacre de Roglic aurait eu lieu quoi qu’il arrive.

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Malgré une équipe décimée par les abandons de Van Baarle, Carapaz ou encore Narvaez, elle n’a pas hésité à se lancer dans les grandes manœuvres, à l’image de la folle initiative d’Egan Bernal mercredi sur la route des Lacs de Covadonga (17e étape). Après avoir demandé à Sivakov et Pidcock d’écrémer le peloton, le Colombien a attaqué à plus de 60 kilomètres de l’arrivée, avec seulement Roglic dans la roue. Un véritable numéro du vainqueur du Tour 2019, qui a compté plus de 2’30’’ sur le groupe des favoris emmené par les équipiers de Jack Haig. Un numéro qui aura bénéficié au Slovène, plus frais dans le final après n’avoir que peu roulé dans la plaine alors que Bernal s’écroulait pour finir à plus de deux minutes. Mais un numéro plein de panache, plein d’audace, plein de refus de la défaite avec une petite dose d’un certain dédain concernant une place d’honneur. Loin des équipes qui roulent pour sauver une 8e place.

Elle a joué mais a toujours perdu

Jouer et tout risquer quitte à tout perdre était la devise de Bernal et des INEOS dans cette dernière semaine et c’est encore ce qu’ils ont fait dans l’avant-dernière étape, vers le Monte Castro de Herville. Là encore, les rares équipiers ont tout fait exploser loin de l’arrivée, isolant les leaders entre eux avant que Yates n’attaque à 60km de l’arrivée, sortant avec Haig, Mader, Roglic et Mas. Là encore, ce n’est pas la formation britannique qui en a bénéficié puisqu’elle a même été la grande perdante de la journée, manquant le podium revenu à Haig et non à Yates mais perdant aussi le maillot blanc de Bernal au profit de Mäder. Sans oublier la victoire d’étape, que Yates n’a pu décrocher.

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Mais tout ce qu’il s’est passé ces jours-ci, c’est INEOS Grenadiers qui en est à l’origine. C’est grâce à elle que l’on a assisté à l’une des plus étapes de la saison. Grâce à ce panache et à cette prise de risques que l’on a longtemps regretté de ne pas voir lorsque la formation de Dave Brailsford gagnait tout sur son passage. Sur ce Tour d’Espagne, ça n’a pas payé. Elle a joué deux fois mais a toujours perdu. A chaque fois, la partition était magnifique mais les musiciens n’étaient pas au rendez-vous. Elle devra se contenter d’avoir gagné le cœur de nombreux fans, peut-être l’une des rares victoires qu’elle n’avait jamais acquises. Un premier pas avant, peut-être, de retrouver les sommets. Avec la manière cette fois-ci.
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