Avec un peu moins de 24 heures de recul, comment jugez-vous votre Vuelta ?
G.M. : Je la juge assez étrange. La première semaine, j'ai été gêné par la chute (5e étape). J'ai perdu deux minutes comme ça, je n'avais pas de super sensations mais malgré tout je m'accrochais en pensant à la suite, à cette échappée que j'ai réussi à prendre pour me remettre dans le jeu au général (10e étape). La deuxième semaine s'est super bien passée, je retrouvais les sensations. J'avais donc de hautes ambitions sur la dernière semaine. Je sentais qu'il y avait un très gros truc à faire. Et finalement, il y a eu cette nouvelle chute (16e étape) donc je suis passé par toutes les émotions.
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Vous retenez la fierté d'avoir tenu bon ou la frustration d'être passé à côté de quelque chose de plus grand ?
G.M. : Ce que je vais retenir, c'est de m'être accroché. C'est vraiment une fierté, dans ces conditions-là, d'aller chercher un deuxième Top 10 sur un grand tour à la suite. Avec le recul, avec les sensations que j'avais ces derniers jours, je me demande comment j'ai fait pour tenir la semaine. J'avais presque du mal à monter sur le vélo ces derniers jours donc dans ces conditions, la fierté prédomine même s'il y a un peu des deux, fierté et frustration.
Ce que l'on retient, c'est le résultat, ce n'est pas une course au mérite. Sinon ce serait complètement différent. Et je ne suis pas le seul à être tombé. Les faits de course font partie de celle-ci. Il y a la frustration de cette chute mais il y a quand même de la fierté de ce que j'ai réussi à accomplir et d'avoir été capable de lutter contre mon corps.

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Vous avez dit dimanche soir que vous ambitionniez un énorme résultat avant cette chute, vous pensiez à quoi ?
G.M. : Je n'avais rien de précis en tête. C'était plus en termes de sensations. Je pensais être en mesure d'être dans le jeu avec ceux que l'on a vu en dernière semaine, les 5-6 qui ont joué devant à chaque fois. C'est facile à dire après, c'est pourquoi je dis que ce n'est pas une course au mérite, il faut le réussir à le faire mais je pense que j'aurais été capable de me mêler à la lutte. Un podium, je ne sais pas. Secrètement, le Top 5 j'y pensais.
C'est le résultat qui compte et la part de stratégie fait partie du vélo
Vous faites deux Tops 10 sur des grands tours cette saison. Seuls Egan Bernal et Enric Mas l'ont fait eux aussi en 2021. Le fait que des échappées fleuves vous ont aidé dans ces deux résultats joue-t-il dans votre perception de ceux-ci ?
G.M. : Autant on ne se rappelle pas si on est tombés ou pas, autant on ne se rappelle pas non plus de la manière dont ça a été acquis. C'est le résultat qui compte et la part de stratégie fait partie du vélo. Ces échappées-là ne sont pas gratuites, elles coûtent de l'énergie. Au Tour, c'était à la veille d'une étape de montagne. Si j'avais couru sans me glisser dans l'échappée, j'aurais peut-être obtenu le même résultat. Je n'en sais rien, je ne me pose pas ces questions-là. Ce qui m'intéresse, c'est la fierté d'avoir fait ces deux Tops 10 et d'être à côté des deux noms que vous avez cités qui ne sont pas des moindres.
C'est une réussite et au-delà, je retiens l'enchaînement Tour - JO - Vuelta. On voit que sur les quelques coureurs qui l'ont essayé, il n'y en a pas beaucoup qui ont réussi à finir la Vuelta. Moi, sans cette chute j'avais le sentiment que j'allais le faire en bonne forme, encore frais. Ça veut dire qu'avec mon entraîneur, on a bien géré l'enchaînement mais aussi que j'ai des capacités d'endurance et de récupération qui me permettent d'accepter ce type de calendrier.
C'est la deuxième fois en deux ans que vous enchaînez deux grands tours. Avez-vous ressenti ce cap physique dont on parle dans ces cas-là ?
G.M. : Je ne sais pas. Cette saison a pour moi été particulière. La régularité était ma force. Je l'ai été avec ces deux Tops 10 sur les grands tours mais il y a eu plus de trous d'air dans ma saison qu'habituellement. Mon corps a peut-être accusé le coup de cette fin de saison dense en 2020. J'ai été gêné par une blessure au cœur de l'hiver dernier, ce n'est pas anodin. C'est un signal que le corps envoie. Il y a aussi eu des circonstances, de nombreuses chutes, des problèmes mécaniques. Ce n'est pas anodin de faire tous ces enchaînements-là mais j'ai réussi à passer le cap. Jusqu'à l'an dernier, je n'avais pas réussi à accrocher de Top 10 sur un grand tour et là j'en fais deux consécutivement. Je sens que je grapille quelques places et que je me rapproche des sommets.
J'espère que je vais continuer à progresser. Je sens que quand tous les astres s'aligneront, il y aura encore moyen de faire mieux. Sur le Tour de France ou sur un autre grand tour. Peut-être que ce n'est pas le Tour de France qui me correspond le mieux d'ailleurs. J'aimerais bien faire le Giro, je pense qu'il peut me convenir. Un jour, je tenterai cette aventure.
A l'avenir, les classements généraux resteront la priorité
L'an dernier, au même moment, c'est-à-dire après la Vuelta et vous nous disiez que vous pensiez avoir le niveau pour être de l'intrigue principale du Tour. Votre sentiment est-il renforcé par cette saison 2021 ?
G.M. : Sur le Tour, j'étais venu plutôt pour viser les victoires d'étapes mais le naturel revient vite au galop. J'avais déjà du mal à complètement me laisser distancer et quand je suis revenu dans le jeu, j'ai pris du plaisir à jouer le général. C'est ma nature. A l'inverse, quand je suis dans une échappée, je n'arrive pas à avoir ce jour de grâce pour élever mon niveau. Ma force, c'est la régularité. Je dois l'accepter, comme je dois accepter que si je veux remporter une étape, ce sera à la régulière avec les meilleurs.
J'ai confiance en moi et en mes capacités pour ça parce que je sens que ponctuellement, je ne suis pas loin de pouvoir battre les tout meilleurs mondiaux à la régulière. A l'avenir, les classements généraux resteront la priorité. Ce que m'a appris cette année, c'est aussi que les circonstances décident pour nous. Peut-être que l'an prochain, je viendrai pour le général sur le Tour et que je perdrai un quart d'heure sur une bordure au Danemark.

Guillaume Martin (Cofidis) / La Vuelta 2021

Crédit: Getty Images

Les courses d'un jour peuvent-elles être pour vous l'occasion de plus souvent lever les bras ?
Si on regarde mon programme cette saison, il n'y a quasiment que des courses World Tour. Quand ça ne l'était pas, je ne me suis pas loupé comme au Mercan'Tour. Quand c'est du World Tour, on sait que le niveau est de plus en plus relevé. Tadej Pogacar et Primoz Roglic ne laissent rien, aucune miette. C'est difficile de lever les bras. Pour ne pas perdre ce goût-là, pour entretenir cette flamme, il faudra peut-être ajouter plus de courses de moindre envergure.
Vous avez décliné votre sélection pour les Championnats d'Europe. Quel est l'horizon pour la fin de saison ?
G.M. : D'abord se soigner en priorité. Pour l'instant, j'évite d'établir un plan, j'attends de voir comment mes douleurs évoluent. Ce qui est sûr, c'est que je ne prendrai pas de risque. Si les douleurs traînent, je mettrais un terme à ma saison. Si ça va bien, j'espère être présent sur la semaine des classiques italiennes avec le Tour de Lombardie.
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