Remco Evenepoel est un phénomène. Il l’était déjà à son arrivée chez les professionnels, après avoir sauté le passage chez les Espoirs à la suite de sa saison 2018 stratosphérique chez les Juniors (24 victoires dont le doublé chrono-course en ligne sur les championnats de Belgique, d’Europe et du monde). Ce qui impressionne alors, c’est le moteur du jeune Belge, capable de numéros en solitaire et de faire 2e des championnats du monde chrono dès sa première saison. C’est bien la seule chose qui n’a pas changé. Car, depuis, le coureur de la Quick-Step Alpha Vinyl n’a cessé de progresser dans les domaines où l’on se posait des questions sur ses capacités.

Ecueil n°1 : "Evenepoel est en souffrance dès qu’il y a de gros pourcentages"

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C’est l’un des écueils que l’on a le plus entendu concernant Remco Evenepoel. Peu importe qu’il ait gagné la Clasica San Sebastian dès sa première saison, en 2019, le scénario (il était sorti sur le plat) avait fait que personne n’y voyait une référence. Et 2022 n’a longtemps pas aidé à changer cette impression avec des défaillances vers l’Antenas del Maigmó (3 km à 10%) sur le Tour de la Communauté de Valence, à Carpegna (6 km à 9,9%) sur Tirreno-Adriatico ou encore dans les pentes du Krabelin (4 km à 10,5%) sur le Tour du Pays Basque. Mais le Belge a remis les points sur les "i" en Espagne au mois d’août.

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D’abord en remportant une 2e fois la Clasica San Sebastian, cette fois en sortant tous les favoris de sa roue dans l’Erlaitz (4 km à 10%) avant de s’imposer avec 2 minutes d’avance. Mais surtout en étant le meilleur des favoris sur l’étape de la plus "Vueltaesque" du Tour d’Espagne. Au Praeres, sur une montée de 3,8 km à 13%, le Belge ne fait pas que distancer ses adversaires : il les détruit ! Son plus proche concurrent à l’arrivée, Juan Ayuso (UAE Team Emirates) finit à 34’’, Mas (Movistar) à 44’’, Roglic (Jumbo-Visma) – pourtant l’un des spécialistes du genre – est repoussé à 52’’. Si certains avaient encore des doutes, ils sont balayés.

Ecueil n°2 : "Evenepoel n’a aucune explosivité"

A son arrivée chez les professionnels, le constat était marquant : si le Belge n’arrivait pas seul, il ne pouvait gagner et il en était conscient. "Je me souviens que lors de ma première année en tant que professionnel, j'étais toujours dernier dans ce genre de sprints", racontait-il en mai sur le Tour de Norvège après une arrivée en petit comité. Mais, là encore, Remco Evenepoel a évolué depuis son retour de blessure. Le Belge n’est pas - et ne sera jamais - un "sprinteur" comme Valverde mais il a acquis une explosivité impressionnante.

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On l’a d’abord aperçu sur Liège-Bastogne-Liège où sa giclette a impressionné sur son attaque que personne n’a été en mesure de suivre. Toutefois, là où Evenepoel a vraiment bluffé son monde, c’est qu’il se met à s’imposer au sprint. Si devancer Gesink et Mas à l’Alto del Piornal n’avait rien d’étonnant, on a été beaucoup plus surpris de le voir régler un petit groupe au Tour de Norvège, devançant un coureur comme Tobias Johannessen (Uno-X) sur un sprint plat. "Je suis assez surpris parce que je pense que c'est seulement ma première victoire dans un sprint, déclarait-il alors. Mais ces derniers temps, je travaille de plus en plus cet aspect, et ça porte ses fruits maintenant". Effaçant un nouveau point faible.

Ecueil n°3 : "Evenepoel n’est pas un grimpeur"

C’est sans doute l’écueil le plus injuste qui ait poursuivi le prodige belge. Il n’est pas un pur grimpeur, c’est certain, et il ne le sera jamais. Il est bien trop complet pour cela. Mais ses défaillances en haute montagne, au Tre Cime di Lavaredo sur l’Adriatica Ionica Race 2019, au Passo Giau sur le Giro 2021 ou encore à Moosalp sur le Tour de Suisse en juin dernier posaient question sur ses capacités à grimper en haute altitude, sur de longs cols. Alors il l’a travaillé. "Je me suis entraîné pour ça tout l'été, en juillet et en août, assurait-t-il lors de la 1re journée de repos de la Vuelta. A Livigno, j'ai dormi à 2500, 3000 m d'altitude et je me suis entraîné en haut. Je me suis préparé avec beaucoup d'altitude, on sait que ça marche bien pour moi." Visiblement, ils savent bien.

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La préparation et le travail du Belge ont payé puisqu’Evenepoel a parfaitement tenu le choc lors du week-end de haute montagne de la Vuelta. Il a certes concédé du temps, en partie lié à sa chute deux jours plus tôt, mais le prodige de la Quick-Step Alpha Vinyl a parfaitement limité la casse notamment dans la Sierra Nevada (23km d’ascension et arrivée à 2507 m), ne concédant que 36’’ à Mas là où il avait perdu 56’’ sur Fuglsang et Grosschartner mais surtout 13’’ sur Küng en Suisse en juin et, plus lointain, 1’31’’ sur Padun-D. Quintana-B. Hermans-Caicedo en 2019. La progression est sensible, linéaire et une marge semble encore exister.

Ecueil n°4 : "Evenepoel est trop nerveux en course"

Combien de fois a-t-on vu le Belge s’énerver rapidement, après un relais sauté par un adversaire ? On se rappelle son geste de frustration au championnat d’Europe l’an passé, battu par Colbrelli après que celui-ci a sauté la grande majorité des relais. Ou son énervement sur l’étape des chemins blancs lors du Tour d’Italie. Sans oublier son arrogance parfois, comme lorsqu’il se dépoussière l’épaule après son succès au Pico Blanco sur le Tour de Burgos 2020, comme pour dire "trop facile". Là encore, il a changé. "Il est devenu plus adulte, plus mûr", disait le manager de la Quick-Step Alpha Vinyl Patrick Lefevere après Tirreno-Adriatico.

Remco Evenepoel (Quick-Step Alpha Vinyl) roule avec Enric Mas (Movistar) dans la roue, sur la Vuelta 2022

Crédit: Getty Images

Confronté à la pression du maillot rouge, d’être leader sur un Grand Tour que les Belges rêvent de gagner depuis 44 ans, il a fait preuve d’un calme à tout épreuve. Il ne s’est jamais énervé, même quand les circonstances pouvaient l’y pousser (Mas qui refuse de rouler avec lui sur la 6e, chute sur la 12e étape, défaillance sur la 14e). Il devait suivre Mas en dernière semaine ? Il s’est calé dans la roue de l’Espagnol et n’a jamais craqué à suivre d’autres coureurs. Comme s’il avait toujours connu cette situation. A force de travailler tous ses points faibles, Remco Evenepoel finit presque par ne plus en avoir. Un vrai prodige. Y compris dans le travail.
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