Vuelta 2023 - 13e étape : Le Tourmalet, vraie belle étape mais fausse bonne idée

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Trois ans après l’annulation d’une première arrivée au sommet du col du Tourmalet, les organisateurs de la Vuelta ont réussi à la replacer sur l’édition 2023. Une étape somptueuse dans le tracé, sans doute l’étape-reine, mais quasi totalement sur le territoire français. Une dérive qui apporte peut-être à la course 2023 mais qui reste une mauvaise idée pour l’épreuve, sur le long terme.

Vuelta a España : Map stage 13 (20 secondes)

Video credit: Eurosport

On assistera peut-être à une étape de légende ce vendredi. Peut-être que les coureurs nous offriront une course de folie. Et il est tout à fait possible que le pari des organisateurs soit gagnant, notamment sur le plan du spectacle. Mais, sur le fond, cela ne change rien. Aussi belle que puisse être la 13e étape, avoir une étape-reine quasi intégralement tracée à l’étranger est forcément une fausse bonne idée. Oui, le Tour de France s’est lancé depuis 1954 dans une multiplication des Grands Départs à l’étranger, oui le Giro en a fait de même dernièrement et les passages de frontières dans les deux épreuves sont fréquents. Et alors ? Une bonne idée quelque part est-elle forcément une bonne idée ailleurs ?

La Vuelta, une épreuve fondamentalement espagnole

Depuis sa création en 1935, la Vuelta est toujours restée une épreuve à l’identité fortement espagnole, à l’image des 32 victoires finales en 77 éditions. Le recordman de succès ? C’est Roberto Heras (4 succès), un Espagnol. Les Grands Départs à l’étranger ? Ils se comptent sur les doigts d’une main (Lisbonne en 1997, Assen en 2009, Nïmes en 2017 et Utrecht en 2022). Et c’est tant mieux ! Comme on se plait souvent à le rappeler pour la Grande Boucle, le Tour d’Espagne, c’est aussi le Tour de l’Espagne. Et il doit le rester. C’est aussi ce qui le différencie de ses comparses Grands Tours. Moins prestigieuse, la Vuelta a toujours eu cette réputation de course entre Espagnols, pour Espagnols.
Les performances récentes d’Enric Mas (Movistar), trois fois deuxième (2018, 2021 et 2022) alors qu’il ne compte aucun autre podium sur une course par étape World Tour en sont un symbole. Et qu’importe qu’aucun espagnol n’y ait triomphé depuis 2014. La Vuelta a longtemps rejeté une exportation étrangère. "L’arrivée au Tourmalet marquera une étape dans l’histoire de notre course", déclarait le directeur de l’épreuve, Javier Guillen, lors de la présentation. Et c’est justement le problème ! Cette étape du Tourmalet est une véritable hérésie et un affront à cette identité espagnole. Et aux ascensions de la péninsule ibérique.

Une "insulte" au cols espagnols, déjà globalement sous exploités

"Nous sommes toujours à la recherche de nouveaux sommets où le meilleur cyclisme peut s’exprimer", expliquait Guillen. Sauf que ces ascensions ne sont pas espagnoles. Ce sont tout simplement 7 des 17 ascensions de 1re catégorie ou Especial de cette édition 2023 qui se trouvent sur un territoire étranger (2 en Andorre et 5 en France). Pire, à l’exception de l’Angliru, les quatre autres montées Especial de cette 78e édition sont en France (Aubisque, Tourmalet, Hourcère) ou gravi par leur versant français (Larrau). C’est une chose de vouloir s’exporter à l’étranger pour les Grands Départs, pour des raisons novatrices mais surtout économiques (ne soyons pas naïfs), mais c’en est une autre d’aller piocher à l’étranger ses cols majeurs. Et ce n’est pas faute d’avoir de quoi faire sur le territoire.
L’Espagne a tout ce qu’il faut, sans aller chercher ailleurs. La Vuelta veut plus des cols de haute altitude ? Elle a Calar Alto (2158m) et la Sierra Nevada (2502m) en Andalousie, ou encore le Port de la Bonaigua (2086m, emprunté en 2013) dans les Pyrénées, par exemple. Elle veut des enchainements de cols ? Qu’elle se dirige vers la Castille-et-Leon, terriblement sous-exploitée, à l’image du Morederro (19km à 6,8%), plus vu depuis l’édition 2006, ou de l’enchainement Alto de Fuente de Cova (1842m, 23km à 6,4%)-Alto llano de las Ovejas (1957m, 17,4km à 6%), jamais emprunté. On pourrait également citer la montée vers Rasos de Peguera (1900m, 15km à 7,5%) en Catalogne, ou les nombreuses ascensions de Galice, certes moins hautes en altitude. L’Espagne est plate en son centre, cela fait bien longtemps que la Vuelta évite ces régions, trop pauvres en population. Trouver des cols est moins difficile que de les éviter et, pourtant, les organisateurs y parviennent chaque année. Mais 2023 est un point de bascule ultime.

Le Tourmalet pour le mythe, par pour celui de la Vuelta

La présence du col du Tourmalet, avec des passages par l’Aubisque, le col des Spandelles ou celui de la Hourcère, marque une volonté de surfer sur la popularité et le prestige du Tour de France. Mais il n’en apportera pas au Tour d’Espagne. Qu’importe le scénario de l’étape, le Tourmalet sera à jamais le premier grand col de l’histoire du Tour de France, celui que la Grande Boucle emprunte le plus souvent. Le Tourmalet, c’est le Tour. Y venir, c’est chercher à s’accaparer un peu de la grandeur du Tour. Mais c’est surtout une insulte à la Vuelta et à son histoire, surtout dans une édition marquée par l’ascension de l’Angliru, LE col qui représente sans doute le plus l’épreuve.
L’impact qu’amènera dans l’immédiat la présence du Tourmalet compensera-t-elle l’idée, qui risque de germer de plus en plus dans les esprits, que la Vuelta est incapable d’organiser de vraies étapes de montagne sur son territoire ? C’est ce qui la guette. Comme si la montagne se faisait aussi rare que l’essence en Espagne. Alors que le potentiel est dingue. Il est simplement gâché, année après année. D’abord par une identité faite de courses de côtes à forts pourcentages, ce qui était sensée. Et maintenant par l’utilisation de plus en plus régulière des cols étrangers, ce qui l’est beaucoup moins. A tout vouloir révolutionner, la Vuelta est en train de s’oublier. Et c’est tout sauf une bonne idée. C’en est même une très mauvaise.
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