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Vuelta 2023 | Les coureurs d'aujourd'hui sont-ils toujours des héros ?
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Publié 04/09/2023 à 12:10 GMT+2
Les coureurs d'aujourd'hui auraient-il pu courir et à fortiori terminer le Liège-Bastogne-Liège couru sous la neige dans un froid glacial par Bernard Hinault et d'autres en 1980 ? Non, répondent certains dont Marc Madiot quand d'autres comme Guillaume Martin répondent que le cyclisme n'a pas besoin de ça pour être spectaculaire. Héroïsme et sécurité sont-ils liés ?
Javier Guillen, le patron de la Vuelta
Crédit: Getty Images
La question se veut abusivement provocatrice. Elle fait écho à une petite musique qui monte chez quelques suiveurs : à force de mauvaises décisions, le cyclisme perdrait l'héroïsme qu'on aime lui attacher. Thème central de l'époque, la sécurité servirait parfois de prétexte, selon certains, à ne pas faire la course. On rappellera à ce propos que le cyclisme a pleuré l'un de ses enfants, Gino Mäder, en juin dernier sur un parcours bien trop dangereux. Alors le cyclisme va-t-il, comme on le lit parfois, dans la mauvaise direction ?
Un contre-la-montre par équipes achevé dans le noir quasi-total, la fin de deux étapes neutralisées par excès de prudence en Espagne (Vuelta) comme en Belgique (Renewi Tour), le weekend dernier a résumé quelques-uns des maux du vélo de notre époque. "Sur deux fronts, c'était le bordel", s'emporte Marc Madiot, manager de la Groupama-FDJ, joint par Eurosport. Lui, comme Guillaume Martin (Cofidis) qui a aussi donné son avis sur la question, refusent de regarder d'un seul côté, le problème est global et la solution la sera donc aussi.
Madiot : "Si l'on abandonne pour trois gouttes ou douze flocons de neige, ce n'est pas bon"
Puisque le principal grief concerne l'héroïsme et le caractère épique du cyclisme, commençons par là. Du Giro à la Vuelta et ailleurs, reviennent les mêmes images de discussions, de négociations et finalement de décisions parfois peu compréhensibles par le public. La 13e étape du Tour d'Italie avait ainsi évité le Col du Grand-Saint-Bernard alors que le temps y était plus que clément. De quoi attiser l'idée que les coureurs d'aujourd'hui n'ont rien à voir avec ceux d'hier.
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Le débat des RP : fallait-il geler les temps ?
Video credit: Eurosport
"On compare des choses qui ne sont pas comparables, nuance Martin Le cyclisme d'aujourd'hui n'a rien à voir avec celui de l’année où j'ai commencé chez les pros (2016), a fortiori, il n'a vraiment rien à voir avec ce qu'il pouvait être dans les années 70-80." Marc Madiot, coureur entre 1980 et 1994 va dans le sens inverse.
"Je suis d'accord avec ce que les gens disent : les coureurs ne feraient pas ce qui a été fait avant. Il faut préserver l'héroïsme. Si l'on abandonne pour trois gouttes ou douze flocons de neige, ce n'est pas bon. Les Paris-Roubaix que j'ai faits dans les années 80, aujourd'hui on ne les ferait plus, on crierait au scandale alors qu'on a fait que servir notre sport. Ça nous a rendu plus grands. Je suis fier d'avoir gagné Paris-Roubaix en 85 dans un bourbier."
"Ce n'est pas parce qu'il pleut trois gouttes qu'on s'arrête. En 2016, j'ai fait Liège sous la neige aussi", rappelle Guillaume Martin dans un sourire avant de regretter la banalisation de l'effort cycliste sur l'autel de coureurs mieux préparés, parfois moins expressifs et sans doute un peu plus protégés, à raison à ses yeux. Madiot lui veut de "l'admiration, du frisson. Pas des coureurs qui rentrent dans le bus parce qu'il y a quatre gouttes d'eau. Je vais me faire massacrer mais ce n'est pas grave. Comme dit Daniel Mangeas (célèbre speaker notamment sur le Tour de France, NDLR), on n'est pas à Roland-Garros, on ne tire pas la bâche."
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"Ça ne semble pas les inquiéter" : Vingegaard tance l'organisation sur la sécurité des coureurs
Video credit: Eurosport
Et si cette "surprotection" avait au fond une cause, autre que des coureurs plus douillets qu'hier ? Parcours plus dangereux, vitesse plus élevée et enjeux énormes ont fait passer le cyclisme dans une époque complètement nouvelle. C'est précisément l'avis de Guillaume Martin qui rappelle que les réactions outrées d'aujourd'hui venaient sans doute de personnes profondément attristées par la perte de Gino Mäder en juin. "Le vélo est un sport héroïque, épique, le danger fera toujours partie de ce sport mais si on le réduit un peu, je ne sais pas si ça va nuire au spectacle", dit-il.
Les grosses équipes ont-elles trop de poids ?
Un avis que partage cette fois Marc Madiot qui pointe les organisateurs toujours à la recherche de nouvelles choses, y compris les plus farfelues. La solution ? La mise en place d'une commission indépendante qui validerait, ou non, certains parcours dangereux. "Complètement indépendante", insiste-t-il. Des organisateurs donc mais aussi des coureurs puisque l'on a vu, à la Vuelta notamment, que certaines équipes, la Jumbo-Visma pour la nommer, imposent parfois leurs visions à tout le peloton.
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L'image forte : Roglic chute, Vingegaard fait la police dans le peloton
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Les sprinteurs qui veulent éviter la montagne au Giro, des équipes qui ne veulent pas être désagréables avec l'organisateur ou qui refusent de faire prendre des risques à leurs leaders… Autant de situations où l'intérêt personnel influe sur la décision prise pourtant collectivement selon Madiot. "J'ai pu ressentir que parfois, simplement parce que ce sont des noms huppés, certains veulent faire la loi dans le peloton", note Martin qui voit dans le syndicat des coureurs une bonne partie de la réponse.
Nos deux interlocuteurs militent pour des règles plus simples à prendre et donc à comprendre même si dans le cas des conditions extrêmes, la météo est un facteur d'imprévisibilité. L'un comme l'autre savent que tous ces problèmes imbriqués ne trouveront pas de solution qui ne seraient pas collectives. "Notre sport ne fera pas l'économie de faire preuve d'intelligence", tranche Madiot. Pour plus d'héroïsme, plus de sécurité ? Et pour être plus grands, accepter certaines conditions extrêmes ? Madiot n'y croit pas trop : "Il faut qu'on accepte de perdre pour qu'à un moment ou un autre, on soit tous gagnants… Et ce n'est pas gagné."
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