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Christopher Froome au bal des encombrants du cyclisme
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Publié 03/05/2018 à 09:19 GMT+2
TOUR D’ITALIE - Tout le monde se porterait mieux sans lui. Mais Chris Froome (Team Sky) sera bien au départ du 101e Giro, vendredi, comme c’est son droit. Lance Armstrong est également attendu à Jérusalem… Et le cyclisme se montre une nouvelle fois incapable de créer un cadre sain, loin de ses tourments passés et malheureusement toujours présents.
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Crédit: Eurosport
On peut aimer Chris Froome. Tony Gallopin l'affirmait avec franchise au micro de Bistrot Vélo il y a seulement 10 jours. Je l'écrivais aussi avant le Tour de France 2017, et je maintiens évidemment ce que j'avançais alors : le Britannique élevé au plus haut niveau par la Sky présente un caractère adorable, un parcours incroyable et un CV riche en exploits.
C'est toujours vrai aujourd'hui mais une autre réalité s'est imposée depuis : Chris Froome n'est plus un champion comme les autres, peut-être plus scrupuleusement observé, plus souvent accusé, mais pas plus coupable ; il est un coureur en sursis, pris dans les feux de l'antidopage depuis son contrôle “anormal” sur le Tour d’Espagne qu’il a remporté l’été dernier.
Six mois plus tard, Chris Froome, vainqueur sortant du Tour et de la Vuelta, est déjà l'homme de ce Giro 2018. Mais pour des raisons qu’il se serait évidemment épargnées et dont on se demande comment elles peuvent réjouir quelque amoureux de ce sport. Le dévoiement de la compétition est plus apparent que jamais, totalement imbriqué dans le déroulement de l’événement et sa narration. Il n'y a même plus à attendre pour voir les classements se réviser a posteriori, le triste spectacle se déroule en temps réel devant nos yeux.
7 ans après Contador, un mauvais comique de répétition
Sous le coup de sa procédure, Froome défend devant les tribunaux et l’opinion publique ce qu'il gagne sur la route. Il n’est pas encore coupable, mais ici le doute tue autant que le tort pourrait le faire. La justice sportive établira dans le courant de l'année la valeur de ce que Froome réalise. En attendant, tout commentaire sur ses performances s’accompagne d’un astérisque permanent : “ce propos reste soumis aux conclusions futures des procédures antidopage censées garantir l’intégrité de la compétition.”
Les regards se tournent naturellement vers l’Union cycliste internationale : les supporters devront une nouvelle fois pardonner et oublier ; les coureurs, à l’image de Tom Dumoulin, aimeraient savoir à quoi s’en tenir quant à ce rival plus encombrant que jamais ; et nombreux sont ceux qui ont engagé d’importants intérêts financiers dans le cyclisme. Pendant que la procédure se lançait dans la coulisse, les Sky ont tout de même négocié un chèque à sept chiffres pour que Froome soit parmi les quelque 180 pèlerins cyclistes qui s’élanceront de Jérusalem vendredi.
Sept ans après avoir vu Alberto Contador remporter le Giro pour de faux, les organisateurs transalpins ont manifesté leur peu de goût pour ce genre de comique de répétition. Les garanties qu’ils ont réclamées à l’UCI sont illusoires mais les faits devraient effectivement correspondre à leurs souhaits : une sanction prononcée contre Chris Froome, dont il faut bien respecter le droit à se défendre, courrait à compter du jour où elle est prononcée et le Britannique conserverait le bénéfice des résultats obtenus depuis le début de la saison. Ça ne résout pas fondamentalement le problème mais le palmarès d’une épreuve plus que centenaire serait plus ou moins épargné à l'heure où elle ne manquera pas de célébrer Marco Pantani 20 ans après son doublé Giro-Tour.
Froome ne suffisait pas... il y aura aussi Armstrong
L’image, elle, est désastreuse. Et ce n’est pas la venue de Lance Armstrong qui va améliorer la situation. Les organisateurs du Giro ne veulent pas le voir sur leur événement, mais ça ne suffit apparemment pas à tenir éloigné le plus grand méchant du cyclisme. Encore une preuve de l’incapacité de ce sport à établir un cadre sain, loin de ses tourments passés et malheureusement toujours présents, même si on espère que l’on n'est plus à l’échelle des affaires Festina, Armstrong ou Puerto.
En même temps qu’il négociée à 5 millions de dollars avec la justice américaine, le Boss déchu s’efforce petit à petit de revenir dans le jeu. Ça ferait de drôles de retrouvailles avec Michael Rasmussen, banni du Tour en 2007 et qu’on peut aujourd’hui croiser dans la salle de presse du même événement, où il officie comme chroniqueur de ce sport dont il a sondé les vices les plus profonds. Le Danois filiforme est aujourd’hui une plume acérée, qui a reconnu ses fautes quand d’autres retraités des pelotons promènent tranquillement leurs gueules de fraîchement dopés pas franchement repentis aux abords des courses.
Pris dans un perpétuel examen de conscience, le cyclisme semble souffrir aussi bien du dopage endémique qui a pu y sévir que de la culture de l’anti-dopage qui a émergé en opposition. D’autres sports se posent bien moins de questions et cela leur réussit en apparences. La chronique récente nous montre qu’on peut se faire épingler pour des hormones de croissance et manquer seulement 25 matches de NBA (même pas 3 mois de compétition), à l’instar de Jodie Meeks. En boxe, le principal problème des manquements de Tony Yoka face à la législation antidopage serait le frein que cela pose à son ascension programmée.
De telles attitudes ne sont aujourd’hui ni imaginables ni souhaitables dans le sport cycliste. Il faut mener à terme la procédure déclenchée par le contrôle anormal de Chris Froome, et je préfère que cela se fasse publiquement (grâce aux révélations faites dans les colonnes du Monde et du Guardian). Mais prévenons-nous aussi de l’écueil inverse : laver plus blanc que blanc, c’était la promesse originale (et proprement folle) du Team Sky à ses débuts.
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