Getty Images

Chassez le naturel, Yates revient au galop

Chassez le naturel, Yates revient au galop

Le 10/05/2019 à 07:55Mis à jour Le 10/05/2019 à 17:45

TOUR D’ITALIE - Un an après l’échec le plus douloureux de sa jeune carrière, Simon Yates (Mitchelton-Scott) revient régler ses comptes avec le Giro. Entretemps, le Britannique a appris à gagner sur trois semaines.

Il y a un an, Simon Yates était un vainqueur de Grand Tour en puissance. Le 101e Giro d’Italia lui tendait les bras, les organisateurs de la Corsa Rosa avaient même fait un visuel “Simon Yates - Hands on the Giro” au soir de la 15e étape, la troisième remportée par le Britannique de la (Mitchelton-Scott). À Sappada, rien ne semblait pouvoir remettre en question sa domination, pas même ses limites supposées dans le contre-la-montre - il était effectivement un leader toujours solide après le chrono de Rovereto.

Et puis… Patatras, la défaillance dans le Colle delle Finestre, au moment où Chris Froome partait signer son succès le plus incroyable. À 48 heures de la coupe de Prosecco, Yates est en larmes sur son vélo. Les minutes défilent (1 heure perdue en deux jours), sa première chance de triomphe sur trois semaines s’envole. Ce ne sera pas la dernière, promettait-il.

Aujourd’hui, Simon Yates est un vainqueur de Grand Tour, consacré sur la dernière Vuelta. Un vainqueur qui a tout de même un compte à régler - “unfinished business”, a-t-il répété cette semaine - avec la course qui lui a presque tout donné avant de le lui reprendre si cruellement. “Je voulais revenir sur le Giro, c’est ce qui me pousse à sortir du lit tous les matins”, insiste le jeune Britannique, 26 ans, pas franchement habitué à se cacher devant les micros ou en course : “J’aime courir de manière agressive, mais ce n’est malheureusement pas toujours possible et c’est ce que j’ai appris la saison dernière. Je vais appliquer ces leçons et j’espère en tirer la victoire.”

Simon Yates en difficulté lors de la 19e étape du Giro 2018

Simon Yates en difficulté lors de la 19e étape du Giro 2018Getty Images

Se canaliser, comme sur la Vuelta

Cette année donc, pas question de courir tous les lièvres avant une dernière semaine des plus relevées. Son équipe de choc ne devrait pas avoir à assumer le maillot rose pendant 13 jours… Pour peu que Simon Yates tempère ses ardeurs. Le Britannique a appris, mais il reste fougueux. Il s’était déjà engagé à plus de prudence avant la dernière Vuelta, et, à force de piaffer, il a bien commis quelques impairs offensifs. Dès la 4e étape, il profitait du marquage des favoris derrière l’échappée pour aller gratter 25 secondes sur les modestes pentes d’Alfacar. Après neuf jours de course, il était en rouge, et il a finalement porté la tunique de leader pendant dix étapes.

Certains, même au sein de son équipe, ont craint de voir leur jeune champion et sa garde se disperser à nouveau. On a même vu Yates tirer un peu la langue en fin de Vuelta… Il a répondu avec ses jambes et son tempérament, montrant que l’offensive pouvait être la meilleure des défenses lorsque Miguel Angel Lopez tentait de le renverser sur les cols andorrans, à la veille de l’arrivée finale à Madrid. “Après avoir perdu Adam (Yates, son frère et dernier équipier en montagne), je ne voulais pas me retrouver à emmener tout le monde dans la vallée”, expliquait-il après avoir accéléré à 17 kilomètres de l’arrivée sans parvenir à rejoindre Lopez. “Il valait mieux anticiper et faire mon propre effort même si je savais que je n’étais pas le plus fort.”

Vidéo - Le sacre de Yates, les coups d'éclat de Pinot, le triplé de Viviani : les moments-clés de la Vuelta

02:58

Des certitudes légitimées

Gestion du protocole, prise d’informations, anticipation des pièges : sur cette Vuelta, on a vu le jeune Simon Yates se muer en taulier. Et affirmer ses certitudes, quitte à s’amuser du scepticisme qu’elles pouvaient susciter : “Je pense que je ne suis pas mauvais contre-la-montre, même si je suis visiblement le seul à penser ça”, souriait-il avant le contre-la-montre décisif. Riait bien qui riait le dernier : à Torrelavega, Yates a devancé tous rivaux au général, à l’exception d’Enric Mas.

Aujourd’hui, le chrono fait encore partie des arguments qui lui sont opposés au moment d’établir les prétendants à la victoire finale dans ce 102e Giro, avec trois rendez-vous contre-la-montre, notamment les premier et dernier jours de course. Le Britannique s’est imposé dans l’exercice sur Paris-Nice (une de ses deux victoires de la saison, avec l'étape-reine de la Ruta del Sol), mais il trouve face à lui des rouleurs phénoménaux comme Primoz Roglic et Tom Dumoulin.

Simon Yates n’en garde pas moins ses certitudes, légitimées par la Vuelta, et par son expérience de vainqueur de Grand Tour. Sur la ligne de départ à Bologne, il est le seul avec Nibali et Dumoulin à avoir déjà trouvé la clef du succès sur trois semaines.

La présentation de la formation Mitchelton-Scott de Simon Yates à Bologne / Giro 2019
0
0