"Je suis Italien, et gagner une étape sur le Giro c’est la chose la plus fantastique qui puisse arriver dans ma carrière." Dans les rues de Bagno di Romagna, à l’arrivée de la 12e étape du Giro, Andrea Vendrame ne cachait pas sa fierté au micro d’Eurosport, en répondant aux journalistes… en français. Si le coureur de 26 ans savoure sa première victoire en carrière sur un grand tour, celle-ci est en grande partie teintée de bleu. Le bleu du drapeau tricolore tout d’abord, puisqu’il a été intégré à la formation française AG2R-Citroën en 2020, et vient de leur offrir un deuxième succès cette saison.

Le bonheur de Vendrame, le panache de Nibali : le résumé de la 12e étape en vidéo

Mais également le bleu d’un maillot distinctif. Celui du classement de la montagne, arboré par son coéquipier et copain de chambrée, le Français Geoffrey Bouchard. "Geoffrey pour moi c’est comme mon frère, a partagé avec émotion le vainqueur du jour. Quand j’ai attaqué, il m’a appelé par la radio et m’a dit beaucoup de choses. C’est aussi pour lui la victoire." Car avant de régler Chris Hamilton (DSM) au sprint, Andrea Vendrame a avant tout vécu une course d’équipier.
Tour d’Italie
Lafay : "Je me suis testé dans le Zoncolan… Bernal m’a mis plus de 2 minutes en 3 kilomètres"
14/06/2021 À 17:42

Bouchard n’a (quasiment) rien laissé dans la montagne

Après quarante kilomètres à batailler à portée de peloton, Geoffrey Bouchard est parvenu à former l’échappée du jour, d'abord de 30 puis de 16 coureurs, dans une étape que la formation du maillot rose, Egan Bernal (Ineos Grenadiers), semblait vouloir contrôler. Mais, sans objectif au classement général et avec un maillot bleu à défendre dans quatre cols, AG2R-Citroën n’avait d’autre choix que d’animer ce périple de 212 km. "On a eu un gros travail collectif pour prendre l’échappée. Et du coup, dans les rues de Florence, on a réussi à sortir avec Andrea (Vendrame) et dans le bon coup", s’est félicité Geoffrey Bouchard après la course.
Avant de songer à la victoire finale, le meilleur grimpeur de la Vuelta 2019 avait donc pour objectif individuel de récolter le plus de points possible, afin d’accroître son avance au classement de la spécialité sur son dauphin Egan Bernal. Andrea Vendrame a donc entamé son épopée en emmenant Geoffrey Bouchard dans sa roue à chaque passage de sommet répertorié. Tel un fidèle équipier, Vendrame s’est mué en rouleur pour emmener le porteur du maillot bleu au sommet de chaque difficulté. 9 points dans le Monte Morello, 18 au Passo della Consuma et enfin 18 supplémentaires au Passo della Calla. La moisson était faite et l’écart avec Bernal au classement de la montagne multiplié : 96 points pour le Français contre 48 pour le Colombien au total.

Goubert (AG2R-Citroën) : "Quand ça marche, qu'est ce que c'est bon"

Vendrame a parié sur une victoire au sprint

“Au final, il n’y avait pas d’adversaire direct, donc ce n’était pas une trop grosse dépense d’énergie pour être devant”, s’est réjoui le Dijonnais. Seul Dries De Bondt (Alpecin-Fenix) a en effet disputé les sprints au Français, pour amasser un total de 24 unités qui lui permet de prendre la troisième place de ce classement. Derrière les deux hommes, chaque fois, Andrea Vendrame venait couper la ligne en troisième position pour s’octroyer les quelques points restants, et ainsi protéger son équipier.
"L’objectif principal de l’équipe, c’était d’être dans l’échappée d’aujourd’hui avec Geoffrey pour gagner le plus de points possible pour le maillot bleu." Mission accomplie, même si le maillot bleu n’avait plus le jus pour suivre son ami italien dans la dernière difficulté (Passo del Carnaio). Accompagné de solides adversaires - notamment George Bennett, le champion de Nouvelle-Zélande, et Gianluca Brambilla, vainqueur d’étape sur le Giro et la Vuelta -, Andrea Vendrame a parié sur ses qualités de sprinteur. "Moi, je pouvais attaquer sur la dernière bosse pour anticiper les mecs plus forts sur la montée. Après on est restés à quatre coureurs, et sur le final j’ai compris que j’étais le plus fort au sprint", a détaillé le coureur transalpin.

La désillusion de Campo Felice oubliée

Poussé par son directeur sportif, Vendrame a donc placé l’attaque qu’il fallait pour distancer provisoirement ses concurrents dans la dernière ascension, afin de basculer avec eux, et de l’emporter au sprint. Cette victoire intervient quelques jours seulement après la désillusion de Geoffrey Bouchard, parti pour s’imposer à Campo Felice, avant un retour canon d’Egan Bernal dans les derniers hectomètres. Défaite oubliée.
Aujourd’hui, le Français a bénéficié d’un succès collectif, et peut désormais se tourner vers la suite : "Plus on gagne tôt dans un grand tour, plus on a de confiance pour la suite." Une vision partagée par son directeur sportif, Stéphane Goubert, qui a déjà perdu deux hommes sur abandon lors de ce Giro : "On le sentait les derniers jours. On sentait que la victoire n'était pas loin. Nous n'avons que les étapes à jouer. Une c'est fait, on va continuer à se concentrer. J'espère et je suis sûr que ça va donner des idées aux autres." Pourquoi pas en profitant d’une nouvelle échappée, tant ce Tour d’Italie 2021 laisse la part belle aux attaquants d’un jour.

Andrea Vendrame

Crédit: AFP

Tour d’Italie
Caruso, Fortunato, Storer : les 7 révélations de ce Giro
30/05/2021 À 21:33
Tour d’Italie
Le sacre de Bernal, c'est aussi celui du collectif INEOS
30/05/2021 À 20:00