Le 15 mai 2010, la météo italienne prévoit de la neige pour… le lendemain. Les conditions pour l'ascension du très difficile Terminillo s'annoncent terribles. Alexandre Vinokourov a pourtant ces mots, la veille, au soir de la 7e étape : "Cette étape s'est révélée être plus dure qu'une étape de montagne, sans doute plus dure que celle de demain". "Apocalypse Giro", avions-nous titré il y a onze ans. Ce jour-là, les Strade Bianche avaient fait irruption dans la légende du cyclisme et 190 coureurs -aucun n'avait abandonné- avaient mérité le surnom de forçats. Sur les routes blanches, le marron de la boue était de mise. Comme si la difficulté de la route ne suffisait pas, la météo s'en était mêlée, ajoutant le froid et la pluie au menu pour un cocktail détonnant.
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John Gadret était de la partie. L'ancien vététiste commençait à avoir une petite expérience des grands tours, puisque ce Giro était son septième. Il n'avait jamais connu ça. La course, attendue chaque année au début du printemps, ne s'appelle Strade Bianche que depuis un an seulement. Jusqu'ici, elle était connue sous le nom de "Monte Paschi Eroica", et le succès de Fabian Cancellara en 2008 n'avait pas suffi à en faire un rendez-vous incontournable. Cette 7e étape du Tour d'Italie va la faire entrer par la grande porte parmi les courses qui comptent dans le calendrier.
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"Les cuissards, les maillots... L'équipe avait tout jeté !"

"On n'avait pas reconnu l'étape, admet aujourd'hui Gadret. On ne reconnaissait pas les étapes du Giro à l'époque. Le Tour, oui, mais pas le Giro." A la surprise se sont donc ajoutées des conditions dantesques. Bien malin celui qui, dans les derniers kilomètres, pouvait distinguer, sauf à avoir un gros plan, Alexandre Vinokourov de Cadel Evans. "A la fin de la journée, on ne reconnaissait personne. L'équipe n'avait même pas lavé nos cuissards et maillots, tout avait été jeté directement le soir à l'hôtel", sourit Gadret. Un détail certes, mais aussi et surtout un témoignage de la rareté de l'affaire sur un grand tour.
Pourtant très à l'aise toute la journée, et même leader du Giro après sa troisième place derrière Evans et Damiano Cunego, "Vino" avait peu goûté les routes blanches : "Les 45 derniers kilomètres étaient pires que Paris-Roubaix. Je ne pense pas qu'il y a de la place pour ce genre de routes sur une course comme le Giro. Sur une course d'un jour oui, mais pas sur une course à étapes". Éternel débat…

Cadel Evans sur le Giro 2010

Crédit: Getty Images

Onze ans plus tard, et même si on est en droit de se demander si son cerveau n'a pas effacé la douleur de sa mémoire, John Gadret se souvient lui d'une journée... magnifique. "Je me rappelle avoir pris beaucoup de plaisir sur cette étape !", assure-t-il. Lui l'ancien du VTT, comme le vainqueur du jour, le champion du monde Cadel Evans, avait un avantage sur les autres : les trajectoires dans la boue, ça le connaissait. "Ce n'était pas la journée la plus dure de ma carrière, il y eu a des étapes de montagne du Giro plus difficiles encore mais c'était une journée de vélo magnifique", poursuit-il encore. A-t-il eu des douleurs inhabituelles le lendemain ? Non… mis à part au niveau des yeux, après avoir reçu du gravier dans le visage toute la journée.

Moins de pluie, moins de spectacle cette année ?

Dire que cette étape a forgé à elle seule la réputation des Strade Bianche serait exagéré. Dire qu'elle a accéléré sa prise d'importance n'est, en revanche, pas faux du tout, au contraire. En 2007, pour la première édition de la course, 63% du peloton est italien et les seules stars sont locales (Ballan, Pozzato, Simoni, Petacchi…). En 2008, Cancellara, vainqueur donc, et Stuart O'Grady, s'ajoutent à la liste, mais le Suisse ne revient pas en 2009, preuve que la course a encore du mal à s'installer comme un passage incontournable.
L'édition 2010 a ceci de particulier qu'une partie des prétendants au Giro (Evans, Nibali, Garzelli, Scarponi…) viennent s'y tester. Et, en 2011, Gilbert mais aussi Cancellara, Cunego, Andy Schleck, Ballan, Hincapie sont là. Depuis, la liste des vainqueurs est éloquente : de Cancellara à van der Poel en passant par Alaphilippe, Van Aert, Kwiatkowski ou Stybar.
Ce mercredi, ce ne sont pas une vingtaine de kilomètres de chemins empierrés que devront emprunter les coureurs du Giro, mais quinze de plus. Joie pour eux, la météo s'annonce plus clémente, même si un peu de pluie n'est pas à exclure totalement. Pas d'apocalypse donc, mais à n'en pas douter l'un des grands moments de ce Giro 2021.

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