"Il a dit qu'il fallait y aller et tout le monde a suivi". Sous son masque, Dave Brailsford devait arborer le sourire du manager à la fois heureux et fier de son leader et de son équipe. Egan Bernal et les Ineos-Grenadiers ont été à la barre de la 11e étape du Giro sur les chemins empierrés de Toscane. Plus que jamais maillot rose d'un Giro dont il est le patron, le Colombien a repris du temps à tous ses adversaires, et le travail de sape de sa formation a envoyé Remco Evenepoel dans les cordes. A mi-Giro, sa position est idéale et ses problèmes de dos oubliés.
Quand Filippo Ganna se met en route, il faut avoir le cœur bien accroché pour s'accrocher. Egan Bernal n'a pas tremblé. Mieux donc, selon Brailsford, c'est lui qui a initié la manœuvre et demandé au champion du monde du contre-la-montre de visser. Et pour cause, le maillot rose avait bien vu que Remco Evenepoel, son adversaire le plus coriace depuis le départ de Turin (14 secondes les séparaient au départ) n'était pas bien placé. Tant pis si l'arrivée était encore loin (70 kilomètres), c'était le moment de faire mal. Les Ineos le savaient et le premier étage de la fusée a décollé. Moins utile plus tard quand la route allait s'élever, Ganna a fait exploser le peloton. Bernal avait déjà gagné une bataille.
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Dans la poussière, Bernal a fait le ménage
19/05/2021 À 15:19

Ineos-Grenadiers, maître du temps et des événements

Narvaez, Martinez et surtout Moscon ont poursuivi le travail quand Evenepoel, et d'autres, ont réellement été distancés. Mais Bernal n'était pas encore sorti de sa boîte. Il a attendu le tout dernier moment ou presque. Non sans avoir analysé la course avec lucidité : "La course était déjà très rapide quand Buchmann est sorti (à 5 kilomètres de l'arrivée). J'ai demandé à la radio à combien il était au général, je me suis dit que j'avais de la marge sur lui, que je pouvais jouer avec ça. Les EF faisaient le boulot, quand Carthy s'est arrêté, j'y suis allé." En réalité, c'est Aleksandr Vlasov, son nouveau dauphin, qui a bougé et qui s'est fait contrer à moins d'un kilomètre et demi du but.

Le coup de force de Bernal, le coup de pompe d'Evenepoel : le résumé vidéo de la 11e étape

Bilan : Bernal a glané 3 secondes sur l'Allemand, 23 sur le Russe, 26 sur Yates mais surtout 2'08'' sur Evenepoel et, moins important pour lui, sur Bardet. "On s'attendait à des écarts, pourquoi pas des gros. Il y a des coureurs qui ont perdu beaucoup de temps, je suis ravi", jubilait-il dans l'aire d'arrivée. "Une fois de plus, Bernal prouve qu'il donne tout. Il ne cherche pas à assurer, salue notre consultant Alberto Contador. Je pense qu'il est un maillot rose très solide et qu'il a envoyé un message à ses adversaires." Au général, la menace la plus proche se nomme désormais Vlasov mais il est à 45 secondes quand les autres sont au-delà de la minute.

Brailsford veut plus d'agressivité ? Bernal s'éclate

Egan Bernal, c'est finalement Dave Brailsford qui en parle le mieux. Le manager britannique, qui avait débauché la pépite colombienne quand il était chez Androni aux côtés de Gianni Savio, a dû souffrir avec son coureur quand, en 2020, il n'a pas pu confirmer son explosion de 2019 et sa victoire sur le Tour. Maudits problèmes de dos. "Il est impressionnant, il a montré pourquoi tout le monde était si excité il y a 2-3 ans quand on parlait de lui. Il est en train de revenir au très haut niveau. C'est un coureur de grande classe et ça, ça ne se perd pas, lâche-t-il. Il a beaucoup travaillé, fait beaucoup de sacrifices depuis 12 mois. Il est très impressionnant dans son investissement."
Sur ce Giro, Egan Bernal se trouve dans une situation qu'il n'a jamais vraiment connu. Maillot jaune au soir de la 19e étape du Tour 2019, il n'avait pas eu à se défendre le lendemain face à une concurrence ravie de se trouver où elle était. Sur ce Giro, il n'a pas encore été attaqué de toutes parts mais ça pourrait arriver, puisqu'il est désormais l'homme à battre et à abattre. Ce mercredi, il a choisi l'offensive. Collant à la nouvelle philosophie des Brailsford's boys.

La belle affaire est pour Bernal : son arrivée en vidéo

"Nous essayons de courir à l'avant, assure le boss. Nous avons les gars pour le faire et ils sont partants pour ça. Ils prennent du plaisir, c'est comme ça quand vous leur donnez de la liberté et des opportunités. Ils adorent ça, ils rigolent, font des blagues… Nous sommes plus agressifs et c'est agréable." Moins conservateur que Chris Froome, qui l'était lui-même moins que Geraint Thomas et surtout Bradley Wiggins, Bernal s'éclate avec ces nouveaux principes. Et dire que la haute montagne l'attend encore...
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