Neuf jours qu’on l’attendait. Neuf jours que l’on trépignait d’impatience. Neuf jours où le classement général a changé, mais où les favoris n’ont pas bougé une oreille. Eux-mêmes l’avaient dit, à l’image de Romain Bardet : "Le Blockhaus, en fin de première semaine, ça sera le premier révélateur" , nous avouait le Français lors de son passage dans le Bistrot Vélo. Et ça y est, il est là. Le Blockhaus. Le premier gros morceau de montagne de cette 105e édition du Tour d’Italie.
Une ascension très difficile de 13,6km à 8,4%, assez régulière dans sa partie centrale avec presque 8 km à plus de 10%. On la compare assez souvent pour son profil à l’Alpe d’Huez, et ça dit tout de la difficulté de ce qui attend les coureurs dimanche : cette ascension va changer beaucoup de choses. "Je pense qu’on y verra beaucoup plus clair dimanche, après le Blockhaus", nous disait d’ailleurs notre consultant Nicolas Fritsch, dans sa chronique habituelle.

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Quid du pari involontaire de Martin ?

Il faut dire que, jusqu’ici, comme on s’y attendait et comme on l’avait prévu, il ne s'est rien passé concernant les coureurs qui visent la victoire finale. Il y a bien eu le chrono à Budapest mais les écarts sont restés relativement faibles vu la distance (9km). "Il y a déjà eu l’Etna mais, comme on s’en doutait, il ne s’est rien passé, rappelait Fritsch. Je ne vais pas dire que c’est un faux-plat montant, quand même, mais c’est un col où on ne peut pas faire de gros écarts". Certains coureurs comme Tom Dumoulin (Jumbo-Visma) ou Vincenzo Nibali (Astana Qazaqstan Team) y ont toutefois déjà perdu toute chance, même s’ils ne faisaient pas partie des favoris, ou même des outsiders.

Tom Dumoulin (Team Jumbo-Visma) la tête basse à l'arrivée de la 4e étape du Giro, le 10 mai 2022

Crédit: Imago

Également perdant ce jour-là, Guillaume Martin s’est lui replacé ce samedi à la 4e place du général après son échappée involontaire vers Naples. Le leader de la Cofidis a avoué avoir gaspillé plus d’énergie qu’il ne l’aurait souhaité dans cette 8e étape, où il s'est retrouvé en tête sans l'avoir voulu. Une escapade qui pourrait lui coûter cher, avec la première grosse étape de montagne au lendemain de cette chevauchée.
La route du Blockhaus s'annonce compliquée dès le départ avec trois ascensions dans les 38 premiers kilomètres et le Lanciano (1re cat) en guise d’échauffement avant le Blockhaus. De quoi faire payer ses efforts au Français, qui craint d'ailleurs ce scénario. "J'espère que je ne vais pas perdre le double de temps !", abouait-il après l'arrivée de la 8e étape. Parce que, cette fois, il ne faut pas s’y tromper, les favoris se livreront bataille sur les pentes du Blockhaus. Cela ne fait aucun doute.

Martin, 4e du général : "Je me suis presque retrouvé devant par inadvertance"

Mission (quasi) impossible pour Lopez

"Les favoris vont plus se découvrir que dans l’Etna, où personne n’a attaqué, estime Fritsch. Le col est plus raide, l'abri comptera moins mais, surtout, lundi sera un jour de repos et il faudra une semaine ensuite pour retrouver de la montagne. Donc les coureurs seront plus libérés, ils pourront plus se lâcher, sans arrière-pensée". Et sur une ascension aussi difficile, les grimpeurs pourront s’en donner à cœur joie.
En 2017, placé exactement le même jour, le Blockhaus avait vu Nairo Quintana s’envoler sur ses pourcentages (éviter répétition pentes). Le Colombien s’était imposé avec 24’’ d’avance sur Thibaut Pinot et Tom Dumoulin alors que le 5e de l’étape avait fini à une minute. Des écarts qui bouleverseraient complètement la hiérarchie actuelle.

"Ce Giro peut être la chance de la vie de Bardet"

Sur une ascension aussi difficile, Juan Pedro Lopez (Trek-Segafredo) aura bien du mal à conserver sa tunique rose de leader. Même si l’Espagnol n’est pas le premier venu non plus (13e de la Vuelta l’an dernier), il n’a encore jamais réussi à rester avec les tous meilleurs dans un col de cette difficulté.
Il n’avait perdu qu’une dizaine de secondes lors du premier rendez-vous en montagne sur le Tour d’Espagne 2021 mais le Picon Blanco était deux fois plus court que le Blockhaus (7km contre 13,6 dimanche). Le voir perdre moins de deux minutes sur les principaux leaders serait un authentique exploit. Mais, au-delà même de la lutte pour le maillot rose, les favoris doivent commencer à penser à se reprendre du temps.

L’heure des choix pour les multiples leaders

"Mine de rien, il faut commencer à créer des écarts pour ceux qui veulent remporter le Giro", rappelait Nicolas Fritsch. Et commencer à rattraper les secondes concédées à Budapest à un Simon Yates survolté. Le Britannique de la BikeExchange-Jayco va aborder la montagne avec 13’’ d’avance sur Wilco Keldermann (Bora-Hansgrohe), 16’’ sur Joao Almeida (UAE Team Emirates), 24’’ sur Richard Carapaz (INEOS Grenadiers) et 33’’ sur Mikel Landa (Bahrain-Victorious).
Cela peut paraître énorme mais c’est en réalité infime à l’heure d’aborder l’une des ascensions les plus dures de ce Giro 2022. Auteur d’une semaine parfaite, Romain Bardet (DSM) a passé l’écueil de l’étape de l’Etna, post-repos, qu’il craignait beaucoup. Mais le Français n’en sait finalement pas beaucoup plus sur son niveau vis-à-vis des autres candidats.

Le parcours présenté par Bardet : "Le Blockhaus sera le premier révélateur"

Depuis une semaine, les favoris patientent tranquillement que vienne cette 9e étape et cette première explication pour savoir si oui ou non, ils peuvent rêver de la victoire finale. Et finalement, personne ne sait rien. Pas même, dans certaines formations, qui sera le leader désigné pour le général. Bora-Hansgrohe misera t-elle sur le 2e du Giro 2020 Jay Hindley, ou bien sur le 5e du Tour 2021 Wilco Keldermann ? Mikel Landa est jusqu’ici passé entre les gouttes de ses pépins habituels (chutes, etc…) mais la Bahrain-Victorious jouera-t-elle sa carte ou bien celle de Pello Bilbao, en forme cette saison ?
En 2017, c'est justement sur l'étape du Blockhaus qu'il était tenté, juste avant la montée finale. Qu'en sera t-il cette année ? Pour l’heure, rien n'est déterminé. Rien n’est acquis. Toute "certitude" de cette première semaine devra passer au révélateur du Blockhaus. Les vrais enseignements de cette première semaine, on les aura dimanche soir. Et, oui, on a hâte. De plus en plus hâte.
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