Le Giro venait de quitter les bords de la Méditerranée et cette treizième journée devait suivre le rythme d'un Tour d'Italie qui semble vouloir tarder à lancer la bagarre, la vraie, la grande. Cette bagarre, Romain Bardet l'attendait d'autant plus de ses vœux qu'il fut, lors de la première explication au Blockhaus, l'un de ses acteurs principaux. La France cycliste se prenait à rêver. "Le podium, au minimum" entendait-on. "Et pourquoi pas la victoire finale ?", comprenait-on. Ces espoirs ont volé en éclats vendredi dans la chaleur qui écrase l'Europe de l'Ouest et à laquelle la Botte, et donc Romain Bardet, n'ont pas échappé.
Dans l'imaginaire collectif des suiveurs du cyclisme en France, la poisse a un synonyme si fort que même sans nommer Thibaut Pinot, chacun sait de qui l'on parle. Tour d'Italie 2018 et Tour de France 2019, avec tout ce que ce dernier charrie d'infiniment plus grand, forment la dualité de ce qu'un grimpeur peut vivre de pire. Romain Bardet n'a, et n'aura sans doute jamais, l'aura de son compatriote et ses douleurs n'ont pas le même écho dans l'Hexagone.
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Le moment où Bardet a vu ses rêves s'envoler

Tour de France 2020, l'Auvergne et la commotion

Lui aussi enchaîne pourtant les désillusions depuis quelques années. L'histoire les retient moins mais prenons le temps de revenir dessus. Tour de France 2020, son dernier chez Ag2r, sa formation de toujours, puisqu'il a annoncé son départ pour DSM en fin de saison. Après 12 étapes, Bardet pointe au 4e rang du général à 30 secondes de Roglic. L'étape du lendemain est superbe et tracée à deux pas de son domicile auvergnat, sur ses routes. Elle sera le tombeau de ses ambitions avec une chute, une commotion cérébrale et un abandon. La 13e étape, déjà…

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Vuelta 2021. Son premier chrono est excellent et porteur d'espoir mais la cinquième étape le verra concéder douze minutes après une chute collective. Il se relèvera cette fois pour aller enlever une étape, la 14e, qui vient mettre fin à quatre ans de disette sur les grands tours. Son bonheur est immense mais son Tour d'Espagne est forcément inachevé. Sa première saison chez DSM un peu décevante mais le puzzle s'est mis en place, tout était réuni pour quelque chose de grand.

Bardet, homme de sacrifices

S'il ne manque pas de talent, Romain Bardet n'a peut-être pas son pareil pour maximiser celui-ci. L'affaire n'a d'autre moyen que le travail… et les sacrifices. Il en est souvent question avec l'Auvergnat. Ne l'a-t-on pas vu passer six semaines en stage en Espagne sur la première partie de saison, quitte à moins courir et à passer beaucoup de temps loin de son fils et de sa femme ? Le haut niveau passe par là et Bardet l'a intégré depuis longtemps. L'ascète qu'il est se fixe des limites que d'autres n'envisagent même pas. Ses succès en portent le sceau et ses déceptions les rendent parfois cruellement inutiles.
Partir pour DSM relevait pour lui du défi. Homme curieux, il était prêt à s'en remettre à d'autres. Dans l'équipe néerlandaise, tout est fait pour que le coureur ne pense qu'à la performance. Et celle-ci commençait à arriver avec un Bardet vainqueur du Tour des Alpes, ce qui n'est jamais l'assurance de briller sur le Giro mais qui faisait du bien à sa confiance tout en nourrissant l'espoir parmi ses supporters.

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Ceux-ci espéraient une bagarre à la loyale, que rien d'extra-sportif ne vienne polluer le combat et que son résultat soit indiscutable. Las, la chaleur que Bardet n'a jamais aimée, l'a encore battu. C'était sous une pluie battante et avec le Mont-Blanc pour premier observateur qu'il avait empoché sa plus belle victoire sur le Tour de France 2016. Quelques jours plus tard, il était dauphin de Chris Froome sur le podium final. Six ans ont passé et Bardet n'est plus jamais monté aussi haut. Ce Giro était l'occasion rêvée ? Elle s'est envolée, le rêve aussi.
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