"Le Requin de Messine". Trouve-t-on plus beau surnom dans le peloton actuel et plus largement au XXIe siècle naissant ? Chacun aura sa réponse à cette question, autant qu'il y en aura de possibles à celle qui consiste à se demander si Vincenzo Nibali est le coureur le plus marquant de la décennie passée. Vous ne trouverez en revanche que peu de monde pour vous contredire si vous célébrez la classe et le panache du Sicilien. Son île, le Giro la visite depuis mardi, via l'Etna, et ce mercredi il arrivera à Messine, précisément chez le "dernier champion italien".
Giro
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06/07/2022 À 20:50
Ne parlez pas encore de retraite à Nibali. Contrairement à son contemporain Philippe Gilbert, l'homme aux deux Giro (2013 et 2016) n'a pas annoncé la fin de sa carrière même si du côté de la Botte, on nous glisse que ce Tour d'Italie pourrait bien être son dernier. De ce côté des Alpes, on se contentera de noter que c'est sans doute la dernière fois que Nibali dispute une étape de son tour national sur son île natale, lui l'homme de Messine, cette ville à laquelle il est éternellement lié.

Mercredi, Nibali sera sur ses routes d'enfance

Mercredi, il n'y aura sans doute que lui dans le peloton pour y penser mais le final de l'étape jouxtera la rue Cesare Battisti de Messine où se trouve la papeterie familiale dans laquelle il a aiguisé sa connaissance de l'histoire du cyclisme en engloutissant des heures d'images des exploits de Francesco Moser, notamment ceux de 1984 quand celui-ci avait fait la nique à Laurent Fignon sur le Giro. Pour Ciro Scognamiglio, journaliste cyclisme à la Gazzetta dello Sport, Moser et Nibali sont les deux champions italiens de l'ère post-Gimondi, vainqueur de trois grands tours entre 1965 et 1976.

Nibali : "Pour un coureur italien, porter le maillot rose c'est accomplir un rêve d'enfant"

Alors, "Campionissimo" Vincenzo Nibali ? De l'autre côté des Alpes, ce "grade" est le plus haut dans la symbolique cycliste. "Coppi et Bartali restent mythiques, nuance notre interlocuteur. Je ne dirais pas campionissimo pour Nibali parce que ce surnom a été donné à Girardengo d'abord puis Coppi ensuite mais c'est un champion, sans aucun doute. Coppi, Bartali ou Girardengo dépassaient le sport."

Le Tour 2014, une victoire qui change tout

"Peut-être n'est-il pas au même niveau que Coppi et Bartali, ou Marco Pantani qui reste le plus aimé des Italiens, poursuit Luca Stamerra, notre collègue d'Eurosport Italie. Nibali, cependant, est juste en dessous dans le classement des coureurs les plus aimés des fans. On parle du seul coureur italien à avoir réussi à remporter un Tour de France ces 20 dernières années. Il est le dernier champion italien."

Vincenzo Nibali sur le podium du Tour de France 2014

Crédit: Getty Images

La Grande Boucle justement. Selon nos spécialistes italiens, son succès en 2014 a tout changé pour Nibali. Si certains dans la Botte pointent une victoire acquise à la faveur des abandons de Froome ou Contador, d'autres l'ont célébrée comme il se devait. Au lendemain de son sacre devant Péraud et Pinot, la Gazzetta s'était parée de jaune, abandonnant l'habituel rose, dans une édition spéciale. "Les fans de cyclisme mais aussi les fans de sport en général connaissent Vincenzo Nibali, nous apprend Luca Stamerra. Avoir remporté le Tour de France signifie beaucoup. Ce n'est pas la même chose que gagner un Giro ou une Vuelta."

"Iconique" Nibali

Mais Nibali, ce n'est pas seulement les grands tours et c'est aussi pour cela qu'il a tant marqué son époque. S'il a triomphé deux fois du Tour de Lombardie (2015 et 2017), c'est son numéro sur Milan-Sanremo 2018 qui le symbolise le mieux. Parce qu'il a toujours voulu remporter les plus belles courses et parce que son sens tactique y avait surpris une meute de sprinters. Une victoire "iconique" pour Ciro Scognamiglio, notre confrère de la Gazzetta.
Venu sur le Giro pour aider Miguel Angel Lopez, Nibali a vu le leader d'Astana jeter l'éponge mardi... et ses propres ambitions voler en éclats après sa déconvenue sur l'Etna. "C'est peut-être son dernier Giro et il échangerait volontiers une 6e ou 7e place au général contre deux belles étapes", avançait Luca Stamerra avant la 4e étape. Sans solution au général, Nibali n'a plus qu'un exploit pour inspirer la jeunesse insulaire qui viendra le fêter ce mercredi à Messine et ailleurs en Sicile ?
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