Cette fois, le peloton s’est fait avoir. Alors qu’on attendait une arrivée massive à Trévise pour l’ultime opportunité offerte aux sprinteurs, l’échappée du jour – forte de quatre coureurs - a réussi un numéro exceptionnel pour résister au retour du peloton. L’entente aura été parfaite jusqu’au dernier kilomètre où Dries de Bondt (Alpecin-Fenix) a fait parler sa pointe de vitesse pour s’imposer devant Eduardo Affini (Jumbo-Visma). Il s’agit de sa première victoire d’étape sur un Grand Tour, le 6e succès de sa carrière. Derrière, le peloton a terminé morcelé par le tempo infernal de cette 17e étape mais Carapaz (INEOS Grenadiers) conserve le maillot rose alors que le perdant du jour s’appelle Juan Pedro Lopez (Trek-Segafredo).

Lopez, perdant du jour avec Almeida

Une fois n’est pas coutume sur ce Tour d’Italie, on s’est régalé sur la route de Trévise. Arnaud Démare avait prévenu dès mercredi soir : "Je m’attends à une étape comme celle de Cuneo, avec une grosse lutte entre l’échappée et le peloton". Le moins qu’on puisse dire, c’est qu’il avait raison. Pourtant, les équipes de sprinteurs ont longtemps parfaitement géré la situation. Ils ont laissé partir Affini, de Bondt, Cort Nielsen (EF-Easy Post) et Gabburo (Bardiani-CSF) mais ont maintenu l’écart très rapidement sous les deux minutes. Ils avaient conscience du danger que représentaient ces quatre hommes. Mais visiblement, pas assez.
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Almeida non partant, scénario surprenant et De Bondt gagnant

Habitués à courir à l’avant, les quatre échappés ont eu l’intelligence d’accélérer l’allure juste avant le terrible Muro di Ca’ del Poggio (1km à 12%), dont le sommet était à 54km de l’arrivée. En douze kilomètres seulement, l’avance de l’échappée est passée de 1’23’’ à 2’35’’. Le peloton a tardé à s’inquiéter, à réagir, perdant même des équipiers dans une ascension étroite et pentue qui a causé beaucoup plus de dégâts que prévu. Obligées de relancer fort après le Muro di Ca’ del Poggio, les formations de sprinteurs ont provoqué des cassures qui ont réduit le peloton à 37 unités sur la ligne d’arrivée. Parmi les coureurs distancés, Juan Pedro Lopez a concédé 2’43’’ aux favoris.

Frayeur pour Hindley

S’il occupe toujours le 9e rang, il le doit à l’abandon de Joao Almeida (UAE Team Emirates), 4e du général et non partant ce matin à la suite d’un contrôle positif au Covid19. Un coup dur qui bouleverse évidemment un top 10 qui n’a pas connu de changement à part cela, malgré la grosse frayeur de Jai Hindley. L’Australien de la Bora-Hansgrohe a crevé dans le final, finissant à plus d’une minute des favoris, mais son incident était dans les 3 derniers kilomètres et il a logiquement été reclassé au niveau du groupe maillot rose. Il pointe donc toujours à 3’’ de Richard Carapaz.

Pas de quatrième bouquet pour Démare : Joly décortique la "victoire" de l'échappée

Mais, malgré cette allure emmenée par les DSM de Dainses, les Groupama-FDJ de Démare, les QuickStep-AlphaVinyl de Cavendish, les UAE Team Emirates et Gaviria et même les Cofidis de Cimolai dans le final, le peloton n’est jamais revenu. Il aura manqué 14’’ pour se disputer autre chose que la 5e place de l’étape, revenue à Dainese. La faute à ces douze kilomètres avant l’ultime ascension mais surtout au travail exceptionnel accompli par l’échappée. Contrairement à l’étape de Cuneo, les quatre coureurs se sont entendus parfaitement, jusqu’au dernier kilomètre.

6e succès pro pour De Bondt

Tout le monde a passé son relais, personne n’en a gardé un seul instant, conscient que leur avance ne leur permettait pas de le faire. Mais ils se sont tout de même disputé la victoire, la 8e pour une échappée, dont la quatrième de suite. Plus rapide sur le papier, Cort Nielsen a cherché alors à contrôler le sprint final mais le Danois n’a rien pu faire face à la puissance de De Bondt et Affini, plus frais et plus fort dans le final. Malgré un sprint surprenant, l’Italien de la Jumbo-Visma a finalement échoué à une demi-roue du Belge, qui offre à Alpecin-Fenix un troisième succès sur ce Giro, avec un troisième coureur différent (Van der Poel et Oldani avant lui). Souvent échappé sans réussite l’an dernier, de Bondt a cette mis au fond, pour glaner son 6e succès professionnel, son premier de la saison et clairement le plus prestigieux. Encore plus avec un scénario aussi grandiose.

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