Tout va pour le mieux chez Alpecin-Fenix. Grâce au succès de Stefano Oldani ce jeudi à Gênes, la formation belge a déjà remporté deux étapes sur les 12 disputées depuis le début du Giro. Quoi qu’il arrive d’ici l’arrivée à Vérone le 29 mai, le bilan restera excellent pour une équipe appartenant à la 2e division mondiale, sachant que seulement deux formations World Tour font aussi bien pour l’instant, Bora-Hansgrohe (Lennard Kamna vainqueur sur l’Etna et Jai Hindley au Blockhaus) et Groupama-FDJ (Arnaud Démare à Messina puis Scalea). Mais alors que la moitié du Tour d’Italie a été franchie, et que la suite s’annonce essentiellement dédiée aux grimpeurs, peut-on dire autant de son grand leader Mathieu van der Poel ?

Oldani : "La présence de Mathieu Van Der Poel a été cruciale"

Avec un succès d’étape en ouverture à Visegrad, une 2e place au chrono de Budapest et le port du maillot rose trois jours durant, le Néerlandais a signé des débuts qui combleraient une carrière entière pour 95% des coureurs du peloton. Ils ont été brillants, assurément, à l’image de son premier Tour de France l’an dernier (victoire sur la 2e étape et six jours en jaune). Mais depuis le retour de Hongrie, VDP n’a plus mis la balle au fond alors que le parcours regorgeait pour lui d’occasions. Ce n’est pourtant pas faute d’avoir essayé.
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Trois occasions manquées

S’il n’a pas voulu se mêler aux arrivées massives remportées par Cavendish (3e étape), Démare (5e et 6e) et Dainese (11e) et n’avait logiquement aucune chance sur les arrivées au sommet (4e et 9e), on peut considérer qu’il a manqué le coche sur au moins trois étapes dont il était le grand favori, ou du moins l’épouvantail.
La 8e étape à Naples était taillée pour lui, avec ses routes tortueuses en forme de montagnes russes et de circuit géant de cyclo-cross. On l’a vu passer le premier à l’attaque, à 150 km de l'arrivée, disperser ses forces et se faire avoir dans le final par un quatuor réglé par l'expérimenté Thomas De Gendt.
Sur la 10e étape, à Jesi, il est simplement tombé sur plus fort, Biniam Girmay, qui l’a réglé dans un sprint endiablé en petit comité.

Van der Poel n'a pu que s'incliner avec fair-play : le sprint irrésistible de Girmay

Enfin, ce jeudi sur la route de Gênes, il n’avait pas les jambes pour accompagner les meilleurs de l’échappée dans la montée la plus sélective, à 30km de l’arrivée. S’il n’est pas un grimpeur, cette défaillance a tout de même surpris. Van der Poel serait-il en train de payer sa débauche d’énergie quasi-quotidienne depuis le départ de Budapest ?

Et Van der Poel s'est écarté...

Fidèle à sa règle première

S’être imposé dès la 1re étape ne semble pas lui avoir apporté ce calme, cette patience qui caractérisent habituellement ceux qui ont déjà gagné. Non, VDP est resté fidèle à sa règle première, qui dit que de règle, il n’y a pas. Plutôt que de cibler scrupuleusement, il tire ses cartouches à tout va, cherche tous les jours ou presque à s’échapper, y compris en montagne et y compris quand une opportunité de s’imposer au sprint se profile.
Mardi, à Jesi, plutôt que d’attendre le sprint après avoir fait rouler ses équipiers toute la journée, il avait attaqué à 5km du but, en vain, pour tenter de finir en solitaire. Des watts gaspillés qui lui ont peut-être manqué dans les derniers mètres face à Girmay, alors qu’il semblait en capacité de le remonter.

Manque de chance, erreur de jugement : comment van der Poel a perdu la 10ème étape du Giro

Ne faisons pas la fine bouche. Son panache et son imprévisibilité sont un spectacle de tous les jours. Ils font en grande partie la saveur de ce 105e Giro, en attendant que les grimpeurs s'expliquent vraiment pour le maillot rose. Mais pour l’heure, d’un point de vue strictement comptable, son bilan n’est pas à la hauteur de son immense talent. Et les chances de l’améliorer ne sont désormais plus légion, alors que n’existe même plus la possibilité d’un maillot cyclamen, pour lequel il n’a jamais manifesté le moindre intérêt.

Cuneo, l’une des dernières chances de doubler la mise

Sa prochaine opportunité arrive dès vendredi avec une 14e étape assez particulière entre San Remo et Cuneo. Le tracé est court (150 km) et propose dans son premier tiers le redoutable Colle di Nava (10,1km à 6,8%). De quoi faire irrémédiablement sauter les purs sprinteurs comme Démare et Cavendish ? C’est bien possible même s’il restera au sommet 96 kilomètres à parcourir. Le reste est plat et l’arrivée plutôt taillée pour Van der Poel vu la description tirée par le site officiel du Giro : ”A l’entrée de la vieille ville, les coureurs rouleront sur des dalles pavées sur 800 mètres, avant d’aborder le dernier kilomètre. La dernière ligne droite est sur route goudronnée, avec une pente moyenne de 2,5 %.”
On ne se hasardera pas à tenter de deviner laquelle des deux tactiques il emploiera, à savoir prendre (encore) l’échappée ou contrôler avec ses équipiers pour distancer les sprinteurs et favoriser ensuite une arrivée groupée. Il possède en tout cas les deux options. Et toute latitude pour nous surprendre et inventer, pourquoi pas, un 3e scénario.
Enfin, il y aura la 18e étape de Trévise, où il sera cette fois plus difficile de piéger les sprinteurs. Pour le reste, ce ne sera que de la montagne et un chrono. Deux registres où VDP n’est pas "censé" être en mesure de jouer la victoire, censé étant ici le mot clé. Peut-être est-ce là, sur ce terrain où on ne l’attend pas, que Van der Poel peut définitivement s’assurer la réussite d’un Giro bien parti mais pour l’heure inachevé. Un numéro en haute altitude, même non couronné de laurier, ne vaudrait-il au fond pas plus qu’un éventuel 2e succès en terrain conquis ?

Mathieu van der Poel sur le Giro 2022

Crédit: Getty Images

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