La cuvée 2006 était appelée à entrer dans l'histoire. Palpitante, humaine, elle a offert onze leaders différents et la possibilité à un homme largué à plus de trente minutes au général de revenir dans la course. Un retournement de situation que l'on ne pensait plus possible. Pendant trois semaines, le public a vibré au rythme d'un drôle de Tour, un vrai spectacle, pour finalement s'extasier sur l'exploit de Floyd Landis. Une échappée victorieuse de plus de 130 km en solitaire au lendemain d'une défaillance sur l'ascension de La Toussuire. Après l'annonce de son contrôle positif à la testostérone lors de cette 17e étape, cette édition n'a plus la même saveur. Elle laisse un goût terriblement amer.

Le peloton, lui aussi admiratif devant la volonté et l'orgueil de l'Américain, est tombé de haut. De très haut. Mêmes les anciens comme Laurent Jalabert pensait que le grand ménage opéré avant le départ à Strasbourg avait en quelques sorte, réhabilité leur sport et l'épreuve après l'affaire "Puerto". "Je suis abattu, un peu écoeuré aussi, parce que depuis le départ, j'avais la conviction que ce Tour là serait un peu différent. Plus propre, explique-t-il. Et au lendemain de l'arrivée, on se rend compte que ce n'était pas le cas". "Je suis choqué, renchérit Cyril Dessel, meilleur Français cette année (7e). Après les débuts difficiles qu'on avait pu connaître... il faut attendre mais ce serait vraiment un gros coup dur pour le Tour. Le pire des coups que pourrait recevoir le cyclisme".

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Marquer les esprits

Au fond, même si la contre-expertise innocentait Floyd Landis, tous les coureurs savent que c'est l'image du cyclisme et la leur qui en pâtit. Encore. "Ça montre qu'il y a toujours des coureurs qui prennent les gens pour des imbéciles, explique Thomas Voeckler. Le public va encore se sentir floué. Il va avoir tendance à mettre tout le monde dans le même sac et on ne pourra pas lui en vouloir". "Catastrophe", "période noire", "coup de poignard" , les mots entendus ici et là sont forts mais à la mesure de l'évènement. Sans compter que, pour la première fois, les trois vainqueurs des derniers grands Tours sont tous impliqués dans des affaires de dopage: deux contrôles positifs pour Heras (Vuelta) et Landis, et de forts soupçons pour Basso (Giro).

Des directeurs sportifs, aux présidents de fédérations en passant par les organisateurs et les diffuseurs, tous ont conscience que ce cas supplémentaire va faire très mal et que le cyclisme aura du mal à s'en relever. En revanche, tout le monde s'accorde à dire que "l'affaire" Landis pourrait s'avérer bénéfique. Pour la première fois de l'histoire, un vainqueur de Tour va sans doute être déchu de son titre. "Le fait que ce soit lui qui ait été attrapé, c'est encore un mal pour un bien , se console Marc Madiot, le directeur sportif de la Française des Jeux. Ça va frapper plus fort les esprits". "C'est quelque chose de positif que ce soit un grand nom du cyclisme, déclarait hier le porte-parole de la T-Mobile, Christian Frommert. Tout le monde va enfin prendre conscience qu'un changement radical et profond est nécessaire dans le cyclisme professionnel."

Bassons: "Une erreur de débutant "

Les mauvaises langues iront jusqu'à dire qu'un "karcher" serait bien utile pour un lavage intégral. Mais sera-ce suffisant? Pas sûr. "Il faut continuer à nettoyer l'écurie mais ce ne sera peut-être jamais possible , se désespère Tom Boonen. Il y aura toujours quelqu'un qui essayera de tricher. Il est temps que la barre soit placée au même niveau pour tout le monde". Même son de cloche chez Christian Prudhomme. "On ne lave pas plus blanc que blanc et il y aura encore des moments difficiles à passer. Nous y sommes. Il faut sans doute en passer par là. Nous avions dit que nous avions gagné une bataille mais la guerre n'est pas terminée."

Seule "satisfaction" pour le directeur du Tour, l'étau se resserre pour les tricheurs. La testostérone a déjà donné lieu à des affaires retentissantes, mais la plupart à la fin des années 80, avant que l'EPO ne devienne le produit dopant vedette. "On parlait toujours du train d'avance des tricheurs par rapport à ceux qui les poursuivent. C'est de moins en moins vrai et on peut s'en réjouir. Qui peut dire aujourd'hui qu'il va passer entre les mailles du filet ? Il va falloir être fou pour continuer à tricher", ajoute Prudhomme. Fou ou sans doute un peu plus intelligent que Floyd Landis. Comme le dit ironiquement l'ancien Mr Propre du cyclisme, Christophe Bassons, l'Américain a commis "une erreur de débutant". On espère, pour le bien du cyclisme, que tous les tricheurs, feront la même.

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