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Ricco rime avec EPO
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Publié 18/07/2008 à 07:45 GMT+2
Troisième cas de dopage sur le Tour mais le poisson est plus gros. Riccardo Ricco (Saunier Duval) a été contrôlé positif à l'EPO. L'Italien, 9e du général, avait remporté 2 étapes de montagne et portait le maillot blanc et le maillot à pois. La Saunier Du
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Le Cobra s'est fait piquer. A son tour. Un de plus dans un sport qui n'avait pas besoin de voir son étoile montante déchue si vite. Le Tour du renouveau n'aura finalement duré que quelques jours. Après 11 étapes, le côté obscur du cyclisme a repris le dessus. Manuel Beltran, Moises Duenas: personne ne se souviendra que eux aussi ont été rattrapés par la patrouille antidopage. L'Agence Française de Lutte contre le Dopage (AFLD) a coincé un plus gros poisson en la personne de Riccardo Ricco, 2e du dernier Giro. L'Italien a été contrôlé positif lors du contre-la-montre de Cholet (4e étape), avant ses deux succès d'étape à Super-Besse et Bagnères-de-Bigorre qui lui seront très probablement retirés, pour le plus grand bonheur d'Alejandro Valverde et Vladimir Efimkin.
Une réunion de crise avait été organisée en urgence mercredi soir par ASO. Après les orages Beltran et Duenas, dans le cercle de l'organisation, on laissait entendre qu'une tornade s'annonçait pour le lendemain à Lavelanet. Un Français, une pointure? C'était en tout cas une véritable bombe pour un Christian Prudhomme alors au quinzième dessous. Et c'est bel et bien un tsunami qui s'est abattu sur le peloton. Les urines du grimpeur de Saunier Duval ont révélé des traces d'une EPO de troisième génération, selon le site de L'Equipe. L'Italien aurait utilisé la CERA (Continuous Erythropietin Receptor Activator), mis "sur le marché" il y a seulement un an et demi. La dernière provocation de l'Italien, jamais avare en déclarations, mais qui s'est fait discret alors que la gendarmerie effectuait une descente auprès du bus de la formation espagnole au départ de la 12e étape, jeudi à Lavelanet.
"C'est une super nouvelle !"
"J'ai envie de l'aimer et j'espère du fond du coeur qu'il ne se moque pas de nous, parce que ce qu'il fait sur un vélo, c'est quand même beau !" déclarait un néanmoins soupçonneux Jean-René Bernaudeau dans les colonnes du journal L'Equipe. Nous aussi, on aurait bien aimé croire à un véritable renouveau tel que les organisateurs du Tour en rêvaient. On croyait que l'EPO n'était qu'une affaire de vieux briscards comme Beltran à la traîne derrière la jeune garde. Une vieille école qui a, 37 ans, pensait encore pouvoir passer entre les mailles du filet avec l'EPO, détectée pourtant depuis une dizaine d'année. Puis, ce fut Duenas, 27 ans seulement, dont des poches de sang furent retrouvées à son hôtel. Comme le dopage, l'EPO évolue. La lutte aussi. "C'est une super nouvelle ! nous confiait Romain Feillu au départ. Toutes ces têtes qui tombent les unes après les autres c'est exactement ce dont on a besoin pour purger notre sport, même si ce sont évidemment des moments difficiles à passer pour tout le monde."
Ricco faisait partie des coureurs ciblés par l'AFLD après les résultats positifs d'une vingtaine de coureurs lors de prélèvements sanguins effectués avant le Tour. Pourtant, le Cobra avait été maintes fois contrôlé avant le départ. Sans résultat. Il invoquait un taux d'hématocrite naturellement élevé qui faisait beaucoup jaser les plus suspicieux. "Je suis très serein. Mes valeurs sont hautes, mais elles sont normales pour moi, ce sont celles que j'ai depuis mon enfance, avait-il expliqué au soir de sa première victoire à Super-Besse. J'ai un certificat de l'UCI prouvant que ces valeurs sont naturelles. J'espère qu'on va arrêter de parler de ça." Malheureusement, ce n'est qu'un début. Sans doute, l'instauration du passeport biologique un peu plus tôt aurait permis d'éviter ce genre de nouvelles affaires... Mais il est en marche et commence à porter ses fruits.
Tout pour séduire...
Pourtant, l'Italien avait tout pour séduire dans le monde du cyclisme parfois un peu trop chloroformé. Une grande gueule, du panache et une vraie soif de victoire. Deux succès d'étape dans sa besace depuis le départ de Brest et avec le panache même à Super-Besse après une chute et un poignet touché, un maillot à pois et un maillot blanc en prime. Un style qui n'était pas sans rappeler un Marco Pantani ou un Alexandre Vinokourov... Mais, derrière le talent, se cachait une fois de plus une plaie trop récurrente. Le dopage semble devoir assombrir les moindres exploits des champions, même quand le talent est déjà clair et évident. "Je n'arrive pas à comprendre que certains continuent d'avoir cette attitude alors qu'ils savent pertinemment qu'ils ont de très fortes "chances" d'être pris, renchérit Francis Von Londersel, directeur sportif de Cofidis. Je finis par croire que ces gens-là sont des pervers. Le Tour garde sa légitimité. Elle est même renforcée grâce à ces contrôles qui fonctionnent de plus en plus."
Christian Prudhomme avait lu une charte avant le départ du Tour, dans toutes les langues. "Certains ne l'avaient pas comprise, soit avaient fait exprès de ne pas l'entendre" ironise Marc Madiot (Française des Jeux). Si ce nouveau contrôle est un coup dur pour le cyclisme, c'est une nouvelle victoire pour la lutte contre le dopage française. "Les mots ne seront jamais assez durs pour exprimer le mal qu'ils font au vélo, déclarait à chaud Bernaudeau à l'annonce de ce nouveau contrôle positif. Aujourd'hui, j'ai envie de dire : ça suffit ! C'est toujours la même chose. Ce sont des bandits qui volent les victoires et la gloire des coureurs. Ils n'avaient déjà pas beaucoup de crédibilité mais aujourd'hui ils n'en ont plus."
Ricco avait déjà été impliqué dans une affaire de trafic de produits dopants voilà deux ans, à l'issue d'écoutes téléphoniques. Une mise en examen non suivie d'effets. Le Tour de l'Italien s'est, cette fois, arrêté dans une voiture de Saunier Duval, encadrée par la police, et sous les sifflets du public à sa sortie du bus de son équipe. Une triste fin pour un coureur d'à peine 24 ans. Aucun de ses équipiers n'a pris le départ, sans pression d'ASO a-t-on annoncé du côté de Saunier Duval dont le directeur sportif envisage néanmoins d'arrêter après ce 2e cas positif à l'EPO en deux ans (Iban Mayo sur le Tour 2007). "Ça fait 57 ans que je consacre ma vie au cyclisme, j'en ai marre. J'arrête tout, a déclaré Pietro Algeri, sous-entendant "la suspension provisoire" de son activité sur toutes les courses. Pour le reste du peloton, c'est un nouveau coup de bambou sur le crâne. En en attendant sans doute d'autres...
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