Alaphilippe : "Cette journée, c'est un truc de malade !"

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TOUR DE FRANCE – Vainqueur de sa deuxième étape en l'espace d'une semaine, Julian Alaphilippe est passé par toutes les émotions mardi avant de s'imposer à Bagnères-de-Luchon. Sa descente épique du Portillon a bluffé ses adversaires et sans doute pousser à la faute Adam Yates, lui ouvrant les portes de ce succès qu'il n'est pas près d'oublier.

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Julian Alaphilippe avait déjà pleinement réussi son Tour de France en gagnant au Grand-Bornand mardi dernier. Mais avec son deuxième succès, une semaine plus tard pile poil, à Bagnères-de-Luchon et un maillot à pois solidement ancré sur ses épaules (il a plus que doublé son avance sur son dauphin mardi), il n'est plus très loin d'un extraordinaire enchainement belote, rebelote et dix de der sur les Champs. Mais au-delà de tout ça, il y a l'émotion, et le coureur de Quick Step en a eu plus que sa dose dans cette première étape pyrénéenne. "Cette journée, c'est un truc de malade, une journée que je n'oublierai jamais", a-t-il résumé.
Le Tour n'est jamais aussi grand que quand il associe cruauté et beauté, comme dans cette descente du Portillon, où Adam Yates a tout perdu au profit d'Alaphilippe en chutant à sept petits kilomètres de l'arrivée. "J'ai déjà pris plus de risques que ça dans des descentes plus techniques sans avoir de problèmes, peste, fataliste, le Britannique. Quand vous êtes si près de gagner une étape du Tour, c'est vraiment dur, pour moi mais aussi pour l'équipe. Mon moral est au plus bas, je dois dire."
Mais si Adam Yates a chuté, Julian Alaphilippe n'y est pas pour rien. Le coureur de l'équipe Mitchelton-Scott ne serait sans doute pas parti à la faute s'il n'avait pas eu le vainqueur de la Flèche Wallonne aux trousses. "Quand vous avez Alaphilippe, un des meilleurs descendeurs du monde, qui arrive aussi vite, ça met beaucoup de pression, confirme le directeur sportif de Mitchelton, Matt White. Adam a pris des risques, mais il était obligé de le faire. J'étais juste derrière Alaphilippe, et certaines positions qu'il a prises dans la descente, je n'avais jamais vu ça de ma vie."
Mais le Français, lui, savait où il mettait les pieds dans cette descente. "J'avais reconnu l'étape avec Bob Jungels, notamment le final, et je savais que c'était très piégeux, explique-t-il. Malheureusement Adam Yates est tombé, j'étais un peu déçu pour lui, mais ça aurait pu m'arriver. C'est la course. J'ai jeté un œil en le passant pour être sûr qu'il était O.-K. Je suis désolé pour lui, vraiment. On a pris beaucoup de risques tous les deux. Mais pour moi, le risque a payé. On aurait pu tomber tous les deux. Franchement, c'était lui ou moi." A Yates les regrets, à lui le jackpot.
Showman de la descente, il fait tout ça à l'instinct. On l'a ou on ne l'a pas. "Je n'ai jamais appris à descendre, dit-il. Il faut savoir prendre des risques mais aussi rester concentré et vigilent. Je ne pense pas que ce soit quelque chose qui se travaille. Ça fait partie des choses que j'ai déjà en moi. Je ne dis pas que je suis le meilleur descendeur du peloton mais on va dire que je préfère descendre que monter. Il faut juste être en accord avec son vélo, avoir de la confiance en soi. Mais pas trop."
Paradoxalement, ce n'est pourtant pas la journée où il s'est senti le plus à l'aise. Julian Alaphilippe a dû courir au moins autant avec la tête et le cœur qu'avec les jambes dans cette première étape pyrénéenne. "Aujourd'hui, je sentais dans les jambes que je n'étais pas à 100% et honnêtement, vu les sensations, j'ai eu du mal à croire que je pourrais le faire", assure le maillot à pois. Mais il a fini par se convaincre qu'il n'était pas le seul dans le dur. "Je me suis arraché la tronche toute la journée mais les autres aussi étaient à bloc", poursuit le natif de Saint-Amand-Montrond.
A bloc, le mot d'ordre du jour, à l'écouter : "ça été une grosse journée de souffrance, l'échappée a mis énormément de temps à partir. Ça a été à bloc du départ à l'arrivée, c'était un truc de malade, 220 bornes à bloc. Je suis vraiment exténué. Je n'en reviens même pas, c'est un truc de malade !"
Très ému au Grand-Bornand d'avoir gagné devant sa famille, Alaphilippe apprécie cette victoire différemment, sans doute parce qu'il est allé la chercher beaucoup plus loin. "C'est une immense joie, il n'y a pas de mots. C'est juste du bonheur", souffle-t-il. Maintenant, il s'attend à payer l'addition dès mercredi. Mais à vrai dire, il s'en moque un peu : "La suite, ce ne sera que du bonus de toute façon."
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