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Le Tour en France, plus que le Tour de France

Le Tour en France, plus que le Tour de France

Le 26/10/2018 à 08:23Mis à jour Le 26/10/2018 à 15:53

TOUR DE FRANCE 2019 - Les grincheux vont encore s’en donner à cœur joie : le Tour 2019 oublie tout l’Ouest du pays. Mais à part dans les premières années (et encore !), il y a bien longtemps que le Tour de France ne fait plus le tour de la France. Et c’est tant mieux.

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C’est parti ! Sur les réseaux sociaux, devant les chaînes d’info, au café du commerce, la vieille rengaine est de retour : "Ce n’est plus le Tour de France !", "Le Tour de France n’en a que le nom !". Confrontés à la carte du Tour 2019, 106e du nom, qui se courra exclusivement à l’est d’une ligne Pau-Reims, les bons esprits ne vont pas manquer de se lamenter. Comme avant les Tours 2018, 2017, 2016, 1998, 1987 ou 1968. Comme d’habitude, quoi, depuis le Tour quasi parfait de 1947 (qui était aussi passé par Bruxelles).

Car au fond, depuis quand le Tour de France ne fait-il plus le Tour de la France ? Petit coup d’œil aux archives. Surprise : en 1903, le Tour part de Montgeron pour faire étape à Lyon, Marseille, Toulouse, Bordeaux et Nantes. C’est beau comme une réforme territoriale dessinée sur un coin de bureau par François Hollande. Mais où sont passés Nice, Lille et Strasbourg ? Rien qu’à l’œil nu, et on ne parle pas de ce qui est au cœur du pays, le Tour n’est déjà pas "Le" tour. C’est "Un" tour. Normal : comment diable voulez-vous faire le tour d’un pays qui a une gueule pareille ? Vous avez vu le Cotentin ? Et la Bretagne ? Et l’emplacement où ont poussé les Alpes ?

37 départements en 2019

En 1905, le parcours s’élargit un peu, vers Nancy, Besançon, Toulon, Rennes et Caen. En 1906, c’est presque parfait : Paris-Lille-Nancy-Dijon-Grenoble-Nice-Marseille-Toulouse-Bayonne-Bordeaux-Nantes-Brest-Caen-Paris. En 1926, on pousse jusqu’à Cherbourg, Evian, Brest, Nice et Briançon.

Il faut attendre 1939 pour que le Tour aille à Troyes, 1951 pour qu’il s’attarde à Limoges et Clermont-Ferrand, 1952 pour qu’il atteigne Vichy (où il était urgent d’effacer quelques cruels souvenirs), 1955 pour rallier Tours, 1976 pour oser Tulle, 1995 pour se rappeler que Mende existe au cœur de la Lozère (mais quelle arrivée, n’est-ce pas Laurent Jalabert ?) et 1998 pour faire écho aux Tontons flingueurs en quittant Montauban pour aller se perdre en Corrèze avec l’affaire Festina.

Certaines années, c’est vrai, le visuel même du Tour laisse rêveur : en 2017, la course est éclatée en une douzaine de morceaux ; en 2015, il semble y avoir deux épreuves, l’une d’Utrecht à Vannes et l’autre de Tarbes à l’Alpe d’Huez ; le Nord et l’Est sont oubliés en 2016, l’Ouest snobé en 2017 comme en 2012 et 2014. En 2013, une partie du Sud-Ouest, tout le Nord et l’Est sont zappés… mais la course va enfin en Corse. En 2018, l’Ouest est gâté. En 2019, ce sera donc le contraire avec tout de même 37 départements visités.

Sprinteurs / grimpeurs, Ouest / Est... Impossible de contenter tout le monde

Ainsi va la course, avec ses impératifs : des étapes dans les Alpes et les Pyrénées chaque année, parfois dans les Vosges et le Massif central (ce sera le cas en juillet prochain) sans oublier de temps en temps le Jura. Il faut du plat pour les sprinters, des cols pour les grimpeurs, de la moyenne montagne pour les puncheurs, un peu de contre-la-montre pour les rouleurs (rendez-vous à Pau le 19 juillet, jour des 100 ans du maillot jaune), deux journées de repos, des villes volontaires pour accueillir la course et une grosse capacité hôtelière alentour. Autant dire, pour les organisateurs, un épisode de Mission Impossible chaque été.

Vidéo - Trente cols et trois arrivées à plus de 2000 m : découvrez le parcours du Tour 2019

05:08

Mais, pardon de cette banalité, ce sont les coureurs qui font la course. Et si le Tour avait, de tous temps, effectué vraiment le tour de la France, on n’aurait pas eu l’épaule contre épaule de Jacques Anquetil et Raymond Poulidor dans le Puy-de-Dôme en 1964. Ni l’incroyable échappée du Futuroscope en 1990.

Ah, au fait, pour ceux qui diraient qu’en plus, le Tour part de l’étranger (à Bruxelles pour le 50e anniversaire de la première victoire d’Eddy Merckx), je signale que c’est déjà arrivé à 22 reprises avec une première fois à Amsterdam. Wout Wagtmans avait gagné la première étape et Louison Bobet le Tour. C’était en 1954, sous la IVe République, au moment de la fin de la guerre d’Indochine. Ce qui ne rajeunit personne.

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