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La peur, cette inévitable compagne du coureur
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Publié 24/07/2018 à 19:48 GMT+2
"La chute est au cyclisme ce que le hors-jeu est au football", selon Cédric Vasseur, le manager de l’équipe Cofidis. Ces risques se sont multipliés ces dernières années. La cause : des pelotons nerveux, la perte de contrôle du vélo ou encore la multiplication d’éléments extérieurs sur les routes. Ces dangers peuvent entraîner une sorte d’anxiété chez les cyclistes. De là à avoir peur ?
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"On se fait peur sur toutes les courses". La majorité des coureurs l'affirme. Frotter, chuter, descendre un col… Ce sont les premières notions qui viennent à l’esprit quand on parle de peur dans le cyclisme. Connus pour leurs talents d’équilibriste, les coureurs ne sont pas à l’abri de grosses frayeurs. Tous ont un souvenir précis de la dernière fois où ils se sont vus au tapis.
Lors du Tour de la Provence, cette année, David Gaudu (Groupama-FDJ) s’est retrouvé en mauvaise posture à environ 50 km/h : "À un kilomètre de l’arrivée, je me suis retrouvé assis sur le cadre, après avoir pris un trou. Ma main a glissé. Je pilotais le vélo avec les épaules et là, j’ai flippé. Il y avait un virage à 500m, j’ai fait 400m sur le cadre, je me suis relevé et j’ai eu le temps de freiner." Quand la peur est trop forte, il est difficile de réagir à un imprévu comme celui raconté par le grimpeur français.
L’inquiétude grandit lorsque le coursier n’est pas au mieux mentalement. "C'est cette force psychologique qui permet d’éviter les pièges du cyclisme. Quand vous êtes un peu perturbé, vous pouvez manquer d’attention à des moments critiques de la course", explique Cédric Vasseur. Pour Kevin Reza (Vital Concept), "le gars qui n'a pas confiance est un danger pour le peloton." Pourtant, lui aussi peut "appréhender" certains débuts de course et être "un petit peu nerveux" à l’approche de parcours accidentés.
Danger, le mot est fort. Mais comme le rappelle Thomas Boudat (Direct Energie), "les chutes sont de plus en plus fréquentes dans le peloton. Ceux qui n’arrivent pas à maîtriser leur vélo, qui cherchent à se placer en faisant n’importe quoi", sont une des causes du nombre d’accrochages et d’accidents de plus en plus nombreux. Ces risques mettent à rude épreuve le mental lors des courses importantes. Virginie Dalla Costa, psychologue et préparatrice mentale d’AG2R La mondiale, témoigne des propos que certains coureurs lui rapportent. A l’approche de courses comme les Classiques, ils ont "des mots très forts". "Ils jouent presque leur vie, car il faut arriver devant sur des passages délicats ou mettre le leader en bonne position."
Extérieurs à la course, les éléments de signalisation des routes (ronds points, changements de direction et îlots directionnels par exemple) se sont multipliés. Associés à un engagement physique et à une nervosité croissants, ils créent une nouvelle source de crainte. "Les consignes font que là où on ne peut passer qu’à 40 coureurs, on veut passer à 100", souligne Cédric Vasseur.
Ces obstacles bloquent les acteurs n’aimant pas jouer des coudes pour garder leur place à l’avant du peloton. Ce type de cycliste est reconnaissable. "C’est un coureur crispé sur son vélo. Il n’arrive plus à être détendu, il va être plus agressif sur ses freins. Et forcément quand on est sur une section de 25 mm, la moindre erreur de pilotage peut être fatale", décrit le manager de Cofidis.
La chute n'impacte pas que le coureur
La tension est tout aussi présente chez les managers et les directeurs sportifs qui peuvent voir leur plan contrarié. Bien qu’ils ne soient pas touchés physiquement, "la chute peut avoir le même impact négatif, sur le rendement de l’équipe"; reprend Vasseur. Ils jouent un rôle important dans le message qu’ils portent pour rassurer les coureurs dans le doute. "Il vaut mieux parfois perdre quelques places dans le peloton, voire perdre une étape plutôt que de quitter la route du Tour de France." C’est le discours qu'a tenu Cédric Vasseur pour désamorcer toute forme de nervosité au départ du Tour 2018. La communication pour estomper les crispations, l’un des domaines dans lequel intervient le préparateur mental de l’équipe.
Autres cyclistes susceptibles d’être sujets à la peur, ceux qui reviennent de blessure. Après son effroyable chute sur le Tour d’Espagne 2016, Kevin Reza s’est demandé s’il fallait remonter sur le vélo. Dans son cas, le questionnement n’a pas duré, à peine"une demi-journée". Pour revenir, il a pu compter sur ses proches et sa famille. Quand le cercle familial n’est pas suffisant, un autre moyen permet de contrôler sa peur : la préparation mentale. De plus en plus présente dans le sport en général, cette dernière est encore peu utilisée dans le cyclisme. "Globalement, on est un peu en retard par rapport à ces méthodes. Les Anglo-saxons, comme l’écurie Sky, sont un petit peu plus en avance" constate Cédric Vasseur.
L'analyse psychologique, pratique d'avenir ?
La préparation mentale aide tous les sportifs et tous les encadrants "à trouver des solutions afin de permettre au coureur d’avoir moins peur, explique Virginie Dalla Costa. Je vois au niveau d’AG2R La mondiale, c’est une méthode qui est aujourd’hui vraiment acceptée. Tout le monde (coureurs, membres du staff) a compris que cela pouvait apporter un plus. Et que ce n’est pas suffisant. Si le coureur arrête de s’entraîner, il peut faire de la préparation mentale tant qu’il veut, cela ne va pas l’aider à être performant. La préparation mentale est vue parfois comme un outil magique, or c’est de l’entraînement sur tout ce qui relève de la gestion émotionnelle."
Il existe de multiples manières pour amoindrir chaque appréhension selon elle : "S’il y a une peur liée à une chute et à un traumatisme, on va rentrer dans de la psychologie, en utilisant des techniques liées au stress post traumatique. Pour la peur des frottements, il y a des exercices notamment sur piste." Le préparateur mental va alors identifier, avec le coureur, des moments où il a réussi à frotter. Le but ? "Analyser ce qu’il a mis en place pour arriver à frotter à ce moment-là. Le rôle du préparateur mental, c’est d’aller sur de la réussite et de recréer les situations où justement le coureur peut se mettre en confiance", développe celle qui intervient au sein de l’équipe savoyarde.
Convaincu par cette pratique, Cédric Vasseur compte bien faire appel à un spécialiste "pour gérer cette peur". Au point physiquement, les cyclistes, dans la quête de la performance, cherchent à optimiser leur mental. Une clé de la réussite ? Gérer sa peur, la comprendre, c’est mettre en place des mécanismes de réussite pour arriver au succès.
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