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Les débats du Tour : La 17e étape peut-elle faire pschitt ?

Les débats du Tour : La 17e étape peut-elle faire pschitt ?
Par Eurosport

Le 25/07/2018 à 12:44

TOUR DE FRANCE - Chaque jour, trois questions sont posées à des membres de la rédaction. Chacun donne son point de vue et vous invite à prendre part à la discussion. Au menu la Movistar, Alaphilippe et la 17e étape de mercredi.

A quoi joue la Movistar ?

  • Julien Chesnais

On se le demande bien. Lundi, la formation espagnole clamait son envie d'attaquer les Sky lors des deux premières étapes pyrénéennes. Oui, elle disait vouloir renverser la table. Finalement, Il n'en a rien été lors du premier opus, hormis une timide escarmouche de Landa au sommet du Portillon. Plutôt que les grandes manœuvres, la Movistar a davantage joué petit bras en collaborant avec l'équipe Sky dans la vallée précédant l'ascension finale. Pourquoi une telle alliance avec son grand ennemi ?

Je ne vois que deux raisons qui peuvent l'y avoir poussé. Et elles ne sont pas vraiment louables pour une équipe qui dit rêver de maillot jaune. Primo, la présence de Latour dans l'échappée menaçait Valverde (on parle là d'une 11e place…). Deuxio, elle pouvait perdre le leadership au classement par équipes au profit de Bahrain-Merida (et elle l'a d'ailleurs perdu pour une minute). Un classement dont à peu près tout le monde se moque, hormis les sponsors. Mais qui rapporte assez gros pour le vainqueur à Paris (50 000 euros contre 30 000 pour le 2e). On ne peut pas dire que Movistar ressort grandie de cette première journée pyrénéenne. A charge de revanche mercredi ?

  • Laurent Vergne

Aux épiciers en chef du peloton. En théorie, les Pyrénées devraient permettre à une équipe comme Movistar, qui, rappelons-le, dispose de trois coureurs parmi les 11 premiers du classement général (dont deux à moins de 4'30" du maillot jaune), de secouer la hiérarchie en place. Qu'ont-ils à perdre ? Rien. Mais le cyclisme moderne étant ce qu'il est, il faut préserver ses intérêts en toutes circonstances. En l'occurrence, il s'agissait du classement par équipes. Conséquence, la formation espagnole s'est sentie obligée de relayer la Sky en tête de peloton. Et Dave Brailsford a dû se gondoler.

Pour être tout à fait juste, les Movistar ne sont pas les premiers ni les derniers à agir de la sorte. Année après année, on voit des équipes rouler pour défendre des positions parfois dérisoires, comme une 8e ou une 9e place au classement général. A la limite, se battre pour gagner le classement par équipes est plus noble. Reste qu'il est dommage de voir une équipe aussi solidement armée privilégier la petitesse de ses intérêts à la possible grandeur de ses ambitions. S’accrocher au petit pécule que l'on a, plutôt que de tenter de conquérir ce à quoi on pourrait aspirer. C’est un cyclisme de pingres.

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Alaphilippe peut-il devenir autre chose qu'un homme de coups sur le Tour ?

  • Julien Chesnais

On tient là un fantasme assez franco-français. Dans la quête interminable du successeur de Bernard Hinault, il est tentant de déceler en un champion naissant les traits d'un futur vainqueur du Tour. Ou en tout cas d'un prétendant au général. Chavanel a été mis dans cette case-là, on connaît le résultat.

Alaphilippe n'est pas un coureur de général. Et il ne le sera (très) probablement jamais. Il fait certes un grand Tour, avec deux victoires en montagne et un maillot à pois en très bonne voie, mais la très haute-montagne n'est pas dans son registre. Pas encore pourrait-on dire ? Son entraînement est dédié à développer ses qualités de punch, à bouffer du lactique, et il pourrait bien décider de travailler davantage l'enchainement des cols, son point faible. Mais pour quelle garantie de résultat ? Dans le futur, Alaphilippe serait bien audacieux s'il décidait de mettre en danger son statut de meilleur puncheur du monde (avec Valverde) pour devenir un hypothétique podiumable du Tour de France. Et puis, c'est dans sa nature d'être un homme de coups. Ça lui réussit. Y compris sur le Tour. Pourquoi vouloir devenir autre chose ?

  • François-Xavier Rallet

Cette saison, Julian Alaphilippe est dans la forme de sa vie : la Flèche Wallonne, une étape du Dauphiné, deux étapes du Tour du Pays Basque, et maintenant deux étapes du Tour de France et un maillot dont les pois prennent de plus en plus d'épaisseur. Il est indéniable que les progrès du Français sont monstrueux en 2018. Il n'a jamais été aussi fort mais doit-on, pour autant, comme a émis l'idée Richard Virenque dans les Rois de la Pédale, en faire un candidat au classement général d'un grand Tour dans les années à venir ? Au vu de ses qualités actuelles, je n'irai pas dans ce sens. Je parle bien de ses qualités "actuelles".

Ce rôle d'électron libre lui colle tellement bien à la peau aujourd'hui. Sa polyvalence lui permet d'exceller un peu partout. Et qui peut oser remettre en cause le panache dont il fait preuve à chaque fois ? Reste à savoir ce qu'ambitionne le coureur himself. Car, c'est ça le point de départ. Pour l'instant, le rôle dont il jouit est idéal. Voudra-t-il en changer ? Lui seul a la réponse.

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La 17e étape peut-elle faire pschitt ?

  • Laurent Vergne

Si, par malheur, la montagne devait accoucher d'une souris, je ne veux entendre personne râler après Christian Prudhomme mercredi soir. Le parcours ceci, l'arrivée mal foutue cela, le dernier col trop ça ou pas assez ceci... Non, là, le patron du Tour et ses équipes ont mis toutes les cartes entre les mains des coureurs pour qu'ils offrent un spectacle magnifique. En réduisant à 65 kilomètres ce 17e acte, mais en y distillant trois ascensions majeures, avec une dernière montée assez terrifiante, jusqu'à son dernier kilomètre dantesque, les organisateurs ont fait preuve d'une belle audace. Puissent les ténors leur emboiter le pas.

Sachant qu'il ne s'est rien passé mardi (pour le général, s'entend) et que la dernière étape de montagne sera au surlendemain de celle de Saint-Lary-Soulan, tout est vraiment réuni pour un feu d'artifice. Potentiellement, c'est l'étape la plus difficile à maitriser pour les Sky. Peut-être même la seule. Malgré tout, je ne serais pas totalement surpris si certains, comme Romain Bardet ou les Movistar, attendaient la dernière ascension pour tenter quelque chose. Ce qui serait une façon de faire comme d'habitude, quand tout invite à agir différemment. Alors, faire pschitt, peut-être. Mais être aussi exceptionnelle que ne l'est le tracé de cette étape, j'ai comme un doute. Qui ne demande qu'à être levé.

  • François-Xavier Rallet

65km, trois cols monstrueux et un tout petit peu plus de deux heures de course pour arriver au sommet du Tour 2018, à 2215m d'altitude. Sur le papier, on ne va pas se mentir, cette 17e étape entre Bagnères-de-Luchon et Saint-Lary-Soulan s'annonce prometteuse et spectaculaire. Mais cette ascension finale (16km à 8,7%) fait peur au peloton. Très peur. Au point d'escamoter les deux premières difficultés du jour (la montée de Peyragudes, 14,9km à 6,7%) et le Col de Val Louron-Azet (7,4 km à 8,3%) ? Je ne l'espère pas.

Mais on ne peut pas dire que les favoris au classement général prennent des risques depuis la prise de pouvoir du Team Sky. Cela va-t-il changer mercredi avec cet opus qui se prête à toutes les folies ? On croise les doigts pour que tout s'emballe dès les premiers mètres de la rampe initiale. Ça serait fantastique. On l'aura bien mérité. Car soyons honnête : pour l'heure, ce Tour 2018 ne rentre pas dans les annales de l'épreuve pour l'instant.

Vidéo - Le profil de la 17e étape : 65km de pur bonheur ?

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