Les débats du Tour : Quintana peut-il encore rêver au maillot jaune ?

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TOUR DE FRANCE - Chaque jour, trois questions sont posées à trois membres de la rédaction. Chacun donne son point de vue et vous invite à prendre part à la discussion. Au menu : Chris Froome, Nairo Quintana et Romain Bardet.

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Froome a-t-il perdu le Tour ?

Chris Froome a pris un coup de massue sur le casque. La tête basse, les yeux rivés sur son capteur de puissance (ça, ça ne change pas), la langue tirée. Certains signes ne trompent pas. Dans son duel avec Geraint Thomas, l'Anglais a donc été le premier à craquer ce mercredi. Alors que tout le monde ne cesse d'affirmer que le Gallois n'aime pas les troisièmes semaines, c'est lui, le quadruple vainqueur de l'épreuve qui a pris une petite gifle sur le coin de la joue. Au point de ne plus envisager une victoire finale dans quatre jours sur les Champs-Elysées ? C'est mon avis même si rien n'est écrit dans le marbre évidemment.
Le Tour est loin d'être fini mais l'attitude de Froome ne m'inspire rien de bon. Alors dans un passé récent, - personne n'a oublié son numéro au Finestre lors du dernier Giro - il a prouvé qu'il était capable de renverser une situation quasi-perdue mais sur ce Tour 2018, Froome ne semble pas évoluer au même niveau. A l'arrivée de cette 17e étape, il a reconnu la supériorité de son équipier et a avoué vouloir se battre pour l'équipe et… Thomas. Coup de bluff pour mieux le surprendre vendredi ? Je n'imagine pas un tel scénario.
Il est très tentant de répondre par l'affirmative. Cela fait un petit moment que je suis convaincu que Geraint Thomas finira ce Tour devant Chris Froome, donc je me vois mal me dédire maintenant. Mais c'est Froome. S'il n'avait pas gagné quatre fois le Tour, s'il n'était pas le tenant du titre des trois grands tours, s'il n'avait pas tout fait exploser à deux jours de l'arrivée du dernier Giro au mois de mai alors que sa situation était beaucoup plus compromise qu'elle ne l'est aujourd'hui, je dirais "oui" à 100%.
Parce que c'est Chris Froome, je préfère rester prudent. Ceci étant posé, rien de ce que le Britannique a montré en montagne depuis plus d'une semaine n'incite à penser qu'il peut renverser la table dans le Tourmalet ou l'Aubisque. Ses attaques, rares, n'ont jamais fait mal comme elles ont pu le faire dans le passé. Et dans le col de Portet, il a affiché sa faiblesse, même relative, au grand jour. Pour que Froome remporte ce Tour, il aura besoin d'un numéro digne de celui du Giro, en partant de loin. En est-il capable ? En aura-t-il le loisir, sachant que, désormais, le leadership est clairement établi chez Sky ? C'est tout de même assez peu probable.

Quintana peut-il encore rêver au maillot jaune ?

Cela en surprendra sans doute beaucoup, mais oui. Je le répète depuis une semaine, je trouve Quintana très fort cet été, même si la chaleur lui a joué des tours. Vendredi, l'étape est monstrueuse sur le papier (six cols) et on annonce des températures plus fraîches que dans les Alpes, comme cela été le cas mercredi. En confiance après son succès au Col du Portet, son Tour déjà "sauvé", le Colombien n'a désormais plus rien à perdre. Souvent qualifié d'attentiste, Quintana est capable d'offensives lointaines, à l'image du Giro 2014 (étape du Val Martello) et de la Vuelta 2016 (étape de Formigal). D'autant qu'il a l'équipe pour faire exploser le peloton de loin, peut-être dès l'Aspin, à 120km de l'arrivée.
Bien sûr, Thomas est très costaud jusqu'ici et compte encore 3'30'' d'avance sur le Colombien. Et il reste aussi Dumoulin, Froome et Roglic, qui possèdent entre 45'' et 1'30'' de marge. Mais, les quatre ont une chance de connaître un jour sans, que ce soit par manque de référence sur trois semaines jusqu'ici (Thomas et Roglic) ou par fatigue liée au Giro (Dumoulin et Frooem). Et, en cas de moins bien, cette avance pourrait paraître bien maigre. Alors, bien sûr, gagner le Tour – et même monter sur le podium - sera dur pour Nairo Quintana, avec le chrono. Mais, avec un Colombien en jambes, tout est possible. Le dernier Giro nous aura au moins appris cela.
Théoriquement, oui. Comme souvent, le Colombien semble donner sa pleine mesure en troisième semaine. Là où d'autres calent, lui accélère. Quintana a repris place dans le Top 5 et il n'est qu'à une toute petite minute du podium. Le maillot jaune ? C'est probablement trop peu, trop tard pour le leader de la Movistar.
Pour être en jaune à Paris, il lui faudra livrer un numéro d'anthologie dans la dernière étape pyrénéenne vendredi, tout en comptant sur un tassement très net de Geraint Thomas. Car le chrono de samedi, même s'il n'est pas taillé pour les purs rouleurs, ne devrait pas lui être favorable. Même le maillot jaune vendredi, ce sera compliqué, sans parler de le conserver le lendemain. Bref, le podium, pourquoi pas. La victoire finale, sans doute pas, à moins d'un concours de circonstances dont il ne peut maitriser tous les paramètres.

Que peut encore espérer Bardet ?

La quête du maillot jaune envolée depuis bien longtemps, Romain Bardet a vu ses espoirs d'accrocher un troisième podium consécutif sur le Tour se consumer dans l'ultime ascension de cette 17e étape. Relégué à la 8e place du classement général, à plus de cinq minutes de Geraint Thomas, le Français n'a plus qu'un objectif en tête à mon avis. La victoire lors de l'ultime étape de haute montagne, vendredi. Quitte à prendre tous les risques et perdre sa place dans le top 10 ? Qui se souviendra de sa performance s'il termine 8e, 9e ou 12e de ce Tour 2018 ? A part lui, personne. Autant finir sur une bonne note, sur du panache, et tenter le tout pour le tout entre Lourdes et Laruns.
Rien. S'il a vraiment été victime d'une fringale dans la dernière montée, peut-être pourra-t-il viser l'étape vers Laruns. Mais j'ai peine à y croire, pour deux raisons. Déjà, je suis loin d'être convaincu que le Français a connu une fringale dans le Col de Portet. Si c'était le cas, il se serait alimenté, ce qu'il n'a pas fait. Cela fait plusieurs jours que l'on sent le Tricolore baisser de pied, petit à petit. Déjà, à Mende, il avait souffert. Aujourd'hui, il l'a payé.
Ensuite, Bardet ne bénéficera toujours d'aucune liberté lors de l'étape de vendredi. Désormais 8e du général à 5'13'', il ne compte assez de retard pour que la Sky le laisse partir de loin, à l'instar d'un Alaphilippe ou même d'un Valverde par exemple. Il faudra donc qu'il sorte à la pédale dans l'Aubisque, face aux meilleurs. Et, franchement, je ne vois pas comment il pourrait en être capable vu son niveau physique des derniers jours.
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