Thomas : "Si on me demande de rouler pour Chris, je roulerai pour lui"

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TOUR DE FRANCE – Vainqueur à La Rosière mercredi, Geraint Thomas a impressionné son monde. Le voilà maintenant avec le maillot jaune sur les épaules et une avance intéressante sur Chris Froome. Mais promis, il n'y a pas de souci hiérarchique chez Sky : Froome reste l'unique leader. Thomas ne se départira pas de son statut de lieutenant. Maillot jaune ou pas.

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Chris Froome aurait-il trouvé son... Chris Froome ? Lors du Tour de France 2012, le futur taulier de la Grande Boucle avait esquissé l'avenir proche : Napoléon perçait sous Bonaparte, mais la place n'était pas libre. Bradley Wiggins était le Sky programmé pour s'imposer à Paris et Froome avait dû ronger son frein et attendre son heure. L'histoire est peut-être en train de se répéter cette année, avec Froome dans le rôle de Wiggins et Geraint Thomas dans la peau de Froome, celle du lieutenant tiraillé entre ambition légitime et nécessaire loyauté.
Sauf que. Sauf qu'il existe une différence de taille entre 2012 et 2018. Il y a six ans, jamais Chris Froome ne s'était retrouvé devant son leader au classement général. Cette année, c'est le cas depuis le début, depuis que Froome a cédé une cinquantaine de secondes sur chute lors de la première étape. Tout devait logiquement rentrer dans l'ordre dans les Alpes, mais Thomas, non content de suivre, a frappé un grand coup mercredi à la Rosière en remportant l'étape.

Froome : "C'était la bonne chose à faire pour Geraint"

Bilan des opérations, non seulement il est toujours devant Froome, mais avec à présent plus d'une minute de marge sur le tenant du titre, et en prime avec le maillot jaune sur le dos, ce qui légitime plus encore sa position. Si Thomas avait pris le maillot en restant simplement aux côtés de Froome, la donne ne serait pas tout à fait la même. Bien sûr, le Gallois avait déjà porté le maillot jaune l'an passé. Mais c'était beaucoup plus tôt dans la course. Ce qui relevait alors de l'anecdote prend aujourd'hui beaucoup plus de sens dans le contexte 2018.
Tout le monde avait donc envie de savoir ce que Froome pensait de l'offensive de celui, qui jusqu'à preuve du contraire, reste son serviteur. Deux choses à retenir :
1. Ce n'était pas forcément prévu.2. Malgré tout, Froomey n'est pas fâché.
"Je pense que l'attaque de Geraint était un peu un coup de tête, mais je pense que c'était logique, ça avait du sens, a jugé le quadruple vainqueur du Tour devant le bus de la Sky. C'était parfait, nous n'avions même pas besoin de parler et c'était la bonne chose à faire pour Geraint. Je l'ai laissé partir parce que je savais que la charge du travail incomberait alors aux autres". Sauf que Froome ne s'est ensuite pas privé de passer à l'offensive à son tour. Après avoir sauté sur Bardet et Martin, ce qui était logique, il a surgi lui aussi dans le dernier kilomètre. Pour revenir sur Dumoulin ? Sans doute. Pour minimiser ses pertes sur Thomas ? Peut-être. Même s'il ne peut de toute façon pas l'admettre.

Thomas rêve... du podium

"J'ai vu une opportunité, j'ai couru à l'instinct", explique Thomas à propos de son offensive du jour. Chez Sky, on s'est empressé de tordre le cou à tout débat sur la hiérarchie. "C'est super, a estimé Nicolas Portal, le directeur sportif français de la formation britannique. Geraint a gagné et a le bonus du maillot jaune. Chris a pris aussi des bonifications. Ils ont très bien joué le coup. Ils ont travaillé ensemble, ils ont parlé ensemble, le tandem a très bien marché."
Geraint Thomas, lui, a été encore plus limpide mercredi soir, malgré ses 85 secondes de marge. Il n'y a pas de débat. "Froomey est évidemment le leader, assure-t-il. Il a gagné six grands tours... Je ne vais pas perdre de temps exprès pour qu'il soit devant mais il faut être réaliste, je suis dans l'inconnu sur trois semaines." Mais que se passera-t-il si Geraint Thomas répond favorablement à cette inconnue ? S'il ne cède pas de terrain à la pédale ? Si, jeudi soir, il compte toujours plus d'une minute d'avance sur Froome ? L'entente cordiale de La Rosière, a priori sincère, peut-elle se prolonger jusque dans les Pyrénées ?
Le nouveau maillot jaune dit rêver "d'un podium à Paris". Rien de plus. "Le podium, ce serait formidable pour moi, mais le but principal reste de gagner le Tour et Froomey reste notre meilleure carte", ajoute-t-il. Alors, quoi qu'il arrive, il fera ce qu'on lui dit de faire : "Si on me demande de rouler pour Chris, je roulerai pour lui." Maillot jaune. Mais bon soldat.
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