Nacer Bouhanni atteindra les 28 ans avec de belles lignes au palmarès, mais toujours sans la victoire d’étape sur le Tour de France. Ce sera mercredi 25 juillet, peut-être chez lui dans les Vosges. Peut-être même le sprinteur s’offrira un verre de soda (il s’interdit l’alcool, par hygiène de vie) en fin d’après-midi, pendant que le peloton de la Grande Boucle se mesurera au col du Portet, rendez-vous inédit et majestueux à quelques jours de l’arrivée triomphale sur les Champs-Élysées, autre sommet auquel Bouhanni n’a goûté qu’une fois en trois participations à la grand messe de juillet (abandons en 2013 et 2015, présence discrète en 2017).

Cette fois, il n’est pas question de problèmes de santé. Ses derniers résultats, même sur une scène nationale limitée, montrent que Nacer Bouhanni a retrouvé la condition après les pépins qui ont émaillé son année 2017 et le printemps dernier. C’est un choix, en partie sportif, en partie disciplinaire, qui écarte Bouhanni de la plus grande scène cycliste. L’aboutissement d’un cycle désastreux, duquel le champion de France 2012 doit tirer les leçons pour enfin exploiter pleinement son talent.

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Seul contre tous, Bouhanni a épuisé son crédit

L’année dernière, à pareille époque, on appelait au "rebond indispensable" du Français le plus doué de sa génération pour les emballages massifs - Démare est plus résistant, Coquard meilleur dans les bosses, mais Bouhanni est le bolide de ce trio qui entre dans la force de l’âge. Aujourd’hui, l’heure est critique. Toutes les évolutions de management menées par Cofidis à son égard, notamment la remise en question de son statut avec le nouveau manager cette saison Cédric Vasseur, ont échoué et les deux parties semblent aujourd’hui se tirer mutuellement vers le bas.

C’est un échec d’autant plus conséquent qu’on parle là d’un engagement à plusieurs millions d’euros (le salaire de Bouhanni et les investissements mobilisés par un champion de son envergure, les primes de courses, l’exposition recherchée par les partenaires…). Et le contrat court toujours en 2019, selon la prolongation signée il y a tout juste un an après deux premières saisons déjà marquées par des hauts et des bas. Mais depuis, Bouhanni a brûlé le crédit sportif justifié par ses débuts brillants à la FDJ et ses coups d’éclat ponctuels avec Cofidis.

Seul contre tous, le sprinteur ne parvient plus à se nourrir de l’adversité (en partie réelle, en partie fantasmée) pour avancer et se poser en leader. C’était pourtant sa revendication lors de son départ avec fracas de la formation de Marc Madiot, qui lui préférait Arnaud Démare. Bouhanni parvenait alors à tenir la dragée haute au chouchou picard.

Depuis que Cofidis lui a déroulé le tapis rouge, jusque dans l’excès, le Vosgien souffre terriblement de la comparaison avec son cadet (de 13 mois). L’un (celui qui est resté en World Tour, quand Bouhanni et Coquard ont choisi l’échelon inférieur) est venu dépoussiérer les palmarès français en s’offrant un Monument et une étape du Tour, l’autre cherche à retrouver le succès sur un Grand Tour depuis son joli carton de 2014 (maillot rosso sur le Giro avec 3 bouquets + 2 succès sur la Vuelta).

Comme Cavendish.. ou pas

Ses performances à San Remo ou lors du Mondial de Ponferrada ont pourtant montré que Bouhanni avait les jambes pour s’asseoir à la même table que Démare. Ses séries de succès lorsqu’il retrouve l’ouverture rappellent quel gagneur il est. Et si on peut lui reprocher ses difficultés à vivre dans un collectif (la Route d’Occitanie aura tout offert, entre le sprint où il grille Christophe Laporte et l’étape difficile où il roule pour Dani Navarro), s’il est dommage qu’il ne parvienne pas à écouter un homme comme Roberto Damiani (DS réputé pour son travail auprès de Cadel Evans, Robbie McEwen ou encore Alessandro Petacchi), il reste une vérité cruelle mais implacable à mon sens : le talent des fuoriclasse les élève au-dessus de nombreuses critiques et oblige ceux qui les entourent.

Bouhanni : "C'est très compliqué au sein de Cofidis, il se passe des choses en interne"

On a souvent comparé Nacer Bouhanni à Mark Cavendish, aussi bien pour leur style dans le sprint que leur caractère orageux. J’apprécie l’un comme l’autre et mes confrères m’ont moqué aussi bien au sujet du Français que de l’Anglais : "Tu seras moins indulgent le jour où ils t’auront rembarré toi aussi." À vrai dire, c’est déjà arrivé, avec l’un comme avec l’autre, et ils ont toujours répondu sur le vélo à l’éventuelle frustration que leur comportement devant les micros pouvait engendrer.

La différence, immense, c’est que Cavendish a su fédérer autour de lui des hommes dédiés à sa cause. Ses jambes et sa science du sprint ne l’ont pas propulsé seules au rang de plus grand sprinteur de l’histoire. Il doit aussi beaucoup aux Eisel, Renshaw et autres équipiers dévoués. Bouhanni, lui, use ceux qui l’entourent et sa réputation en France est établie. Mais son talent est connu et reconnu en dehors de nos frontières, où il pourrait trouver rapidement une porte de sortie. Il doit bien exister un manager qui saura exploiter au mieux les jambes et le tempérament de feu de Bouhanni. Mais la marge de manoeuvre est très réduite.

Nacer Bouhanni (Cofidis)

Crédit: Getty Images

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