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Et à la fin, c’est encore Ineos qui gagne

Et à la fin, c’est encore Ineos qui gagne

Le 28/07/2019 à 08:17Mis à jour Le 28/07/2019 à 11:15

TOUR DE FRANCE - Ineos n’a pas gagné le Tour "à la mode Sky". Pourtant, l’équipe britannique devrait décrocher dimanche son septième sacre depuis 2012 et signer son deuxième doublé via Egan Bernal et Geraint Thomas. Cette Grande Boucle et son approche n’ont pas été idéales pour les hommes de Dave Brailsford. Mais ils ont su s'adapter à un scénario différent et ont préservé un habituel dénouement.

L’ère Sky n’est pas terminée. Elle a seulement changé de nom. La formation britannique, nouvellement nommée Ineos depuis le 1er mai dernier, s’apprête à triompher sur le Tour de France pour la septième fois en huit éditions. Elle va y signer son deuxième doublé, sauf incident ce dimanche, grâce à Egan Bernal et Geraint Thomas. Sept ans après le premier, incarné par le duo Bradley Wiggins-Chris Froome. Paradoxalement, sa mainmise sur la course a semblé beaucoup moins prégnante cette année. En témoigne son absence, inédite lors de ses sacres, de victoire d’étape.

On connaissait le train-Sky, qui écumait les montagnes et essorait les adversaires de Wiggins, Froome et Thomas, afin que l’un d’eux n’ait plus qu’à porter l’estocade. On n’a pas découvert le train-Ineos. Certes, Thomas et Bernal n’ont pas été esseulés en altitude, Dylan van Baarle, Jonathan Castroviejo et Wout Poels leur étant d’une aide précieuse, mais leur formation n’a pas dégagé la même impression de domination que par le passé. Il a par exemple fallu attendre la 18e étape pour la voir se mettre en branle, avec succès, pour favoriser l'attaque de Bernal dans le Galibier.

Egan Bernal à l'attaque, dans le Galibier, lors de la 18e étape

Egan Bernal à l'attaque, dans le Galibier, lors de la 18e étapeGetty Images

Moscon et Kwiatkowski loin de leur meilleur niveau

Lors du deuxième jour de repos, Dave Brailsford, patron de l’équipe Ineos, estimait que Julian Alaphilippe avait "changé la manière dont le Tour (était) couru." Mais si la Grande Boucle a été moins cadenassée cette année, elle le doit autant à la fougue du Français de Deceuninck-Quick Step qu’à la faiblesse relative du collectif britannique. Les courses fantomatiques de Gianni Moscon et, surtout, de Michal Kwiatkowski l’ont symbolisée. Thibaut Pinot, Julian Alaphilippe et consort l’ont exploitée… mais pas jusqu’au bout.

Si Ineos n’a ni écrasé, ni survolé, la Grande Boucle, la formation britannique l’a gagnée avec une certaine maîtrise. Samedi, Brailsford a estimé que ce Tour était "le plus excitant auquel (il avait) participé." Il a salué les performances d’Alaphilippe et Pinot, "extrêmement fort dans les Pyrénées", avant de se gargariser du succès des siens : "Au final, la stratégie a pris le dessus sur le ‘chaos’ et le travail d’équipe a pris le dessus sur les individualités." Son directeur sportif, Nicolas Portal a même déclaré : "Nous ne nous sommes jamais sentis en difficulté, même si c’était un Tour différent cette année."

Dave Brailsford, manager du Team Ineos

Dave Brailsford, manager du Team IneosGetty Images

Improbable alignement des planètes pour Bernal

Il y a une forme de logique dans le drôle de Tour de France d’Ineos, tant l’approche de l’évènement a été particulière pour elle. Egan Bernal devait être au Giro ? Forfait sur chute. Il devait en découler un problème de riche, avec un monstre à trois têtes sur le Tour (Froome-Thomas-Bernal). Le forfait de Froome, tombé lors de la reconnaissance du chrono du Dauphiné, en a coupé une. La chute de Thomas lors du Tour de Suisse en a affaibli une autre. "Toutes les choses qui pouvaient mal se passer se sont mal passées (pour lui, ndlr), a déploré ce samedi le vainqueur du Tour 2018, encore tombé deux fois durant l'épreuve cette année, qui va laisser le sceptre à son coéquipier. "Cela a été compliqué, il y a eu des accrocs. J'ai dû rester positif, continuer à me battre. Le fait qu' Egan gagne rend les choses moins difficiles..."

Obtenu grâce "aux conseils et au calme" de Thomas selon Brailsford, le sacre à venir de Bernal dimanche sur les Champs-Elysées va avoir un goût particulier. Il faut dire que le jeune colombien ne s’y était pas préparé car son calendrier 2019 avait un autre visage. "Depuis le mois d'octobre, nous avions planifié le Giro, on ne pensait qu'à cela. Je pense que j'étais en très bonne forme (pour le gagner, ndlr). Mais je suis tombé et ma clavicule était cassée." Celui qui va devenir le premier Colombien à s’adjuger la Grande Boucle y voit un signe du destin : "Deux heures après la chute, j'avais une douleur très forte, mon entraîneur était presque en train de pleurer et c'est là que je me suis demandé combien de temps j'avais jusqu'au Tour de France. Les choses arrivent pour une raison : si je n'étais pas tombé avant le Giro, je ne serais certainement pas dans cette position aujourd'hui."

On s’est posé des questions, légitimes, au sujet de cette formation Ineos moins dominatrice que son effectif et son expérience ne le suggéraient et visiblement fragilisée par une préparation contrariée. Mais, comme Brailsford l’a rappelé, samedi en référence à ces doutes : "Il faut attendre la fin de la course pour porter un jugement." Et à la fin, c'est encore son équipe qui a gagné.

Egan Bernal et Geraint Thomas à l'arrivée de la 20e étape du Tour de France

Egan Bernal et Geraint Thomas à l'arrivée de la 20e étape du Tour de FranceGetty Images

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