Il y a quelques semaines, Eddy Merckx et Tadej Pogacar se sont rencontrés. L'occasion pour le plus grand coureur cycliste de l'histoire d'avoir ces mots : "J’ai entendu maintes fois 'c’est le nouveau Merckx' sans que les conditions soient remplies, mais avec Tadej Pogacar, je pense qu’on le tient vraiment cette fois-ci". Dans un entretien accordé à Eurosport, la légende belge a précisé sa pensée. Palmarès déjà bien garni, précocité, style de course… Autant de raisons qui permettent à Merckx de voir en Pogacar un coureur qu'il apprécie beaucoup, son successeur.
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"Il y a le palmarès mais aussi sa manière de courir, assure Merckx. Il n’a pas peur d’attaquer. Au Tour de France, avec le maillot jaune sur les épaules, il attaque. Au Tour de Lombardie, il le fait également. Je pense que de ce point de vue là, il me ressemble quand même assez bien." Du temps de sa splendeur, dans un cyclisme totalement différent, le Cannibale était effectivement adepte des échappées au long cours. Lors du Tour 1969, le premier qu'il a remporté, Merckx avait passé 140 kilomètres seul à l'avant entre Luchon et Mourenx. Bien qu'offensif, Pogacar ne réalise pas de tels numéros, mais le sien vers Le Grand-Bornand, sur la 8e étape cette année, a marqué les esprits.
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Le cyclisme de Pogacar est plus attrayant que celui de Froome
Une manière de faire qui avait un peu disparu des pelotons quand les armées de Sky puis Ineos écrasaient les grands tours et en particulier la Grande Boucle. "Ça manquait un petit peu oui. C’était un peu trop calculé. Ça devenait presque de la PlayStation, juge le Belge, qui a fêté ses 76 ans en juin. On est dans un autre cyclisme avec Pogacar, par rapport au cyclisme de Froome qui est également un grand champion. Il ne faut pas oublier qu’il a gagné 4 Tours de France, et qu’on ne gagne par 4 Tours de France comme ça, même en calculant. Mais je pense que ce cyclisme-ci est quand même beaucoup plus attrayant que celui de Froome."

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Autre chose que Pogacar fait différemment : sa quête des classiques. A 23 ans, il compte déjà deux Monuments à son actif : Liège-Bastogne-Liège, course qu'il avait aussi terminée 3e en 2020, et le Tour de Lombardie. Deux Monuments, c'est deux de plus que Froome, Wiggins ou Bernal mais… 17 de moins qu'Eddy Merckx. "Je pense que le fait qu’il courre à la fois les classiques et les courses par étapes, ça le rapproche un peu plus de moi, concède celui-ci. Il ne commence pas sa saison au mois de mai comme certains le faisaient il y a quelques années."

Cinq, six, sept Tours de France ?

L'exemple type de ce cyclisme n'était autre que Lance Armstrong qui a, lors d'une deuxième carrière désormais disparu tablettes, fait du Tour de France son seul objectif de la saison. L'Américain avait d'ailleurs atteint les sept Tours de France avant de tout perdre une fois convaincu de dopage. Sept Tours de France, un chiffre qui ne semble pas inatteignable pour Pogacar si l'on croit Eddy Merckx : "Je pense qu'il est parti pour en gagner facilement 5, pour commencer. Et après ? Pourquoi pas 6 ? Il est jeune… Six ou sept, c'est possible s’il reste en bonne santé, qu'il n'a pas de chute. Je ne pense pas qu'à 28, 29 ans on soit usé."
Imaginer Tadej Pogacar remporter cinq, six ou sept fois le Tour revient à considérer qu'il est imbattable, maintenant, mais aussi dans les nombreuses années à venir. Merckx, qui ne se dit absolument pas dérangé par l'idée de perdre un record, semble le penser : "Il est tellement complet. C’est difficile d’avoir un remède pour battre Pogacar."
Le Belge imagine tout de même quelques possibilités pour le Tour 2022, dont la première semaine regorge de dangers : "On peut essayer de le surprendre dans les premières étapes ou s’il a de la malchance dans l’étape de Roubaix, mais je pense qu’il sera bien secondé. Tenter sa chance dans une bordure mais avec l'équipe qu'il a, ce ne sera pas facile. D’après moi, c’est très difficile de battre Pogacar aujourd’hui."

Le souvenir de la Vuelta

La pépite slovène a-t-elle demandé des conseils à la légende lors de leur entrevue ? "Non, non, non. Il a assez de conseillers autour de lui, sourit le grand Eddy. Le cyclisme a tellement changé entre ma période et la sienne. Tout est tellement bien organisé, et bien suivi au point de vue diététique, entraînement. De notre temps, tout cela n’existait pas malheureusement". C'est aussi en partie pourquoi il n'imagine pas le petit "Pogi" connaître un coup d'arrêt monumental dans les prochaines années.
"Il a bien préparé sa carrière. Il a gagné le Tour de l’Avenir (2018), il ne faut pas l’oublier. Il était prêt pour passer professionnel. Quand on regarde son premier Tour d’Espagne, sur l’avant dernière étape, le numéro qu’il fait…" Ce jour-là, pour sa première saison chez les pros, le leader du Team Emirates avait glané un troisième succès sur la Vuelta en même temps qu'il annonçait à tout le monde son règne à venir. Quant à imaginer qu'il viendrait si vite et serait si implacable, il y avait un sacré pas. Nous savons désormais ce qu'est capable Pogacar et Eddy Merckx avance une hypothèse pour la suite : "A 23 ans, il va encore progresser dans les années à venir, je pense qu’on peut s’attendre à avoir encore quelques numéros de lui".

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