Les débats du Tour : Sur quel Français faut-il miser ce 14 juillet ?

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TOUR DE FRANCE - Jonas Vingegaard, nouveau leader du classement général, a-t-il fait un pas décisif vers la victoire finale ? Nairo Quintana, deuxième au Granon et candidat au podium, a-t-il retrouvé ses jambes de jeune homme ? Quel Français peut briguer la victoire jeudi à l'Alpe en ce jour de fête nationale ? Voici nos débats du Tour après la 11e étape, ce mercredi.

Pinot

Crédit: Getty Images

Sur quel Français faut-il miser ce 14 juillet ?

Julien Chesnais
Mardi soir, je m'aventurais à défendre les chances de Thibaut Pinot pour le maillot à pois. Celles-ci ont pris du plomb dans l’aile sur la 11e étape, le Franc-Comtois ayant été rapidement distancé alors que Michael Storer et Valentin Madouas ont su accompagner parfaitement David Gaudu. Le classement de la montagne s’annonce désormais un peu plus difficile à chercher, c'est vrai. Mais concernant sa forme actuelle, je veux rester sur l’impression qu’il a laissée dimanche, quand il s’est montré irrésistible dans le Pas de Morgins. Il avait les cannes pour s’imposer ce jour-là. Les aurait-il perdus en trois jours ?
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Pinot y a cru : revivez son attaque dans le Pas de Morgins

Video credit: Eurosport

Contrairement à la première grande étape alpine mercredi, il lui sera beaucoup plus simple d’intégrer l’échappée du jour puisque la 12e étape, au départ de Briançon, se lancera directement sur les pentes du Lautaret. Pas de plat pour s’élancer. Directement de la montée. S’il a la jambe, il sera devant.
Circonstance avantageuse : il n’a pas eu à puiser dans ses réserves sur la route du Granon (32e mais 26 minutes de retard), contrairement à certains de ses adversaires potentiels, comme Geschke, Barguil ou Latour. Et on sait que l’un des grands points forts de Pinot est sa capacité à récupérer, à enchaîner les efforts d’un jour à l’autre. L’Alpe d’Huez lui rappellera d’excellents souvenirs. C’est ici qu’il avait sauvé son Tour 2015, par une victoire en solo que nul n’a oublié. S’imposer à nouveau ici, un 14 juillet, est le genre de carotte qui sait le transcender.
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Il y a sept ans, Pinot triomphait à l'Alpe d'Huez

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Laurent Vergne
Après avoir retourné le problème dans tous les sens, j'ai envie, ou plutôt j'ai le regret de répondre... personne. Avant les hurlements et les cris d'orfraie, je précise que ce n'est pas un désaveu pour les qualités des uns et des autres mais plutôt une affaire de contexte. Pour qu'un Français l'emporte à l'Alpe d'Huez en ce jour de fête nationale, il faudra que toutes les pièces d'un puzzle plus complexe qu'il n'en a l'air parviennent à s'imbriquer. Or je crains que, pour chacun, il manque une pièce. Jamais la même d'ailleurs.
Romain Bardet (2e du général) et David Gaudu (7e) ont encore été superbes au Granon. Ils font jusqu'ici un Tour irréprochable et sont deux candidats sérieux au podium. C'est formidable dans l'absolu, mais pas la meilleure nouvelle dans l'optique d'une victoire d'étape jeudi. Ils n'auront absolument aucune marge de manœuvre. Pour s'imposer, il faudrait qu'il n'y ait pas d'échappée devant, ce qui est possible mais pas garanti, et qu'ils puissent lâcher à la pédale Vingegaard, Pogacar et les autres. Et aussi costauds soient les deux meilleurs Français, cela semble compliqué.
Descendons un peu plus bas dans la hiérarchie. Valentin Madouas, 13e du classement, réussit lui aussi une sacrée première moitié de Tour. Mais il a un rôle précis : rester aux côtés de David Gaudu. En fonction des circonstances de course, il pourrait bien sûr être amené à jouer sa propre carte (en mode Rolland avec Voeckler en 2011), mais ce n'est pas le scénario le plus probable. J'aurais adoré miser sur Warren Barguil, mais "Wawa" a tellement donné mercredi lors de son raid, en bonne partie solitaire, que ce sera compliqué.
Quant à Thibaut Pinot, où en sont vraiment ses jambes ? Cela dit, si les cannes sont de sortie (et c'est un gros "si"), je suis d'accord avec Julien, c'est peut-être l'hypothèse la moins improbable. Pas parce qu'il est le meilleur Français, mais parce qu'après avoir lâché 25 minutes mercredi, il s'est peut-être économisé. Et il ne dérange personne au général...

Vingegaard a-t-il fait le plus dur ?

Julien Chesnais
Oui. Bien sûr, il faut prendre de grandes pincettes à dix journées du terme, surtout vu le scénario renversant de la 11e étape et la promesse d’une revanche acerbe de Pogacar dès jeudi sur la route de l’Alpe d’Huez. C’est une forme de miracle que le Danois soit passé de 39” de retard sur le Slovène à 2’22” d’avance, avec le maillot jaune à la clé, même si ce miracle a été largement provoquée par ses propres soins et ceux de son équipe.
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L'incroyable passe d'armes : Vingegaard, Roglic et Pogacar s'attaquent dans le Galibier

Video credit: Eurosport

Il compte plus de deux minutes sur toute la concurrence, et c’est un matelas qui doit en principe l’emmener gentiment jusqu’à Paris. Il est le plus fort en haute montagne. Et sa formation est la plus forte partout. Telle la Sky de la grande époque, la Jumbo-Visma est armée jusqu’aux dents pour défendre un maillot jaune qui ressemble aujourd’hui à une citadelle imprenable. A moins d’une remontada de Pogacar ?
S’il se confirme que sa mauvaise passe dans le Granon n’était qu’une défaillance sans lendemain, le Slovène saura jusqu’à Paris trouver des terrains pour grappiller son retard ici ou là, par des bonifications ou des petites cassures à son avantage sur les arrivées d’étape. C’est comme ça qu’il avait construit son avance en début de Tour. Et c’est aussi de cette manière qu’il peut remettre Vingegaard à portée de son fusil avant un chrono de Rocamadour potentiellement décisif. Mais le plus dur a été fait pour Vingegaard, je le pense. Il ne lui reste plus qu’à gérer. Ce qui ne s’annonce pas non plus une mince affaire, il faut le dire, vu le calibre de son (seul) et principal adversaire.
Laurent Vergne
Après la démonstration de force du Danois, conjuguée au (gros) coup de moins bien de Tadej Pogacar, il est tentant de le croire. Jonas Vingegaard a incontestablement fait une grosse partie du chemin en prenant le pouvoir et, plus encore, en repoussant son adversaire slovène à plus de deux minutes. A coup sûr, seul Pogacar peut l'empêcher d'ajouter son nom au palmarès, de la même manière qu'il était l'unique menace digne de ce nom pour le double tenant du titre.
Maintenant, de deux choses l'une : ou Pogacar ne se relève pas de sa défaillance du Granon et celle-ci est annonciatrice d'une faillite plus profonde et plus durable, où il redevient lui-même. Dans le premier cas, ce Tour 2022 est plié et les dix derniers jours seront sans doute long. Vingegaard est alors tout à fait apte à faire un Tour... à la Pogacar, en cumulant les bouquets et en creusant les écarts au fur et à mesure. Mais si la théorie du jour sans est la bonne, le leader de la Jumbo devra rester sur ses gardes.
Il reste encore beaucoup de chemin jusqu'à Paris. A l'Alpe, à Hautacam, voire à Mende, sur un terrain de jeu qui lui convient sans doute mieux qu'à Vingegaard, 'Pogi' peut combler une partie de son handicap, même à coups de secondes par-ci par-là, sans oublier les bonifications. Il pourrait (conditionnel de rigueur) se rapprocher suffisamment prêt avant le dernier contre-la-montre pour entretenir le suspense jusqu'au bout et, pourquoi pas, refaire le coup de la Planche en 2020. Tout ceci paraît évidemment bien hypothétique ce mercredi soir. Mais un Pogacar à son meilleur niveau n'a pas encore perdu ce Tour.

Est-ce le retour du grand Quintana ?

Julien Chesnais
Difficile à dire, mais sur le Tour, en tout cas, cela faisait longtemps que l’on ne l’avait pas vu aussi fringant. Distancé dans le Galibier, "Kingtana" a eu le cran et puis les jambes pour mener à terme une offensive déclenchée dès le pied de l’ascension finale. Sans le retour fracassant de Vingegaard, la victoire était pour lui au Granon.
Néanmoins, le Quintana de la grande époque aurait sans doute tenu la roue du Danois. Ca n’a ici pas été le cas, le leader de la Jumbo-Visma l’ayant croqué puis recraché en trois coups de pédale. Pas vraiment digne du meilleur grimpeur du monde qu’il fut un temps.
Au fond, je pense que cette étape était celle qui convenait le mieux au Colombien. La pente du Granon était longue et très sévère, c’était l’arrivée au sommet la plus difficile de ce Tour, et l’on n’ira par la suite jamais aussi haut aussi longtemps, plus d’une vingtaine de kilomètres s’étant disputées à plus de 2000m d’altitude ce jeudi. Je ne suis donc pas convaincu qu’on reverra à pareille fête le leader d’Arkéa-Samsic d’ici Paris. A moins que le grand Quintana ne soit effectivement sur le chemin du retour.
Laurent Vergne
Tout dépend ce que l'on entend par "le grand Quintana". Si l'on se réfère à celui de la première moitié des années 2010, qui enquillait les podiums sur le Tour de France (2e en 2012 et 2013, 3e en 2015), c'est sans doute beaucoup trop optimiste ou, au strict minimum, trop prématuré. Pour ce faire, il devra rééditer sur la durée, étape de montagne après étape de montagne, ce qu'il a été capable de produire mercredi.
En revanche, il y avait bien quelques années qu'on ne l'avait pas vu aussi fort sur une étape d'une telle difficulté. Le Colombien nous avait davantage habitué à œuvrer en attaquant, en baroudeur, parce qu'il avait déjà pris un éclat au classement général. Mercredi, il a couru avec les meilleurs et sa montée finale du Granon, où il a été le premier à attaquer dans le groupe maillot jaune pour partir à la poursuite de... son coéquipier Warren Barguil, a fait plaisir à voir.
On ne termine pas deuxième en haut du Granon à la pédale comme il l'a fait dans cette 11e étape sans être dans une excellente condition. Mais peut-il enchaîner ? Jeudi ? Puis dans les Pyrénées ? Jusqu'à Paris ? C'est une autre question. En attendant, Quintana est redevenu un prétendant au podium (son dernier sur un grand Tour remonte au Giro 2017 et à 2015 sur le Tour. Après deux dernières éditions traversées comme un fantôme, c'est déjà beaucoup.
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