Les débats du Tour : Les Français peuvent-ils faire une croix sur le podium ? Mercredi ou jeudi pour lâcher Vingegaard ?

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TOUR DE FRANCE 2022 - David Gaudu s'est accroché mais Romain Bardet a perdu gros mardi, les Français ont-ils déjà fait une croix sur le podium ? Mercredi ou jeudi, sur quel terrain Tadej Pogacar pourra mettre en difficulté l'imperturbable Jonas Vingegaard ? Simon Geschke n'est pas un pur grimpeur mais est le favori pour le maillot à pois à Paris, est-ce un problème ?

Le résumé de la 16e étape : Houle en solitaire, Pogacar maîtrisé par Vingegaard, Bardet à la dérive

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Les Français peuvent-ils faire une croix sur le podium ?

Laurent Vergne
Malheureusement, il devient compliqué d'être optimiste pour le podium. Même si tout le monde se tenait dans un mouchoir à l'aube de cette dernière semaine, la mission semblait déjà compliquée pour Romain Bardet et David Gaudu, dont l'horizon reste obstrué par le contre-la-montre de samedi. Mais la première bataille pyrénéenne, mardi, a réduit encore davantage ces espoirs.
Pour Romain Bardet, c'est presque terminé. Il a pris un gros bouillon sur la route de Foix. Je vois mal où, quand et comment il pourrait reprendre cinq ou six minutes à un Geraint Thomas. Or c'est ce dont il aura besoin s'il veut être devant le Gallois à Paris compte tenu de son handicap sur le chrono par rapport au vainqueur du Tour 2018. Sans parler de ceux qui sont intercalés entre Thomas et lui.
David Gaudu, lui, est encore dans le coup. Il a même grimpé à la 5e place mardi. Mais s'il n'a rien perdu dans cette 16e étape, on l'a senti à l'extrême limite et s'il a pu recoller, c'est à la faveur de la descente finale. A Peyragudes et Hautacam, la donne sera différente avec deux arrivées au sommet qui n'autoriseront aucune faiblesse. Il sera peut-être plus en cannes dans les quarante-huit prochaines heures, mais suivre ne suffira pas. Il va devoir se débarrasser de Quintana et, plus encore, de Thomas. Bref, l'espoir fait vivre, et Gaudu fait pour l'heure un Tour assez formidable. Mais le podium relèverait de l'exploit.
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Bardet : "J'étais super fébrile, c'était un calvaire"

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Amaury Erdogan-Gutierrez
La conjoncture nous invite forcément au pessimisme, mais comptez sur moi pour trouver quelques motifs d’espoir. D’emblée, je me vois dans l’obligation d’écarter Romain Bardet (DSM) de la lutte. L’Auvergnat a vécu une journée sans mardi, une de plus sur cette 109e édition. Le grimpeur de Brioude, d’ordinaire irrésistible en troisième semaine, a commencé de la pire des manières le dernier acte de ce Tour 2022.
Vous le devinez, je place mes jetons sur David Gaudu (Groupama – FDJ). Le petit prince de Bretagne (5e, 4’24’’) a endossé son bleu de chauffe mardi, taillant les courbes de la descente du Mur de Péguère pour ravir l’arrivée avec les favoris. Certes, le protégé de Marc Madiot a joué avec l’élastique dans la dernière montée du jour, au point de se faire pincer les doigts lorsque ce dernier a lâché.
Mais j'ai senti poindre quelques symptômes de lassitude chez Geraint Thomas. "G" a prouvé sur cette Grande Boucle qu’il pouvait rivaliser avec les meilleurs sur tous les terrains, même les plus montagneux. Mais le Britannique n'a récupéré qu’une poignée de secondes (26’’) sur un Gaudu franchement diminué au sommet du Granon (11e étape). A Mende (14e étape), le Gallois a vu le Breton le doubler sur la file de gauche, transcendé par des rangées de fidèles.
Une forme qui progresse, des pourcentages terrifiants au sommet de Peyragudes (mercredi) et la (très) exigeante montée d’Hautacam, sorte de Granon des Pyrénées : voilà qui me pousse à voir le Breton reprendre 3'-3'30" au vainqueur du Tour 2018. Ne restera plus qu’à résister sur le chrono pas si plat de Rocamadour. S’il s’y prend tôt, Gaudu peut y croire.
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Gaudu : "Il faudra une part de chance pour monter sur le podium à Paris"

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Mercredi ou jeudi, où Vingegaard peut-il être le plus menacé ?

Amaury Erdogan-Gutierrez
Je vais vous faire une confession. Depuis quelques jours déjà, je ne voyais qu’une montée susceptible de révéler les premières faiblesses de Jonas Vingegaard, à condition que les jambes de Tadej Pogacar soient au rendez-vous. La montée de Peyragudes convoque des souvenirs joyeux pour nous Français, avec la victoire de Romain Bardet au terme d’une rampe finale interminable.
L’écrin occitan a aussi (et surtout) provoqué une des (rares) défaillances de Chris Froome dans ses grandes années sur le Tour (2012-2017). Le Britannique était resté collé au bitume pyrénéen, le teint blanchi par l’effort et les yeux guettant une ligne d’arrivée floutée par la sueur. Dans cet entremêlement de souffrances, Fabio Aru, champion de la résilience, avait profité du craquage tardif du maillot jaune pour le détrôner.
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Triple attaque dans le Port de Lers : Pogacar s'est excité, Vingegaard a répondu

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Avec un tel terrain à disposition, je vois bien "Pogi" crisper la mine impassible de Vingegaard, qui se permet même de provoquer le Slovène, confiant à l’excès. On l’a vu dans les ultimes chemins gravillonnés de la Super Planche des Belles Filles, Pogacar a la niaque des voraces qui ne laissent leur part à personne.
Maintenant que nous nous sommes mis d’accord sur le cadre spatial, glissons un œil sur le butin chronométrique potentiel d’une attaque tranchante du Slovène. Je crains bien que le débours ne soit que trop mince (30 secondes, pas plus), car le reste de la montée pourra très bien se gérer entre équipiers. Seul le final balayera tous les artifices. Conclusion, Vingegaard devrait y perdre du temps, mais pas le Tour.
Laurent Vergne
J'ai bien envie de répondre "aucun des deux". A l'Alpe, à Mende, dans la montée du Port de Lers, puis dans la descente de celle-ci, Jonas Vingegaard a été attaqué à de multiples reprises par Tadej Pogacar depuis sa prise de pouvoir au Granon mercredi dernier. Attaqué, oui, mais jamais mis en difficulté. La facilité avec laquelle le Danois a répliqué aux offensives de son rival slovène témoigne de sa forme, de sa force et des certitudes qui l'habitent.
Les deux dernières étapes de montagne sont certes très difficiles sur le papier, mais pourquoi le leader de la Jumbo Visma et du Tour craquerait-il maintenant ? Pogacar peut l'attaquer de loin, comme ce mardi, ou attendre la dernière montée, cela n'a pour le moment strictement rien changé au problème qui semble de plus en plus insoluble pour le double tenant du titre. La montée de Peyragudes, son final surtout, est redoutable mais quand bien même Vingegaard coincerait, on le voit mal abandonner plus d'une poignée de secondes.
Pour lui, le principal danger, en cas de coup de moins bien, peut venir d'Hautacam. Là, l'addition peut être lourde. Ce serait la pire journée pour passer au travers, surtout avec les cols de l'Aubisque et de Spandelles en amont. Mais c'est encore une fois un scénario qui devient de plus en plus improbable à mesure que les jours passent. Ce Vingegaard-là paraît trop solide. Parfois, on a même le sentiment qu'il se retient pour ne pas contrer son dauphin...
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Vingegaard : "Je m'attendais à être attaqué mais ça s'est bien passé'

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Y a-t-il un problème avec le maillot à pois ?

Amaury Erdogan-Gutierrez
Clairement, oui. Sans faire injure à Simon Geschke, puncheur reconnu (6e de l’Amstel en 2014) et baroudeur expérimenté, la fine moustache de chez Cofidis n’est pas un "pur" grimpeur, et n’a encore moins la carte de visite qui va avec (1 victoire sur le Tour à Pra Loup en 2015). Qu’un coureur relativement complet comme l'Allemand (38e au général) arrive à être considéré comme un potentiel maillot à pois à l’arrivée à Paris me gêne. A l'aube des années 2000 (et avant), la tunique "varicelle" rimait avec pur escaladeur.
Jusqu’en 2008, le paletot blanc à pois rouges était au centre d’une lutte entre gros bras de la montagne. Le palmarès ne ment pas : Michael Rasmussen, Juan Mauricio Soler, Carlos Sastre (Bernard Kohl étant disqualifié)… Le succès surprise d’un Anthony Charteau (2010) - je précise qu'il avait entièrement mérité sa tunique - a redistribué les cartes au niveau de la direction de course. Cette dernière cherche depuis à redynamiser le prestige d’un maillot qui a perdu de son lustre.
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Le résumé de la 16e étape : Houle en solitaire, Pogacar maîtrisé par Vingegaard, Bardet à la dérive

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Le classement de la montagne n’intéresse plus les meilleurs grimpeurs, plus occupés ces dernières années à viser les étapes qu’à ferrailler tous les jours pour quelques points. Où sont ces coureurs habitués du top 20 ? Pourquoi un Lennard Kämna n’avait-t-il pas l’envie extrême de décrocher la plus si précieuse tunique avant de devoir abandonner, malade, mardi ? L’exemple de Wout Poels (2021) est l’exception qui confirme la règle. Le Néerlandais (16e au général) a vu Pogacar le dépasser en fin de Tour, mais c’est tout.
Enfin, je suis obligé de me tourner vers nos coureurs tricolores. Pourquoi l’euphorie autour des épopées de Thomas Voeckler (2012), Warren Barguil (2017) et Julian Alaphilippe (2018) n'a-t-elle pas inspiré leurs compatriotes de partager un concert d’émotions avec le public ? Hormis Pierre Latour (6e) et Thibaut Pinot (14e), aucun grimpeur français ne fleurit le top 15 actuel. Le constat ennuyeux d’une course qui ne passionne guère les dompteurs de cimes, mais qui enchante les baroudeurs, infatigables attaquants. La solution ? Insister sur le poids historique de cette tunique portée par les plus grands du dernier siècle, et changer le discours des équipes. Le public, lui, n'a pas trahi l'habit.
Laurent Vergne
Tout d'abord, afin d'éviter tout malentendu, il ne s'agit pas de reprocher quoi que ce soit à Simon Geschke. L'Allemand fait sa course, et il la fait très bien. Il attaque, il ose et il a du courage, à l'image de ce qu'il a fait au Port de Lers où il s'est arraché pour passer en tête et aller chercher 10 points précieux. La probabilité de le voir avec le maillot à pois sur le podium des Champs-Elysées dimanche s'accroît au fil des jours et des cols. S'il va au bout, il faudra le féliciter. Mais pas forcément s'en féliciter.
Simon Geschke n'est pas le meilleur grimpeur du peloton. Le problème, c'est qu'il n'est pas non plus un des cinq, un des dix ou un des vingt. Il tire partie d'une compétition où il lutte presque davantage contre lui-même que contre de véritables adversaires. S'il est consacré maillot à pois (plus que meilleur grimpeur), ce sera une victoire un peu semblable à la Anthony Charteau, qui avait fini 44e à Paris, comme Egoi Martinez un avant avant lui et Rafal Majka quatre ans après. Geschke, aujourd'hui, pointe au 38e rang.
Le véritable souci tient au fait que, contrairement à ce qui se produisait le plus souvent dans les années 70, 80 ou 90, quand le maillot à pois revenait à un acteur de premier plan, membre du Top 5 ou du Top 10 à Paris, sans pour autant être le maillot jaune. Mais ces six dernières années, via Chris Froome et Tadej Pogacar à deux reprises, nous avons assisté à trois doublés jaune-pois, ce qui ne s'était vu qu'avec Merckx depuis 1960. Les organisateurs, après avoir doublé les points aux arrivées au sommet pour éviter des vainqueurs "improbables" (avec beaucoup de guillemets), ont décidé de rétropédaler. Le Tour peine clairement à trouver un point d'équilibre entre ces deux extrêmes.
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Et Cort Nielsen a célébré : Le maillot à pois et le show pour le Danois

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