Est-ce la plus belle victoire de Van Aert ?

Julien Chesnais
D'ici une dizaine d’années, lorsqu'il sera temps de se repencher sur les plus belles pages de sa carrière, le 5 juillet 2022 restera une date à part. Remporter une étape en solitaire, avec le maillot jaune sur le dos et en écoeurant la totalité du peloton, y compris les favoris du général, est un exploit dont seuls sont capables les plus grands. Il illustre sa classe folle et la place qu’il occupe dans son époque. Cela semble déjà acquis : on risque de s'en souvenir longtemps.
Tour de France
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28/07/2022 À 14:07
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Mais, au fond, c'est un succès qui repose sur son principal point fort, le punch. Et sa performance athlétique du jour me semble un cran en-dessous, par exemple, de ce qu’a réalisé Julian Alaphilippe à Epernay en 2019. Dommage que Mathieu van Der Poel n'était pas là pour lui offrir la réplique. La présence de son rival historique aurait renforcé la valeur et la symbolique de ce succès.
En ce qui concerne WVA, son triomphe par-delà deux Ventoux l'an dernier reste pour moi plus marquant. C’est un terrain sur lequel on ne l’attendait pas, ou en tout cas, pas aussi bien. Et même si la victoire n'a pas été acquise à la pédale face aux meilleurs, la facilité avec laquelle le sprinteur Van Aert a dompté un symbole comme le Géant de Provence demeure à mes yeux bien plus sidérante que ce succès construit sur une côte de 4e catégorie.

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Laurent Vergne
Oui, pour deux raisons. D'abord parce que c'est sa plus nette, sa plus probante et sa plus écrasante victoire à la pédale. Sur cette seule bosse de 900 mètres, la claque que Wout van Aert a assené à la concurrence, qu'il s'agisse des puncheurs de son rang (Allo, Mathieu van der Poel ?) ou des principaux candidats au classement général, a quelque chose d'inédit pour lui sur le Tour. Ce fut une vraie démonstration de force. Personne ne lui est arrivé à la cheville.
Puis il y a la symbolique du maillot jaune. Gagner une étape, c'est fort. Le faire en étant porteur du plus mythique maillot imaginable, c'est une sensation unique. Il faut remonter à Freddy Maertens voilà 45 ans pour trouver trace d'une victoire d'un maillot jaune belge sur le Tour. "C'est incontestablement une des plus grandes victoires de ma carrière", a admis Van Aert en extrapolant bien au-delà du seul Tour de France. Le fond, la forme, tout ceci place ce succès-là dans sa propre dimension.
Alors, bien évidemment, la ligne d'arrivée à Calais ne possède pas le prestige d'un sprint sur les Champs-Elysées ou du Mont Ventoux. Mais un sprint reste un sprint, et sur les pentes du "Mont Chauve", il n'était pas le plus fort. Il a gagné en échappé, ce qui n'est pas moins méritant, bien au contraire, mais même Eros Poli, après tout, a gagné l'étape du Ventoux. Ce mardi, c'était autre chose. L'expression d'un champion dans la totale maîtrise de sa supériorité.

La passe d'armes du Cap Blanc-Nez est-elle significative ?

Julien Chesnais
Puisqu’elle est la première de ce 109e Tour de France, la tentation est grande d’en tirer une première hiérarchie, un premier rapport de force entre les favoris du général. Mais il faut savoir raison garder à propos d’une côte de 4e catégorie avalée à 32,3 km/h de moyenne et en 106 secondes par le plus rapide, Wout van Aert. Regardons tout de même les positions au sommet du Cap Blanc-Nez. Sont passés dans l’ordre et par vagues successives :
  • Van Aert
  • Yates (2e) et Vingegaard
  • Thomas (4e), Roglic et Martinez
  • Bardet (7e)
  • Pogacar (8e) et Vlasov
  • Un Bahrain (10e)
  • Le peloton emmené par Geniets et Gaudu
Première observation : les INEOS et les Jumbo-Visma sont surreprésentés, Bardet est dans le coup (ce qui lève une première inconnue sur sa forme après son abandon sur le Giro) et Pogacar n’a pu basculer avec Roglic et Vingegaard. Néanmoins, et c’est la première limite à toute tentative d’extrapolation, le Slovène était mal placé en comparaison aux deux Jumbo. Vu la violence de l’attaque des Jaune et noir, ça se paye cash. Impossible donc d’en déduire que Pogacar était moins fort que ses deux rivaux.
Je note néanmoins ceci : Roglic est censé être meilleur que Vingegaard sur un effort aussi explosif. Ça n'a pas été le cas. Et ça fait donc 2-0 pour le Danois, qui avait déjà été (un poil) meilleur que le Slovène lors du chrono de Copenhague (pour deux dixièmes). J’ai même le sentiment qu’il était en capacité d’accompagner Van Aert s’il avait pu se placer dans sa roue, et non dans celle de Yates, responsable de la cassure juste avant la bascule. Vingegaard a donc marqué des points dans la course au leadership chez Jumbo. Mais ceux-là ne pèseront évidemment pas bien lourd lorsqu’il faudra tirer le premier véritable bilan, vendredi au sommet de la Planche des Belles Filles.

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Laurent Vergne
Attention à la surinterprétation. Tout le monde a guetté depuis cinq jours et quatre étapes que ce Tour 2022 décolle enfin. Alors, oui, les Jumbo Visma ont aboli l'ennui mardi en éparpillant le peloton dans la côte du Cap Blanc-Nez. Mais ce n'est pas parce qu'il s'est enfin passé quelque chose de significatif que cette première passe d'armes doit inciter à extrapoler sur la suite.
Nous sommes le mardi de la première semaine, pas le jeudi de la troisième. Les pavés, la Planche des Belles Filles, le Galibier, l'Alpe, Hautacam et j'en passe sont à venir. Faire à coup sûr de Calais la bande-annonce de ce que nous allons vivre d'ici Paris, c'est à peu près aussi pertinent que de se fier à des sondages sur le premier tour de l'élection présidentielle à quatre ou cinq ans de l'échéance. Alors, restons calme.
Si Wout van Aert a fait le show, le Belge, aussi fort soit-il, n'est pas concerné par la bataille du général. En haute montagne, peut-être même avant, il retrouvera son rôle d'équipier chez Jumbo. Par ailleurs, personne n'a perdu de temps parmi les favoris. Alors, oui, Vingegaard s'est montré un peu plus saignant que Roglic. Oui, Tadej Pogacar est resté en retrait. Mais à l'échelle d'une course longue de trois semaines, c'est à peine une anicroche.

L’étape des pavés va-t-elle décevoir comme celle du Pont ?

Julien Chesnais
Par souci de cohérence avec ma réponse dans les débats de dimanche, où j’expliquais que cette 5e étape était celle que j’attendais le plus dans la semaine, je dois dire que non. Et deux jours plus tard, je le pense toujours : les pavés ne vont pas décevoir. Certes, il n’y aura pas de pluie comme en 2014 (le risque que tombent des gouttes est à peu près nul) et le vent devrait être faible.
Mais le spectacle attendu mercredi dépend beaucoup moins de la météo que celui de samedi dernier, où il fallait que ça souffle fort et dans la bonne direction. Les pavés restent des pavés. Ils font peur, qu’importe leur humeur du jour, et nul coureur ne sait dans quel état il ressortira de cet Enfer du Nord façon estival.
Le tracé me semble mieux disposé à la bagarre qu’en 2018. Les secteurs sont certes moins nombreux (11 contre 15). Mais ils sont plus longs et donc plus favorables à créer des écarts. De plus, tous sont concentrés dans la seconde partie de l’étape. Ça n'en sera que plus irrespirable. Je crois aussi que beaucoup d’équipes sont motivées à durcir la course, ou en tout cas ont intérêt à le faire. On ne sera certes qu’au 5e jour de course et la tentation de courir avec le frein à main restera grande.
Mais il ne faut pas oublier que Tadej Pogacar est toujours l’homme à battre et s’il y a bien un endroit pour lui faire perdre le Tour, ou du moins lui mettre des bâtons dans les roues, c’est mercredi. Le Slovène, aussi habile soit-il sur les pavés, est un coureur comme un autre. Il n'est à l’abri de rien sur un terrain aussi imprévisible.

La palette des RP - Un vent défavorable et des pavés : "Messieurs, faites le bon choix de matériel"

Laurent Vergne
En tout cas, Christian Prudhomme doit le souhaiter. Sans quoi ce sont les deux points chauds de cette première phase du Tour (le "fameux" Great Belt samedi, avant d'arriver à Nyborg, et donc ces 20 kilomètres de pavés) qui auront fait pschitt. Ce serait même pire pour les organisateurs que l'étape de mardi soit neutre. Lors du deuxième acte danois, c'était la faute à pas de chance. Le vent soufflait trop peu, ou pas dans le bon sens, ou les deux. Mais cet allié était indispensable. Cette fois, le facteur météo ne devrait pas être nécessaire.
Le scénario idéal ? Une vraie bagarre, un impact non marginal sur le classement général entre les favoris, mais que tout le monde s'en sorte physiquement intact. Dans cette optique, cette 5e étape s'annonce bien : un vrai terrain de "jeu" pour offrir une course à la hauteur des attentes, mais un ciel bien plus clément que lors de l'édition 2014, quand Chris Froome, le tenant du titre, avait été contraint à l'abandon. Personne n'a envie de voir un candidat à la victoire finale éliminé sur chute, même si, avec les pavés, le risque existera toujours, même sans pluie.
C'est incontestablement un rendez-vous important. Il sera peut-être même décisif pour certains. Personne ne gagnera le Tour 2022 mardi, mais ils sont peut-être quelques-uns à pouvoir le perdre ou, au minimum, à compromettre leurs chances. Dans les chambres d'hôtel, quelques nuits seront peut-être difficiles ou agitées. Les pavés inquiètent parce qu'ils créent de l'incertitude. Comme le dit justement David Gaudu, il faudra non seulement avoir les bonnes jambes, mais aussi un peu de réussite. Un exercice particulier, de la tension, il y a tout pour vivre un moment significatif. Le contraire serait surprenant. Et décevant.

Le profil de la 5e étape : La journée des pavés et de tous les dangers

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