Tour de France - Les débats du Tour : Vingegaard est-il un beau vainqueur ? Pogacar peut-il avoir des regrets ?

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TOUR DE FRANCE 2022 - Question très subjective pour les débats du Tour à l'issue de la 20e étape : Jonas Vingegaard fait-il un beau vainqueur ? Et son rival, Tadej Pogacar, peut-il nourrir des regrets à l'aune des trois dernières semaines ? Enfin, parlons de l'étape des Champs-Elysées et de son sprint attendu : Wout van Aert en est-il le favori ?

Vingegaard : "Depuis l'an dernier, je sentais que je pouvais gagner le Tour de France"

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Pogacar peut-il avoir des regrets ?

Amaury Erdogan-Gutierrez
Il est temps que cette 109e édition tire sa révérence pour Tadej Pogacar (UAE Emirates). Le Slovène est en déshérence sur le macadam, incapable de suivre le tempo imprimé par Wout van Aert dans Hautacam (18e étape), et battu samedi dans le chrono de Rocamadour par un Jonas Vingegaard la tête déjà bercée par un sacrement imminent. Alors, qu’a-t-il manqué au double tenant de la Grande Boucle ? De patience mais surtout de jambes. "Pogi" a débarqué à Copenhague flanqué de la pancarte la plus large sur son dos décharné, mais force est d’admettre que le plus fort du Tour était aussi le champion de l’applaudimètre lors du passage au Danemark.
Vingegaard sait aussi bien manier la faune sous-marine que l'adversité sur un bicycle. Le Scandinave a observé de loin les arabesques quotidiennes d'un Pogacar encouragé dans ses frivolités par un public conquis. Le futur maillot jaune est monté progressivement en régime, conservant ses mollets frêles pour les cimes les plus rugueuses. Sur l’étape du Granon, le moment clé du Tour pour beaucoup, Pogacar aurait perdu la main dans un jeu dangereux, celui de courir après tous les lièvres.
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C'était du grand spectacle : Le résumé d'une 11e étape de folie

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Problème, le Slovène, aussi doué soit-il, n’est pas touché d’un don d’ubiquité, et a perdu le sourire qu’il affichait volontiers aux amoureux de la petite reine. Cet épisode ne soulève pas de regrets à mon sens, car "Pogi" était de toute façon inférieur à Vingegaard sur ce Tour, le chrono de Rocamadour confirmant les impressions soulevées par la domination glaciale du frelon en haute montagne.
Christophe Gaudot
Je pense que oui. Je situe trois moments lors desquels le double tenant du titre aurait pu changer le cours des choses : la Super Planche des Belles Filles, l'étape du Granon et celle de l'Alpe d'Huez le lendemain. Ensuite, il paraît assez évident que la courbe des niveaux s'est inversée.
Premier moment donc, La Super Planche des Belles Filles. Je m'étonne encore que Pogacar n'ait pas tenté quelque chose dans la rampe terrible qui mène habituellement à l'arrivée classique. Si Vingegaard s'était accroché, il aurait, à mes yeux, pu le lâcher dans un deuxième temps sur le chemin empierré. Pour un gain certes sans doute relatif en temps mais pas dénué de symbole.
Deuxième moment, le plus important, le Granon. Ou plutôt le Galibier. Pourquoi Tadej Pogacar est-il entré dans le jeu des Jumbo-Visma ? Qu'il couvre les attaques de Jonas Vingegaard, très bien évidemment. Mais pourquoi considérer Primoz Roglic, repoussé à plus de deux minutes, comme un adversaire ? "Pogi" aurait dû laisser partir son compatriote et attendre ses équipiers pour rouler. Il aurait conservé l'énergie qui lui a manqué dans le Col du Granon.
Troisième moment, sa deuxième attaque dans l'Alpe d'Huez. Le maillot jaune s'était rassis une demi-seconde plus tôt que lui. Ce crochet aurait mérité plus de conviction pour faire tanguer un Vingegaard qui n'était pas encore sûr de sa domination. Trois regrets donc. Auraient-ils changé la face du Tour ? C'est une autre histoire.
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Pogacar a tenté, deux fois, mais Vingegaard n'a pas bronché

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Vingegaard est-il un beau vainqueur ?

Amaury Erdogan-Gutierrez
Je ne vais sûrement pas me faire que des amis dans cette histoire, mais je trouve que Jonas Vingegaard ne fait pas un beau vainqueur. Qu’il soit le plus fort du Tour – ôtons du débat l’anomalie de la nature qu’est van Aert – est un fait irréfutable, mais je n’ai pas accroché avec le style froid et calculateur du Danois, qui me rappelle d’ailleurs le Roglic de 2020 dans ses oeuvres.
Questionnons déjà le style du maillot jaune, très souvent le postérieur collé sur la selle, sans l’ombre d’une ride sous ses lunettes noirs d’agent infiltré. Vingegaard n’est pas très "beau" à voir courir, et je défie quiconque de me dire le contraire. Même en danseuse, le Danois renvoie l’image d’un squelette désarticulé vide d’émotions. Son histoire - touchante - d'un jeune poissonnier aux dimensions rachitiques venus se noyer au milieu de colosses danois ne suffit pas à distraire cette vilaine sensation qui me suit lorsque je pose mon regard sur lui.
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Jonas Vingegaard s'en va remporter la 18e étape du Tour de France 2022, à Hautacam - 21/07/2022

Crédit: Imago

A cela, ajoutez un style de course tourné à l’excès vers le conservatisme, et vous obtenez un vainqueur sans saveur, décoloré. Ce qui me choque aussi, c'est la Jumbo-Visma qui pense pour Vingegaard, les équipiers du maillot jaune lui balisant presque l'asphalte. A côté, l’autonomie de Pogacar agit comme une bénédiction pour le suiveur que je suis. Vingegaard est lui comparable à mon sens à un "tanguy", planqué entre les cuisses de la Jumbo, alors que le maillot blanc achète seul son pain depuis belle lurette. La classe, on l'a ou on ne l'a pas.
Christophe Gaudot
Je suis assez d'accord avec Amaury, Jonas Vingegaard en lui-même ne fait pas un très beau vainqueur. Un peu comme Tadej Pogacar l'an dernier, son Tour manque d'un peu de souffle épique. Il y avait eu le Grand-Bornand pour le Slovène, il y a eu le Granon (et Hautacam) pour lui.
Cela étant dit, difficile pour moi de ne pas relever que ce Tour fut tout de même spectaculaire. Est-ce grâce à Jonas Vingegaard ? Un peu. Grâce à la Jumbo-Visma ? Beaucoup. Je sais que certains trouvent les performances des Jumbo étonnantes au moins, très suspectes au plus. Un jour peut-être seront-elles remises en cause avec preuves à l'appui. Force est de constater cependant que le succès final porte le sceau d'une formation qui a tenté des choses, si ce n'est inédite, au moins rares à ce niveau.
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L'incroyable passe d'armes : Vingegaard, Roglic et Pogacar s'attaquent dans le Galibier

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Ce mouvement combiné de Roglic et Vingegaard dans le Galibier restera comme une image marquante pour de longues années. Et oui, Jumbo a contrôlé la course dans les Pyrénées mais d'une manière peu conservatrice en plaçant des hommes à différents échelons de la course. Enfin, je ne peux m'empêcher de repenser au crève-cœur de La Planche en 2020. Ringardisée par Tadej Pogacar, l'équipe néerlandaise s'est retroussé les manches et creusé les méninges pour trouver une parade à la supposée supériorité du double tenant.

Van Aert est-il vraiment le favori sur les Champs ?

Christophe Gaudot
Dans un sourire, j'ai envie de demander "mais de quelle étape n'est-il pas le favori ?". La boutade mise à part, je vais répondre non à la question. J'écarte immédiatement la thèse d'un "WVA" fatigué. Vous l'avez trouvé moins frais ce samedi quand il a relégué Filippo Ganna à plus d'une demi-seconde ? Quand il a dominé Vingegaard, Pogacar et Thomas ? Le Tour pourrait bien partir pour une quatrième semaine que le Belge n'y trouverait rien à redire.
En revanche, je me permets de rappeler que van Aert n'a plus remporté de sprint massif sur les routes du Tour depuis plus d'un an. C'était sur les Champs-Elysées, justement. Depuis, il compte trois… deuxième places. Un excellent bilan mais le maillot vert bute toujours sur un homme. En l'occurrence trois : Jakobsen, Groenewegen et Philipsen.
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Cruel pour Thomas, jouissif pour Philipsen : le dernier kilomètre en vidéo

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En vitesse pure et dure, les sprinteurs lui sont supérieurs. Je ne dis pas que je serai surpris au point de tomber de ma chaise si je le voyais lever les bras ce dimanche, juste qu'il n'est pas LE favori. Ce titre, je ne sais d'ailleurs pas à qui l'attribuer, peut-être n'y en a-t-il pas. Dernière chose, après ce chrono, la Jumbo-Visma sait qu'elle a remporté le Tour de France. N'y aura-t-il pas une petite décompression dans l'équipe ? Les larmes de Wout van Aert samedi à Rocamadour vont en ce sens…
Amaury Erdogan-Gutierrez
J’ai envie de répondre oui, même si le Belge n’a pas encore triomphé lors d’un emballage massif sur ce Tour (trois fois 2e). La forme éblouissante du Flamand, vainqueur du contre-la-montre de Rocamadour samedi, balaye ces quelques doutes nichés dans mon esprit. Le sprint des Champs-Elysées est différent des autres. Son approche est unique. Certains veulent débouler presque en tête à l’entrée de la dernière ligne droite, d’autres attendront leur heure, au risque de voir la ligne glisser sous la roue trop tôt.
L’an passé, van Aert a lancé au bon moment, mais aussi profité d’un embouteillage stoppant la mise en action de la fusée Mark Cavendish, diabolique lors de la cuvée 2021 (quatre victoires). L’essentiel est là : un succès sur la plus belle avenue du monde, qui en appelle parfois d’autres. Le dernier à avoir bissé sur les Champs, c’est André Greipel. Le "gorille de Rostock" a enquillé deux succès de 2015 à 2016, nanti d’une expérience nécessaire sur les pavés râblés de Paris.
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Cavendish piégé, Van Aert supersonique : revivez le sprint des Champs-Elysées

Video credit: Eurosport

Fort d’une condition physique inébranlable et d’une expérience victorieuse, WVA s’avance vers la capitale avec la pancarte de favori incontestable à mes yeux. Évidemment, une défaite n’est pas à exclure. Il reste encore de sacrés clients à battre : Caleb Ewan (vainqueur en 2019), Dylan Groenewegen (2017), Fabio Jakobsen, Jasper Philipsen, etc. Mais une chose est sûre, la roue la plus scrutée à l’heure où les grosses cuisses frotteront sera celle du super-combatif de l'édition 2022.
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